‹ Des ulcères en généraleChapitre 15 sur 15 · TRAITEMENT DES ULCERES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES ULCERES

Il se divise en externe et en interne.

Du traitement externe.

Topiques. — 11 nous paraît superflu de parler de l’abus qu’on a fait pendant si long-temps des emplâtres et des onguens. Mais

refuser aux emplâtres sur les ulcères un certain degré d’action médicatrice, serait en contradiction avec l’observation. Nous verrons, à l’occasion de l’emploi des bandelettes, que M. Velpeau a reconnu au diachylon gommé des avantages plus grands qu’a l’emplâtre diapalme.

Des frictions légères avec l’onguent mercuriel, avec l’onguent basilicum ou les onguens rosats, auxquels on peut associer différentes substances, sont employés dans les mêmes circonstances.

Les formes sous lesquelles on les emploie sont aussi variées que leurs propriétés : ils sont à l’état pulpeux, solide et pulvérulent, liquide ou en vapeur.

A l’état pulpeux se rapportent les pulpes proprement dites et les cataplasmes des diverses espèces. Parmi les pulpes, il nous suffira d’indiquer la pulpe de carotte, déjà employée par les anciens. On doit à Gibson d’avoir rappelé l’attention des praticiens sur ce sujet. L’utilité de ce moyen est incontestable au dire de Syme, d’A, Cooper, qui le conseillent souvent. L’efficacité des cataplasmes émolliens, anodins, résolutifs, n’a pas besoin d’être démontrée.

Pulpes et cataplasmes. — Les topiques, sous cette forme, sont employés dans le but d’obtenir une action émolliente, résolutive, excitante ou sédative. Les cataplasmes émolliens conviennent dans les cas d’ulcères évidemment inflammatoires. Boyer les appliquait par-dessus une couche mince de charpie dont il avait recouvert la plaie. Les sédatifs conviennent aux ulcères irritables. Les résolutifs et les excitans conviennent aux ulcères atoniques et sont employés plus rarement.

Ces topiques agissent à la fois par leur humidité, leur température et par la substance qui les compose.

Parmi les poudres ^ les unes sont employées comme anti-septiques, d’autres comme excitantes, et d’autres enfin jouissent de

propriétés véritablement spécifiques. Au nombre de celles qui

méritent d’être indiquées , nous nommerons le charbon , le camphre , le quinquina , l’alun , le calomel et différentes préparations mercurielles et arsénicales ; le nitrate d’argent fondu , les poudres incorporées constituent la plupart des escarrotiques ; la pâte arsénicale, le chlorure de zinc, la pommade de Rousselot.

Le charbon a donné des résultats avantageux à MM. Serrurier, Bornemann et à beaucoup d’autres pour des cas d’ulcères. Delpech l’a employé avec succès dans la pourriture d’hôpital. Le camphre seul ou uni au charbon a été employé dans les mêmes circonstances et avec les mêmes avantages , entre autres, par Aubry, et Fritz de Prague. Nous avons vu le camphre fournir à Réclard de beaux résultats dans la pourriture d’hôpital. Dans les ulcères atoniques et gangréneux , la poudre de quinquina toute seule ou unie soit au camphre, soit au charbon, peut être fort utile. Les propriétés spécifiques du calomelas, du mercure et de i’iode incorporés , ne sauraient être révoquées en doute.

On a employé avec succès les frictions avec le calomel délayé dans la salive ou dans du suc gastrique d’animaux ruminans , sur les callosités des ulcères.

Quelques escarrotiques n’ont d’autres usages que de servir à réprimer l’exubérance des bourgeons charnus : la poudre d’alu le nitrate d’argent; d’autres sont employés comme escarrotiques spécifiques : la pâte arsénicale , la pâte de cauquoin.

Il faut bien se donner de garde de cautériser les fongosités qui tiennent a une disposition cancéreuse, car on en accélérerait le développement.

La composition des liquides qu’on a mis en usage dans le traitement des ulcères varie également beaucoup. On emploie, à différentes températures, des décoctions émollientes, des dissolutions métalliques, des acides liquides , des dissolutions salines.

L'eau simple a été employée depuis bien long-temps ; Kern, Fritz, de Prague, en ont fait usage, et Walther, qui, en quelque

ma -

sorte, a popularisé ce moyen de traitement, l’emploie de la nière suivante : il se borne à couvrir l’ulcère avec des compresses trempées dans de l’eau tiède, afin de favoriser l’écoulement du pus et de la sanie. Syme conseille également les plumasseaux imbibés d’eau tiède, ce moyen peut être avantageusement employé dans les ulcères inflammatoires.

