‹ Des ulcérations tuberculeuses de l'estomac: étude clinique, expérimentale et anatomo-pathologiqueChapitre 62 sur 95 · I. — Muqueuse stomacale · texte numérisé non relu

I. — Muqueuse stomacale

De toutes les tuniques de l'estomac, la muqueuse est la seule qui nous intéresse spécialement. La couche musculeuse par ses mouvements répétés de brassage est pourtant aussi un adjuvant précieux de la fonction de défense dévolue pour la plus grande part à la muqueuse. Mais nous ne voudrions pas insister outre mesure sur ce point un peu particulier de la question.

La muqueuse gastrique se compose, on le sait, d’un épithélium, de tubes glandulaires, d'un chorion et d’une musculaire la séparant de la couche conjonctive lâche formée par la sous-muqueuse.

L'épithélium comporte une seule couche de cellules cylindriques ou prismatiques, différant en cela de l’épithélium pluristratifié œsophagien. Ces cellules épithéliales, spécialement aptes à sécréter du mucus, présentent à divers degrés les signes d’une transformation muqueuse. Les unes ont un aspect granuleux, les autres semblent constituées par deux zones, la première superficielle, d'aspect homogène, la seconde profonde, amincie, granuleuse et nucléée; d’autres éléments, enfin, sont nettement caliciformes avec cupule terminale fermée ou ouverte. Fréquemment, sur les préparations, on saisit les diverses phases de l'issue de

la mucine hors de la cellule. Ces divers éléments reposent sur une membrane basale, pour nous sans imporlance.

Il n’en est pas de même du chorion, bande de tissu conjonctif plus ou moins riche en fibres élastiques, en cellules migratrices, et profondément découpée. S’infiltrant entre les tubes glandulaires auxquels il adhère, s'étalant à la surface de la musculaire muqueuse, le chorion présente, dans cette zone sous-glandulaire, des formations d'une importance capitale. Nous voulons parler des formations lymphoïdes, surtout visibles dans la région pylorique et dont l'abondance et la nature sont l’objet de vives discussions.

Pour certains auteurs (Frerichs, Gruby, Bruch, Bischoff, Kôülliker, Frey, Cadiat, Stühr), ces amas lymphatiques sont de véritables follicules, isolés ou agminés, analogues à ceux de l'intestin.

Wathey penche pour l'existence d’un réticulum adénoïde en continuité directe avec le système lymphatique de la muqueuse, tandis que Klein nie la réalité de ces follicules qui se réduiraient à une simple infiltration lymphoïde diffuse, tout à fait inconstante. Sappey partage cette dernière opinion.

M. Garel, dans sa thèse aujourd'hui classique, a mis au point cette question si discutée des organes lymphatiques de la muqueuse stomacale.

Il décrit « de distance en distance, immédiatement adjacents à la muscularis mucosæ et en dehors d'elle, des points que l’on doit considérer comme de véritables organes lymphatiques. Ils occupent tout à fait la profondeur de la couche glandulaire de la muqueuse et

consistent alors en de petits follicules arrondis, limités à la façon des follicules clos ordinaires par une zone de tissu fibreux qui les enserre comme d’une coque fenêtrée. Il est même facile de les voir communiquer par des trajets où ruisseaux lymphatiques, passant à travers la musculaire muqueuse, avec les vaisseaux blancs du tissu sous-muqueux ».

