L'ULCÈRE TUBERCULEUX DE L'ESTOMAC CHEZ LES ANIMAUX
SomMAIRE. — La pathologie comparée ‘est pauvre en renseignements sur celte affection.
— Historique. Etiologie. Symptomatologie, — La pathogénie et l'anatomie pathologique montrent l'analogie complète des lésions chez l'homme el chez les animaux,
En abordant l'étude des ulcérations tuberculeuses de l'estomac, notre premier soin a été de chercher, dans le domaine de la pathologie comparée, s’il exisat des observations cliniques analogues à celles qui ont élé faites sur l’homme. Ce sont les résultats de nos investigations que nous allons résumer brièvement.
Nous n'avons pu réunir que 10 Cas connus, el nous ne croyons pas qu'il en ait été publié un plus grand nombre. Nous sommes très heureux de pouvoir ajouter à cette liste, grâce à l'amabilité de M. Deruelle, vétérinaire-inspecteur à l’abattoir de Perrache, à Lyon, une observation nouvelle d'ulcère tuberculeux de la callette Lrouvé chez un bœuf saisi pour une tuberculose généralisée.
De nos recherches, faites à la bibliothèque de l'École vétérinaire, des renseignements détaillés qui nous ont été fournis, nous déduisons que, chez les animaux, l'ulcère tubereuleux typique de l'estomac est généralement admis comme rare.
Ta des
L'historique de la question se résume aux noms de quelques auteurs ayant publié des observations, tels que Johne, Kitt, Peuch, Prietsch, Rieck, Mac-Fadyean, ete
Dans les ouvrages classiques, on indique simplement l'existence possible des ulcères tuberculeux de l’estomac ou de la caillette sans y insister.
M. le professeur Galtier, écrit dans son Traité des Maladies contagieuses des animaux, p. 433:
« On a trouvé aussi des tubercules dans la muqueuse de l’æsophage, dans celle des estomacs, dans celle de la caillette ; de pareilles lésions sont fort rares. »
M. le professeur Cadéac mentionne également ces lésions, en y ajoutant quelques mots d'anatomie pathologique.
Pour MM. les professeurs Nocard et Leclainche, «ces lésions tuberculeuses, très rares, portent de préférence sur la callette. »
M. le professeur Moussu indique la possibilité de cette localisation de la tuberculose sur l'appareil digestif.
M. Butel exprime aussi la même opinion.
Craignant d’omettre involontairement des publicalions élrangères quil nous était impossible de trouver en France, nous nous sommes adressé directement à
plusieurs vétérinaires éminents de divers pays’.
! Nous avons l'agréable devoir d'adresser ici nos vifs remerciments, pour l’amabilité qu'ils ont mise à nous répondre, à MM. Bang, de Copenhague ; Guillebeau, de Berne; Johne, de Dresde; Mac Fadyean, de Londres; Farrington, de Washington; Ostertag, de Berlin; Perroncito, de Turin; Süssdorf, de Stuttgard, et Thomassen, d'Utrecht,
Leurs réponses ne nous ont pas permis d'ajouter d'autres noms à ce bref historique.
En somme, tous les (ravaux publiés se réduisent à de courts documents.
Nulle part iln’est fait mention de notions étiologiques parliculhières. Il nous est difficile de dire si telle ou telle espèce animale est plus sujette qu'une autre à présenter des ulcérations tuberculeuses. Jusqu'à pré sent, tous les cas cliniques ont été, il est vrai, observés chez le bœuf. Aucun n'a été signalé chez le cheval, le mouton, la chèvre, non plus que chez le chien ou le chat. Mais ce que nous disions pour la médecine humaine ne serait-1l pas vrai en médecine vétérinare ? On est en droit de craindre que là aussi, dans les autopsies de sujets tuberculeux, on n’omette d'ouvrir l'estomac. La lecture des statistiques que nous avons trouvées, les protocoles de nécropsies que nous avons cousultés, où jamais 1l n'est fait mention de l'examen de l'estomac, ne contribuent pas à dissiper ces craintes.
De la symptomatologie, nous ne savons rien. Aucune manifestation clinique nature l'attention sur l'appareil digestif. Néanmoins, dans tous les cas, des phénomènes de eachexie générale ou des troubles pulmonaires trahissent l'envahissement du poumon par la tubereulose, et l'infection générale qui en résulte.
Comme pour les ulcérations tuberculeuses observées chez l’homme, l’anafomie pathologique des ulcérations tuberculeuses typiques des estomacs est bien connue. Le rumen, le feuillet et surtout la caillette,
dans sa région pylorique, peuvent, chez les ruminan(s, ètre le siège des altérations spécifiques. Nous ne voulons pas décrire longuement 1e1 les lésions au point de vue macroscopique ou histologique. Ce serait faire double emploi avec les observations que nous publions intégralement, dans le chapitre suivant. Il y a, d'ailleurs, identification absolue de l'aspect extérieur et de l'histologie entre les ulcérations tuberculeuses de l’homme et de l'animal. Souvent uniques, parfois multiples, ces pertes de substance sont arrondies. De la dimension d'une pièce de 1 france, leurs bords, minés en dessous, peuvent êlre épaissis, surélevés. Rarement on trouve à leur pourtour des tubercules de la muqueuse.
