‹ Des Tumeurs Malignes Primitives De La Voûte Crânienne et De Leur TraitementChapitre 19 sur 21 · LP · texte numérisé non relu

LP

tempe droite, tumeur dont on aurait constaté la présence, il y a trois ans, et qui depuis n’a pas cessé de grossir.

Cet accroissement d’abord très lent, insensible, est devenu assez rapide depuis quelques mois. En même temps survenaient des crises convulsives, dont la fréquence va sans cesse en augmentant. D'abord espacées par des intervalles de plusieurs semaines, ces crises se répètent tous les 5 ou 6 jours. Ce sont des accès épileptiformes durant lesquels la malade perd complètement connaissance. Les mouvements convulsifs sont généralisés, et l’attaque est suivie d’une période comateuse d’une dürée variable. Les personnes qui entourent lamalade ont été frappées de sa déchéance intellectuelle; . elle n’a plus ni intelligence, ni mémoire, sa figure exprime l’hébétement, elle pleure sans motif, à tout propos, la parole est légèrement embarrassée, la salivation continuelle.

La turneur siège dans la région temporale droite : c’est une masse: arrondie, hémisphérique, soulevant les tégcuments sains ; grosse comme la moitié d’une orange; elle s'étend en avant sous le frontal jusqu’à l’arête qui forme la limite de la fosse temporale, en arrière elle s'arrête à un travers de doigt du conduit auditif; une distance un peu moindre la sépare de l’arcade zygomatique ; enfin, en haut elle dépasse la ligne courbe temporale ; à la palpation cette tumeur paraît lisse, uniformément dure, dure comme de la pierre; elle se continue graduellement avec les parties voisines. La pression détermine une très légère douleur.

Le diagnostic était assez délicat : on avait pensé au début de la maladie, à une production syphilitique, mais un traitement spécifi que appliqué avec persévérance n'avait donné aucun résultat; d’ailleurs la femme ne présentait aucun vestige de syphilis et l’on ne

retrouvait dans ses antécédents rien qui pût la faire soupconner..

La dureté considérable de la tumeur ne paraissait pas au pre-

mier abord cadrer très’ bien avec l'hypothèse d’une néoplasie mali= gne ; mais cependant le développement rapide de l'affection pendant

les derniers mois rendait ce diagnostic très plausible. Dans tous

les cas il r’était pas douteux qu’il y avait une saillie intracrànienne dont on ne pouvait soupçonner l'étendue il est vrai, mais

à laquelle il fallait attribuer les phénomènes de compression cérébrale et en particulier les crises convulsives -que pésents la

malade.

OPÉRATION le 1er mars.

M. Morestin fait une grande incision curviligne commencant sur le front et se terminant derrière l'oreille : un lambeau très étendu fut ainsi détaché, une douzaine d'artérioles furent immédiatement pincées sur les bords de l’incisiou.

Le crâne est mis à nu par rugination autour de la tumeur, le périoste qui recouvre celle-ci détaché ; cette décortication donne

lieu à une hémorragie d'une abondance extrême : 8 ou 10 jets arté-

riels partent de la surface de la. tümeur, la compression est impuissante à lesarrêter, le sang sort de conduits osseux béants: une poignée de poudre d'iodoforme est projetée sur la plaie ; la poudre obturant les orifices vascuiaires arrête l'hémorragie. Deux couronnes de trépan sont appliquées à une certaine distance du néoplasme, pour être sûr detraverser des parties’saines du crâne, l’une en avant sur le frontal, l’autre en arrière sur le pariétal. Ces deux orifices furent d'abord réunis en coupant peu à peu le crâne à l’aide d’une solide pince-gouge, dont la manœuvre fut un peu laborieuse, car le crâne, malgré la précaution prise de passer à distance, était très notablement épaissi au pourtour de la tumeur. Puis toujours à l’aide de la pince-gouge, le crâne est encore rongé en avant et en arrière du néoplasme, en descendant le plus bas possible jusqu’à la base du crâne. Cette destruction de la paroi crânienne à la pince-gouge, tout autour de la tumeur, ne va pas sans une notable perte de sang par les aréoles du diploé ; enfin, la por-

tion condamnée de l'os ne tient plus que par son pédicule inférieur,

‘assez large encore, mais relativement sain. Ce pédicule est brisé en luxant en dehors le morceau de crâne qui supporte la tumeur, après l'avoir saisi à l’aide d’un solide davier de Farabeuf.