Nous trouvons, dans le journal des Connaissances mêdico-chirur gicales , une communication du docteur Thomas Morton, qui nous apprend que, dans l’hôpital modèle de Londres, on fait usage exclusivement de ce moyen dans le traitement des ulcères; il paraît que, dans cet établissement, on l’emploie aussi à la température ordinaire. M. Marjolin conseille d’arroser le membre avec de Feau froide, dans les ulcères inflammatoires, lorsque la suppuration est très abondante et qu’une vive chaleur se fait sentir.

îl est a ma connaissance qu’un militaire, affecté d’un ulcère qui avait résisté a tous les moyens ordinaires de traitement, fut guéri par une immersion prolongée pendant quatre heures, chaque jour, dans l’eau courante d’un fleuve.

Ces faits se lient très bien à cette observation de Parent du Châtelet, que les débardeurs, qui ont constamment les jambes dans l’eau froide, sont très rarement affectés d’ulcères à ces parties.

Au rapport de Percy, l’eau salée a été employée avec avantage dans le traitement des ulcères invétérés. Carault dit a cette occasion: « L’eau salée est entièrement applicable aux ulcères, «r dans lesquels la rareté de la suppuration est cause d’adhérence « plus ou moins forte de la charpie aux bords de la surface dén nudée. »

L’eau de javelle a été mise en usage , dans les ulcères syphilitiques ou autres, par Cullerier oncle.

La dissolution de chlorure de sodium a beaucoup été employée dans les différens hôpitaux de Paris, et cela principalement dans les ulcères atoniques et putrides.

L’eau , sous la forme de bains et de douches sulfureux, de bains aromatiques, est d’un emploi très commun dans les ulcères qui succèdent à certaines maladies de la peau ou à une affection scrofuleuse. M. Breschet a traité et guéri des ulcères invétérés aux jambes par des bains nitro-muriatiques.

L’acide sulfurique, à la dose de six gouttes pour une once d’eau, l’acide hydro-chlorique , l’acide nitrique ont été employés par A. Cooper, dans le but d’exciter la granulation des ulcères ; dans le même but, il a employé l’eau de chaux, le sulfate de zinc, de cuivre, etc.

M. Th. Simons (de la Caroline du sud) cautérise les ulcères gangréneux avec l’acide pyro-ligneux étendu de moitié d’eau. L’acide nitrique fumant, le nitrate acide de mercure, le beurre d’antimoine sont employés, dans le but de détruire certaines parties, dans les ulcères phagédéniques.

Enfin les vapeurs sont assez rarement employées. L’acide hydrochlorique en vapeur a été mis en usage, au rapport de Carault, contre les ulcères atoniques de la peau, et, d’après lui, ce topique n’a d’action évidente que dans ses premières applications.

La charpie , placée immédiatement à la surface des ulcères , est un des moyens auxquels on a le plus généralement recours; elle peut être employée, soit brute , soit râpée ou préparée , car l’on a parfois fait subir certaines préparations chimiques au tissu qui doit la fournir. Les Anglais remplacent souvent la charpie par un tissu de coton, lisse d’un côté, et présentant sur l’autre un léger duvet analogue à la charpie râpée. Le coton cardé , la laine dégraissée ont été employés.

La charpie placée a sec sur les ulcères a pour effet d’exciter la surface suppurante; elle convient parfaitement dans les ulcères atoniques; quelquefois elle est seulement employée dans le but d’absorber les liquides que fournit la plaie. Disposée en plumasseaux et recouverte de substances médicamenteuses diverses,

elle est en usage dans différentes espèces d’ulcères, au caractère desquels doit être appropriée la substance dont on la recouvre-

Le vésicatoire. — - Syme s’exprime ainsi : « L’application d’un large vésicatoire couvrant la surface ulcérée , produit de très bons effets , sans qu’on ait besoin d’employer d’autre moyen que de simples pansemens humides ; l’effet immédiat est de faire disparaître le gonflement des parties environnantes et l’état calleux des bords de l’ulcère : la surface revient de niveau avec la peau environnante, se bourgeonne et se cicatrise. » En faveur de ce traitement, il ajoute : « Qu’il est plus expéditif dans ses effets que le traitement par les bandelettes. » (Syme : de l’ulcère indolent ou calleux.)

Nous connaissons un fait particulier d’ulcère bien évidemment atonique, où l’application d’un large vésicatoire ramena l’ulcère a de bonnes conditions, et, dès ce moment, la cicatrisation commença à s’établir et marcha rapidement vers une guérison qui fut durable.

A n’en pas douter, le vésicatoire agit en déterminant un travail nouveau d’excitation vive. Dans ce but, J. Higginbottom touche toute la surface et les bords des ulcères atoniques avec le nitrate d’argent.

