CHAPITRE PREMIER
Historique
La pathologie unguéale s’est longtemps réduite à
l’'ongle incarné et à l’onyxis latéral qui complique fréquemment le premier. Puis, on a distrait de cette
affection les exostoses sous-unguéales qui forment maintenant un chapitre à part.
Mais, avant Le Fort, les auteurs classiques restent
muets sur les tumeurs sous-unguéales. Seul, Follin semble avoir soupçonné le durillon sous-unguéal dans les termes suivants (Pathologie externe, L. IT,
DO)Ee
« La surface du lit de l’ongle n’est pas toujours égale ; on y constate parfois une saillie brusque qui se traduit extérieurement par une disposition correspondante de la portion cornée. Cette surface, au lieu d’être légèrement feuilletée, est assez souvent recouverte d'éminences papilliformes ou de lamelles hypertrophiées qui sont rouges et gorgées de vaisseaux. J'ai rencontré aussi des lits de l'on-
0e « gle épaissis, mais peu vasculaires. Le tissu fibreux « du derme était hypertrophié et, entre ces fibres, « on constatait de très petits lobules graisseux », et plus haut, il met en relation « l’hypertrophie uni- « forme du derme avec l'apparition de l’épaississe- « ment dans les couches de l’ongle ». Dans la première partie de cette citation, Follin semble donc avoir bien observé et remarqué ces saillies du derme unguéal , mais on aurait pu s'attendre à ce qu'ilen tirât des conclusions pathologiques. Or, 1l n'en est rien ; il mentionne un état anatomique qui, pour lui, ne se révèle pas, apparemment, par des signes cliniques, qui n'est même peut-être pas une lésion anatomo-pathologique.
Pozzi (Bulletin de la Société anatomique 1874) rapporte l'observation d’un homme atteint d’épithélioma du pied : « I avait également du psoriasis des « ongles et une hypertrophie considérable du derme « sous-unguéal, bien que les plaques de psoriasis « fissent défaut sur le pied proprement dit ».
Davillé (Thèse de doctorat, Paris, 1880) cite une observation d'épithélioma de la racine de l’ongle (Observation XII de notre thèse) opéré dans le service de M. le professeur Gosselin, et un cas d’épithélioma du gros orteil droit et de l'index gauche, observé dans Île service de M. Polaillon. L'examen histologique n’a pas été fait; d'autre part, l'existence d'une ulcération sur le côté interne de l'index et à la base du gros orteil avec suppuration sanieuse, la couleur violacée du bourrelet fongueux, le traitement appliqué (iodure de potassium et frictions mercu-
th rielles) sont plutôt en faveur d’un onyxis syphilitique et nous considérons comme douteux ce diagnostic d’épithélioma.
Le Fort, le premier, en 1882, attire l'attention sur le durillon sous-unguéal et fournit une belle observation (Observation III) Son élève Thiery rapporte, en 1888, à la Société anatomique, deux cas semblables suivis d'examen histologique (Observation I et 1). Dans la même séance, M. Gérard-Marchand donne l'observation d’un papillome sous-unguéal douloureux vérifié par l’examen microscopique (Observation IV).
Les observations alors se multiplient, et Lebouc, dans sa thèse (Paris 1889) réunit dix observations en joignant aux quatre précédentes, un cas d'épithélioma, dû à M. Peyrot (Observation X) un cas de fibrome (Observation V), un cas de myome à fibres lisses, et trois autres cas de durillons sous-unguéaux dont deux sont dus à M. Leclerc, de Saint-Lô, etun à M. Brunon. Ces quatre dernières observations n'ont pas été rapportées dans notre thèse parce que les douleurs n’y sont pas signalées.
En 1880. le docteur Toupet, qui avait fait l'examen anatomo-pathologique du cas d'épithélioma signalé dans la thèse de Lebouc, rapporte un cas semblable d’épithélioma pavimenteux tubulé à la Société anatomique (observation X1).
Les auteurs parisiens semblent avoir laissé passer inaperçu le névrome corpusculaire sous-unguéal qui fut choisi par le jury pour servir à l’une des épreuves cliniques du concours de chirurgien-major de la
10 de Charité de Lyon,en 1881,et qui fournit à M. Vincent l'occasion de porter un diagnostic d’une remarquable précision. Ce cas est rapporté par M. Chandelux dans les Archives de Physiologie de 1882 (Tubercules sous-cutanés douloureux) : l'examen histologique démontra l'existence d'un véritable corpuscule de Malpighi dans ce névrome microscopique.
Il nous a été impossible de trouver dans les auteurs étrangers un seul cas de tumeur sous-unguéale douloureuse — mis à part les exostoses sous-unguéales.
Mais, nous avons eu le bonheur de trouver un cas, particulièrement intéressant, de tumeur à myéloplaxes que nous a communiqué M. le professeur Poncet, une observation de botryourycome? due à l'obligeance de M. X. Delore, chef de clinique chirurgicale, et un cas de névrome opéré par notre maitre, M. Jaboulay, chirurgien des hôpitaux.
Enfin, une observation très détaillée nous a été fournie par M. Bérard, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon. L'examen fait au laboratoire de M. le professeur Poncet a montré qu'il s'agissait d’un épithélioma, ainsi qu’on peut s'en rendre compte par les photographies microscopiques de la tumeur. Nous avons été dans l'impossibilité matérielle de reproduire ces photographies, mais l'observation sera prochainement publiée par M. Bérard avec les résultats éloignés de l'intervention.