‹ Des tumeurs malignes du rein chez l'enfantChapitre 1 sur 53 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous avons eu l’occasion d’observer dans le service de M. le docteur Hutinel, suppléant M. le professeur Grancher à la clinique des Enfants malades, trois cas de tumeurs malignes du rein chez l’enfant. La rareté extrême de ces cas, leur rencontre fortuite en série, nous engagèrent, sur les conseilsde M. le docteur Hutinel à faire sur ce sujet un travail d’ensemble. Nous avons recherché dans la littérature médicale française et étrangère toutes les observations qui avaient trait à notre sujet, et nous avons réuni 85 cas; nous savons qu’un nombre plus considérable a été cité (Taylor), mais ces 85 observations nous les avons toutes lues et résumées, souvent même nous les avons traduites, et c’est sur elles que nous avons basé notre travail; en outre nous nous sommes inspiré des thèses remarquables de Brodeur (1886) et de Guillet (1888), ainsi que d’une clinique récente que nous avait faite M. le docteur Hutinel, à l'hôpital des Enfants malades.

La partie historique se bornerait à bien peu de chose, aussi ne l’avons-nous pas rangée sous un titre spécial. Jusqu’à ces dernières années, on confondait toutes les tumeurs entre elles, les examens histologiques étaient nuis ou insuffisants, le sarcome encéphalo'ïde parmxem-

pie, était placé parmi les carcinomes, de là résultent de nombreuses confusions dans les observations; mais chaque fois qu’une idée émise ou qu’un cas cité sera personnel à un auteur, nous ferons suivre cette idée ou ce fait du nom de leur auteur. En outre nous donnons à la fin de notre thèse, avant l’index bibliographique, les indications année par année des sources de nos observations.

Que M. le docteur Hutinel veuille bien agréer nos remerciements pour l’obligeance avec laquelle il s’est mis à notre disposition et pour les renseignements qu’il a bien voulu nous fournir.

Nous prions M. le professeur Peter, qui nous a fait l’honneur d’accepter la présidence de notre thèse, d’agréer l’expression de notre profonde reconnaissance. Enfin, nous remercions nos amis Thiery, Crèvecœur et Key de la preuve de sympathie qu’il nous ont donnée en nous aidant dans la rédaction de notre travail.

ÉTIOLOGIE

Fréquence. — Le terme de cancer éveille si naturellement à Fesprit l’idée d’affection de la vieillesse ou au moins de l’âge mûr, qu’il semblerait ne devoir jamais être appliqué à l’enfance. Les auteurs de la première moitié de ce-siècle avaient publié des statistiques qui confirmaient cette idée erronée, car depuis l’antiquité jusqu’à Lebert, ces cancers de l’enfance étaient considérés comme des curiosités scientifiques. Lebert, en 1851, dans son Traité des maladies cancéreuses , de même que Rayer, en 1841, ne citent que de très rares cas de cancer du rein chez l’enfant. Duzan dans sa thèse réunit 45 cas chez des sujets âgés de moins de 17 ans; d’Espine et Picot ajoutèrent 35 cas aux 45 cas de Duzan, ce qui portait le nombre total à 80 cas connus en 1884. Enfin Taylor a pu recueillir, en 1887, 144 cas de tumeurs malignes du rein chez l’enfant. Quelle est la fréquence relative du cancer du rein chez l’enfant? Le tableau suivant de D’Espine et Picot est particulièrement instructif à cet égard ; il a trait aux cancers primitifs :

Œil et annexes . 100 fois.

Rein . 80 —

Dumont.

Os . 67 fois.

Encéphale . 23 —

Abdom. Périt. Bassin . 19 — etc., etc.

Ce tableau nous montre que par ordre de fréquence le cancer du rein occupe le second rang et qu'il vient immédiatement après le cancer de l’œil, le plus fréquent de tous.

Sexe. — Selon Roberts, la prépondérance de tumeurs malignes du rein chez l'homme sur celles des la femme (32 cas chez l'homme et 10 cas chez la femme), serait beaucoup moins marquée chez l'enfant (15 garçons et 9 filles). — Guillet aboutit à la même conclusion, il a trouvé 64 cas chez l'homme et 35 chez la femme: tandis que chez les enfants 19 cas appartenaient à des garçons et 19 à des filles. Enfin, nous-mêmes, sur les 85 observations que nous avons reeueuillies et où le sexe était indiqué 61 fois, avons trouvé 29 garçons et 31 filles, ce qui prouve que l'un et l’autre sexe sont également atteints.

Age. — Contrairement à l'opinion de d'Espine et Picot le cancer du rein a été rencontré chez le fœtus. Sestier (en 1833) rapporta à la Société anatomique qu'il avait rencontré le cancer du rein chez un nouveau-né. 11 existe une observation remarquable de Jacobi. Un fœtus dont le développement de l'abdomen était tel qu'il devint une cause de dystorie, présenta à l'autopsie des nodules cancéreux dans le rein gauche, le foie et la capsule surrénale gauche.