A côté de ce premier type, M. Garel a rencontré des organes lymphatiques d’un autre genre: « Très souvent, en des points plus ou moins éloignés des follicules clos punctiformes, la couche glandulaire est comme infiltrée de cellules Iymphatiques. Ces cellules forment, entre les glandes, des traînées qui viennent confluer dans un vaste espace irrégulier, rempli par les éléments de la lymphe. Dans cet espace. existe un stroma réticulé identique avec le tissu caverneux des ganglions lymphatiques, mais, au lieu d’être limité par une membrane fibreuse fenêtrée, ce tissu réticulé se poursuit entre les glandes jusqu’au voisinage de leur ouverture, de telle sorte qu'elles sont séparées par du tissu adénoïde parfait. Le groupe de glandes, correspondantau point qui vient d’être décrit, est donc plongé dans une cavité séreuse cloisonnée. »

L'existence de formations lymphatiques dans la paroi gastrique est donc incontestable. Susceptible de recevoir une application de premier ordre dans l'interprétation de phénomènes pathologiques, cette notion s’est rapidement étendue du domaine de l’histologie pure à celui de la clinique. Pour Orth, Rokitansky, Gerhardt, ces follicules nombreux jouent un rôle important parce qu'ils favoriseraient la localisation gastrique, dans plu-

ZE — sieurs maladies infectieuses, la tuberculose en particulier.

Faut-il rappeler la thèse de Chauffard sur les manifestations gastriques de la dothiénentérie, le point de départ folliculaire des nombreuses érosions stomacales, de l’'exulceratio simplex, etc. ? Faut-il citer les abcès tuberculeux périgastriques ouverts rapidement dans l'estomac, les gastrites phlegmoneuses, les abcès aigus des parois gastriques ?

Récemment encore. Letulle est venu confirmer l’existence de ganglions lymphatiques intrapariétaux.

Ces ganglions, perceptibles au toucher « lorsqu'on passe délicatement la pulpe des doigts à la surface de la muqueuse gastrique du mouvement dont on flatte un chat », sont logés dans l’épaisseur de la paroi stomacale, sous la muqueuse, plus souvent encore dans la tunique musculaire ou sous la séreuse.

Ces considérations, nécessaires en raison de leur importance pathologique, montrent qu'en somme les parois de l'estomac pourvues de follicules nombreux permettent d'identifier l'ampoule gastrique avec le reste du tractus intestinal, au point de vue du système lymphatique.

La muqueuse gastrique comprend encore une muscularis mucosæ, étendue entre le chorion et la sousmuqueuse. Cette couche de fibres musculaires à direction générale tangentielle à la couche glanduleuse est de 50 # à 100 y. Elle peut se subdiviser en deux ordres de fibres, les unes circulaires, les autres longitudinales. De cette muscularis, s'échappent des fibres délicates venant s’insérer sur les bourgeons interglandulaires. Ce

sont là les feuillets musculaires de la muqueuse, décrits par M. le professeur Renaut; ils entourent les culs-desac glandulaires d'un véritable panier musculaire dont le rôle dans l’excrétion glandulaire est de tout premier ordre.

Des glandes gastriques nous ne dirons rien de parüculier. Avec M. le professeur Renaut, et tout en restant sur le terrain de l'analyse histologique, on peut considérer les glandes cardiaques comme des glandes mixtes produisant à la fois pepsine et liquide séreux (glandes séro-peptiques), et les glandes pyloriques comme élaborant du mucus et une faible quantité de pepsine (glandes muco-peptiques).

Une dernière remarque en terminant.

L'épithélium sécréteur des glandes pyloriques varie beaucoup suivant les espèces. Chez le lapin, le cobaye, la souris, les cellules séreuses prédominent; chez le chien et l'homme, ce sont les cellules du type mucipare qui l’emportent.

La vitalité de la muqueuse est assurée par une abondante circulation sanguine. Mais ce qui frappe, c'est l'indépendance de la muqueuse et du muscle moteur de l’estomac au point de vue de la circulation sanguine, indépendance très accusée chez tous les animaux. On met facilement en évidence, chez le lapin, par exemple, la dualité absolue de ces deux ordres de branches artérielles.

Le réseau vasculaire du muscle moteur gastrique présente l'ordinaire disposition des vaisseaux irriguant les plans lisses de l'économie. Les vaisseaux de la sousmuqueuse forment des figures étoilées, dans un plan

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