C’est, du reste, une chose bien remarquable de voir les avantages presque instantanés qu’on retire de la cautérisation avec le nitrate d’argent , le nitrate de mercure ou tel autre caustique , dans certaines ulcérations du col de l’utérus et dans quelques ulcères même les plus douloureux. On fait cesser presque immédiatement la douleur et les autres accidens.

Chaleur. — Hippocrate, Gallien et tous ceux qui les ont suivis, ont attaché une grande importance à son action dans la curation des ulcères : ils attribuaient à l’air froid un effet fâcheux qui ne lui appartient pas en propre, mais qu’il doit à sa tempé^ rature ; l’air froid paraissait a A. Paré si nuisible , que , pendant

le pansement des ulcères, il en faisait approcher une pelle rougie au feu.

L’on a, depuis long-temps, observé que les plaies guérissent mieux et bien plus rapidement dans les pays chauds; mais il faut, à cette occasion , remarquer que , lorsqu’on dit que les solutions de continuité guérissent difficilement dans les pays froids , on a tou jours en vue les pays que nous habitons. Ce qui est alors d’une grande vérité. Il n’en est plus ainsi quand on observe ce qui se passe dans les pays dont la température basse est soutenue à un degré peu variable. En effet , on y voit les plaies guéries avec presque autant de facilité que dans les pays chauds; c’est, à nos yeux, l’égalité de la température, beaucoup plus que son degré , qui exerce une influence avantageuse sur les guérisons dans ces cas.

On a été plus loin. La chaleur a été employée à différentes époques comme moyen thérapeutique ; les uns l’ont employée par rayonnement, les autres au contact.

Dans ces derniers temps, M. J. Guyot a eu l’heureuse idée d’appliquer au traitement des ulcères le moyen thérapeutique dont il use pour les plaies ; ce moyen consiste à maintenir la partie malade dans une température élevée et constante pouvant varier de 33 °x0 à 60. Il faut reconnaître que la température joue un rôle important dans les effets d’un grand nombre de topiques.

On a anciennement employé la chaleur par le rayonnement, qui comprend la cautérisation, objective, soit parle moyen de charbons incadescens ou de plaques d’acier, ainsi que le proposait Faure et que l’a préconisé M. Oudin; sous l’influence de ce moyen, on aperçoit qu’au moment où la chaleur se fait sentir sur l’ulcère , la surface se recouvre d’une rosée fine, ou devient le siège d’un écoulement plus abondant. La cautérisation devient nécessaire dans certaines circonstances. Si, dans le premier cas, l’intention était simplement de déterminer un certain degré

d’excitalion dans le second, on a pour but de détruire des chairs exubérantes , ou d’arrêter dans ses progrès une complication grave.

A la suite de l’influence de la chaleur sur les ulcères , devrait être examinée l’influence du froid ; nous en avons dit quelques mots dans plusieurs des paragraphes qui ont précédé celui-ci.

Compression. — Théden paraît être le premier qui l’ait mise en usage dans les cas d’ulcère variqueux, et cela, de la même façon qu’il l’employait pour le traitement des anévrismes , c’est-àdire au moyen du bandage roulé. M. Marjolin rappelle qu’un M. Gaillard, a Paris, l’emploie depuis long-temps pour la plupart des ulcères des jambes ; Desault l’employait souvent ; mais ce mode de traitement était abandonné presque entièrement , lorsque M. Roux, dans la relation de son voyage à Londres en 1814, a ramené l’attention sur lui et a introduit dans la pratique de nos hôpitaux les procédés que Watheley et Baynton ont spécialement préconisés en Angleterre, et qui ont été adoptés par beaucoup de chirurgiens.

nton , dans la vue de rendre cette compression plus exacte, a ajouté au bandage l’emploi des bandelettes agglutinatives ; mais on ne s’en est pas tenu à ce simple moyen mécanique : M. Gaillard , au rapport de M. Marjolin, couvre d’abord les surfaces ulcérées avec des substances emplastiques plus ou moins excitantes. Watheley emploie un cérat dans lequel entre la pierre calaminaire. Les bandelettes agglutinatives, dans le procédé de Baynton, portent avec elles une substance médicamenteuse. Ces bandelettes déterminent souvent l’inflammation et l’excoriation de la' peau , et alors on est obligé d’en suspendre l’usage. Il arrive quelquefois que l’irritation est tellement grande , qu’on se trouve obligé de les abandonner. Pour prévenir cet inconvénient , Baynton propose de placer, sous l’emplâtre agglutinatil un morceau de cuir mince. M. Marjolin remplace , dans ce cas,

le diachylon par l’emplâtre diapalme ou celui de Nuremberg. A cette occasion , sir A. Cooper conseille de couvrir l’ulcère d’une couche de charpie enduite de cérat saturnin , et de placer sur le plumasseau une plaque mince de plomb soutenue par le bandage compressif. Ce moyen avait été déjà conseillé par M. Réveillé-Parise ; Syme préfère tremper la charpie dans l’eau et la recouvrir avec la lame de plomb 5 puis il place , entre celle-ci et le bandage , une pièce de taffetas gommé , dans le but d’entretenir l’humidité de la charpie ; d’autres ont placé le plomb immédiatement sur la plaie, dont les bords doivent être un peu recouverts par lui.