On tend à admettre que ces tumeurs sont congénitales : elles passent inaperçues au moment de la naissance, mais se révèlent dans les premiers mois ou au plus tard dans les premières années de la vie.

D’ailleurs, parfois la nourrice a constaté qu’à la naissance, l’enfant avait le ventre plus gros que de coutume (Kocher. Abercrombie. Lloyd Roberts) ; ou bien si la tumeur est découverte plus tard, le plus souvent par hasard, on apprend que l’enfant a présenté depuis la naissance une anémie profonde, une débilitation extrême qui

permettent de remonter au début de l’affection.

Roberts, en 1865, établit que le cancer rénal s’observe surtout aux deux termes extrêmes de la vie : dans Rénfance et dans la vieillesse.

8ur 25 cas chez l’enfant, il a trouvé :

au-dessous de 1 an .

entre 1 et 2 ans .

2 et 3 — .

3 et 5 — . .

7 et 8 — .

, dans sa thèse, donne les chiffres suiv;

au-dessous d’un an.. . .

7 fois

de 1 à 2 ans. .

45 cas :

Enfin, Taylor, sur un relevé de 144 cas, a remarqué que, généralement, 1 âge des enfants ne dépassait pas 4 ans.

au-dessous de 1 an

de 1 à 2 ans

. . de 2 à 3 —

. . de 3 à 4 —

Nous conclurons avec ces auteurs et avec Rohrer, Ebstein,RatheryetDuzan,qui arrivent presque aux mêmes résultats, que parfois le cancer du rein chez l’enfant est congénital, qu’on le rencontre de préférence dans les premiers âges de la vie, entre 1 et 3 ans, qu’il devient rare après 4 ou 5 ans, et exceptionnel entre 5 et 10 ans.

Hérédité. — Selon M. de Saint-Germain, dans la plupart des cas de tumeur maligne de l’enfance, il est impossible de trouver aucun antécédent héréditaire. Dans quelques observations, cette influence est cependant signalée; dans un cas de Jacobi, la grand’mère de l’enfant était carcinomateuse, mais il ajoute qu’aucun autre cas n’avait été observé dans la famille. Souvent, au contraire, les parents sont jeunes, en pleine santé et dans un des cas que nous avons vus, les parents qui amenèrent l’enfant étaient très bien portants. Une maladie antérieure grave chez la mère aurait-elle quelque influence? Jacobi rapportant un cas de cancer du rein et du foie chez un fœtus, remarque que la mère avait eu auparavant trois enfants très bien portants, puis elle eut une fièvre typhoïde grave avec rechute et devint enceinte sans avoir recouvré la santé pour accoucher finalement du fœtus dont nous parlons

Somme toute, l’influence de l’hérédité ne parait pas démontrée,

Influence du traumatisme. — Cette influence est signalée rarement dans les observations, Manzolini relate le cas d’un enfant dont les parents rapportaient le début de la tumeur qu’il présentait au niveau du rein, à un coup de pied reçu dans cette région six mois auparavant. On peut rapprocher ce cas de celui rapporté par M. Quénu chez l’adulte : Un homme reçut un coup de pied dans la région lombaire, le lendemain il urinait du sang et il affirme que dès ce jour, il perçut une tumeur qui n’existait pas avant le traumatisme. Dans le cas de Broca, rapporté par Guillet, l’enfant avait fait une chute de 2 mètres, dans laquelle le côté gauche avait porté sur le sol, mais, chose curieuse, J’enfant fût atteint de tumeur maligne à droite.

Enfin, dans notre première observation, l’enfant fut soulevé un jour par les flancs à plusieurs reprises par un jeune homme qui jouait avec lui et l’enlevait de terre ; dès ce jour, se déclarèrent de vives douleurs dans l’hypocondre gauche, avec vomissements, diarrhée, et trois mois après la mère, en le déshabillant, consi ata l’existence d’une tumeur.

Le traumatisme peut avoir une action ; mais comme cause occasionnelle, il peut « réveiller la diathèse » et déterminer la localisation du cancer sur le rein plutôt que sur tout autre organe, mais chez un sujet préalablement atteint de diathèse cancéreuse ; dans quelques cas on l’a vu activer la marche de l’affection et rendre plus rapide Dévolution de la tumeur.

Influence des diathèses. — Cette action paraît bien obscure. L’impaludisme est cité dans plusieurs observations, l’enfant habitait un pays marécageux ou il était atteint de fièvre intermittente. Esmark se demande si dans ces tumeurs la syphilis ne jouerait pas un certain rôle ; elle ne peut être incriminée en aucun des cas relatés, et nous l’avons cherchée en vain chez nos malades.

Dans un cas de Lébert, chez un enfant de 4 ans, le cancer rénal coexistait avec des tubercules au cerveau et aux poumons.

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