Nous donnons, comme lype de ces lésions, l'ulcère tuberculeux de la callette décrit dans l'observation XI qui nous est personnelle et représenté dans la figure 18. Sa description histologique, à laquelle nous renvoyons, confirme ce que nous disions plus haut de l'identité des ulcères de l’estomac sur l'homme et l'animal.
On trouve parfois de rares bacilles colorables dans les lésions ; nous n’insisterons donc pas pour éviter les redites. Chez le bœuf, il y a souvent une tuberculisation des ganglions Îymphatiques périgastriques, en parliculier du ganglion pylorique, ainsi que des lésions de tuberculose pulmonaire, intestinale où généralisée.
Au point de vue pathogénique, il est intéressant de remarquer qu'on a Lenté d'expliquer la production de ces ulcères tuberculeux seulement par l'infection baaillkure directe de la paroi des réservoirs gastriques, les
bacilles de Koch étant déglutis avec les aliments ou avec l’expectoration. On semble n'avoir Lenu aucun compte d'une infection pariétale par une autre voie.
Ainsi, pour Mac Fadyean «il n’est pas douteux que, dans les cas de pommelière, la déglutition n’amène de nombreux baeilles dans les estomacs. L'immunité relaüve des trois compartiments antérieurs est expliquée naturellement par l'épaisseur du revêtement épithélial.
Mais pour le véritable estomac, ce facteur est négligeable. La cause de sa résistance réside dans l'acidité de sonsuc. De plus, les leucocytes n'ont, à ce niveau, aucune tendance à englober les bacilles parvenus au contact de la muqueuse et, par suite, à en provoquer l'infection ».
Johne se montre aussi partisan de l'infection directe de la muqueuse. Il ajoute, comme cause favorisante de cette infection, l’ulcération antérieure simple de la paroi. Dans un de ses cas, cette ulcération primitive aurait élé produite par l’action corrosive de scories arsénicales s’échappant de hauts fourneaux et tombant sur les pâturages voisins, où vivaient les bovidés atteints. L’inhalation de ces mêmes scories aurait aussi favorisé l’éclosion d’ulcérations tuberculeuses étendues de la trachée. Dans l’autre cas, l'érosion initiale aurait reconnu pour cause des lésions aphteuses du feuillet, lésions assez communes chez le bœuf.
Nous répétlerons done dans ce chapitre que, chez les animaux, cette infection directe de la paroi est peu soutenable. La voie sanguine semble toujours, avant tout, être le mode d'infection capital. Dans notre cas, la relation des tubercules nodulaires avec les vaisseaux. les obli-
térations endartéritiques sont trop incontestables, pour ne pas admettre l'infection par la voie sanguine et nier l'importance des altérations vasculaires. Nous avons suffisamment éludié ces points dans nos pages précédentes.
Cependant une infection due à l’envahissement de la paroi gastrique par un foyer caséeux ganglionnaire péristomacal est admissible, surtout chez le pore, si l’on se reporte aux observations de Hohmann qui a constaté, sur cet animal, la tuberculisation spontanée si fréquente des ganglions de la petite courbure.
Mais, de même qu'il y a chez l’homme des ulcérations de l'estomac d'origine tuberculeuse, dépourvues des caractères histologiques typiques, de même chez les animaux, celle variété d’ulcération peut se produire dans le cas de toxi-infection profonde tuberculeuse. Nous avons obtenu expérimentalement toules ces variétés ; nous sommes donc autorisé à parler ainsi.
in terminant, nous conclurons à l'identité absolue des ulcérations tuberculeuses de l'estomac chez l'homme et chez les animaux. L'absence de symptômes, des caractères histologiques semblables, une pathogénie univoque achèvent cette ressemblance.
Quant à la fréquence, nous la croyons beaucoup plus grande qu'on ne l’admet aujourd'hui. Ainsi, quelques , cs . | Jours d'observation attentive des caillettes desanimaux tuberculeux, saisis dans un abattoir de Lyon, ont suffi pour ajouter un cas {ypique à une liste jugée difficile à accroître.
Nous sommes donc autorisé à déclarer que véléri-
naires et médecins verront s’augmenter rapidement la collection des ulcérations tuberculeuses de l’es- Lomac à dater du moment où l'examen de tout le tube digestif sera pratiqué soigneusement el systémaliquement, à l’autopsie des nombreuses victimes de la tuberculose,