Ïl reste encore à détacher le néoplasme des parties profondes; il fait dans l’intérieur du crâne une saillie plus considérable qu’à l'extérieur. Cette partie est molle et bien limitée ; elle se laisse détacher de la dure-mère qui lui adhère légèrement, mais qui n’est

pas envahie et qui est simplement repoussée en dedans. Le décol-

lement de cette membrane s'opère donc sans difficultés notables : il faut cependant lier une branche importante de la méningée moyenne qui a été déchirée dans ce dernier temps. La tumeur enlevée, il reste une profonde dépression de l’encéphale, dépression qui paraît correspondre à la région sylvienne.

278 re

Deux mèches de gaze iodoformée sont laissées dans le creux et le lambeau est rapidement recousu.

La malade est très pâle et d’une faiblesse extrême, pouls fort petit.

1.500 gr. de sérum sont injectés dans une veine du bras et 500

dans une cuisse. Presque immédiatement après l'injection intra-

veineuse le visage se colore et le pouls devient meilleur.

Les suites de lintervention ont été remarquablement simples ; dès le lendemain le choc avait disparu ; la malade a eu un peu d’excitation cérébrale pendant quelques jours. De taciturne qu’elle était, elle était devenue loquace. d'une manière tant soit peu incohérente ; il n’y a eu ni fièvre, ni complications d'aucune sorte.

Les mèches ont été ôtées le troisième jour, les fils le huitième et l’opérée guérie a quitté l’hôpital le 18 mars. .

Elle n’a plus eu de crises depuis l'intervention; elle a cessé son larmoiement stupide ; le regard est redevenu vif ; elle s'occupe de son commerce, ce dont elle était incapable avant l'intervention. Les. règles ont fait leur réapparition au mois d’août dernier.

Le cerveau qui était déprimé, a vite récupéré son ampleur primitive et bombe sous les téguments de la tempe.

La tumeur paraît avoir pris naissance aux dépens des couches profondes ; la table externe, presque intacte, est repoussée en dehors. Elle présente cependant plusieurs petites perforations par lesquelles font hernie pour ainsi dire des bourgeons de tissu morbide ; la table interne est complètement distincte ; la tumeur est entourée d’une zone d’'hyperostose qui augmente notablement l'épaisseur du crâne.

La masse molle qui faisait saillie à l’intérieur du crâne avait bien l'apparence sarcomateuse. |

EXAMEN HISTOLOGIQUE (M. LEREDDE ). — La tumeur est for-

mée de cellules à noyaux ovalaires très colorables. Ces cellules.

sont volumineuses ; leur protoplasma est extrêmement clair et figure une large vacuole actuellement réfringente ; en certains

points les cellules se tassent les unes sur les autres et on ne recon-

nait plus les caractères du protoplasma, mais ceux du noyau per-

mettent daffirmer qu'il s’agit toujours des mêmes éléments: les

cellules s’orientent fréquemment en longues traînées, comme cela

$e voit dans les sarcomes fuso-cellulaires; la direction de ces trat- À nées est surtout déterminée par celle de fentes allongées ,; BOombreu- | ses, parsemant la massenéoplasique; ces fentes ont anatit presque toutes du sang, leurs parois sont tapissées de cellules identiques aux autres cellules qui forment la tumeur ; autour des fentes ; vasculaires les plus importantes, l’infiltration cellulaire est discrète, on y trouve des fibrilles assez larges, imbriquées, qui ont les réactions histo- -Chimiques des substances conjonctives. Des fentes semblables se retrouvent dans toute la tumeur ; elles semblent en continuité avec les éléments cellulaires dont elles suivent la direction. D’après tous ces caractères, on peut affirmer qu'il s'agit d’un sarcome en dégénérescence myéloïde.

PAUE N OBSERVATION XII.

Due à l’obligeance de M. le Dr CmiPpaurr.

Homme, 31 ans, vient consulter M. Chipault en mai 1899, pour une saillie de la région temporo-pariétale droite, développée depuis un an, plus génante que douloureuse.

; - Elle est dure, en continuité avec l'os, non An pnte à la peau "à HUE re qui paraît normale. 7 nu Pas de symptômes corticaux ; toutefois il y à quinze jours le malade a eu dans le pouce gauche des mouvements involontaires Viet spasmodiques auxquels il n’a attaché aucune importance. Intervention le 18 mai 1899. Incision en n, rabattement du lambeau : mise à nu de la tumeur, qui présente l'aspect de la sur- face externe normale de los Une couronne de trépan est appliquée sur l'os sain, la masse est -enlevée par morcellement à l’aide de la pince emporte-pièce.

Cette ablation est laborieuse à cause des adhérences ostéo- méningées très vasculaires ; le centre de la tumeur au niveau du

diploé, sur une moindre étendue de la table interne, est rempli de tissu sarcomateux. :

Il s’agit en. réalité d’un sarcome à point de départ 2000 Dre en bouton de chemise.

Après nettoyage complet du champ les ou la dure-mère

Page 1