Cette compression paraît si importante à M. Lallemand, qu’il l’emploie même concurremment avec les émolliens, dans les cas d’inflammation.

Nous rangeons, à côté des moyens compressifs, l’emploi qu’on a fait , dans le traitement des ulcères , de la cire fondue. P. Stafford l’expose ainsi : « Il consiste à couler dans l’excavation de la cire fondue d’une espèce particulièrement gluante, juste à cette température où la cire est lorsqu’elle se fige pour devenir solide. De cette manière, la surface inférieure de la cire , devenue froide, est en contact immédiat avec la surface générale de l’ulcère , et toute l’excavation en est remplie. Il y a cependant deux précautions préalables à prendre , d’abord de bien nettoyer la plaie et d’enlever avec de la charpie tout le pus possible, et, en second lieu , d’avoir soin (afin de ne pas brûler le malade) que la cire soit refroidie au degré que j'ai déjà indiqué. Après que la cire s’est entièrement solidifiée dans la plaie, quelques bandelettes agglutinatives seront appliquées pour l’empêcher de se déplacer. On laissera ainsi les choses jusqu’au troisième jour, et l’on pansera de nouveau. En continuant de cette manière ce traitement, on verra bientôt se former des granulations de bonne

nature sur toute l’étendue de la plaie, celle-ci diminuer, et la cicatrisation marcher rapidement vers la guérison.

« Il est probable que l’explication qu’on donnera des effets de ce traitement sera que l’air est, par ce moyen, complètement intercepté , et qu’il se fait , sur toute l’étendue de l’ulcère , une pression uniforme. Cette explication est, jusqu’à un certain point , satisfaisante ; néanmoins , je suis porté à croire que les effets produits ne dépendent pas uniquement de cette cause. Il y a, comme on sait , dans l’économie animale, certaines lois en vertu desquelles les corps étrangers sont expulsés du corps; et il me semble que la cire, qui est un corps étranger dans l’ulcère, devient alors soumise à ces lois. Il se produit, par l’intervention de cette loi de la nature qui chasse au dehors tous les corps étrangers, des granulations sur toute la surface de la plaie, et l’on parvient ainsi à imiter un procédé naturel.

« Après un premier pansement, dit Stafford, la plaie présente généralement un meilleur aspect, étant devenue plus rouge, et même quelquefois on voit déjà dans les premiers temps des granulations se produire. Après le second pansement , elles s’étendent généralement sur toute la surface de la plaie ; au troisième , elles remplissent déjà une partie de la cavité qu’elles ont beaucoup rétrécie ; au quatrième pansement , elle est encore plus petite; enfin, de cette manière, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement fermée. Suit alors la formation delà peau. A mesure que la guérison s’avance, on voit les granulations devenir plus petites, plus compactes et plus vermeilles. La cicatrice offre aussi une surface plus unie ; elle est aussi plus ferme , et a moins de sensibilité; elle ne paraît pas avoir non plus cette tendance à s’ouvrir de nouveau qu’on remarque à l’égard des cicatrices des ulcères qui n’ont pas été traités suivant ma méthode.

«Au moyen de la cire, on intercepte l’action de l’air, et on garantit la plaie des corps extérieurs.; on opère une pression uni-

forme sur toute sa surface , et on protège ainsi les petits vaisseaux de l’ulcère. On imite ainsi le procédé que la nature suit elle-tnême en couvrant la plaie de croûtes. Tout cela est d’une grande importance : car, en premier lieu , en interceptant l’action de l’air, on épargne au malade beaucoup de douleur et d’irritation; en second lieu , par le soutien donné aux petits vaisseaux de l’ulcère , sa cicatrice acquiert une texture plus ferme et plus solide ; enfin, en troisième lieu , la production d’une croûte artificielle fait marcher la guérison d’une manière plus régulière.

« Quand la plaie est accompagnée de varices , ce traitement obtient les mêmes avantages ; et lorsque son caractère est d’une nature si indolente et si débile qu’aucun moyen ne puisse parvenir à produire une excitation salutaire, on voit que la stimulation entretenue par le corps étranger, c’est-'a-dire par la cire , produit, comme par miracle , des granulations nombreuses et vermeilles. »

La compression , considérée d’une manière générale , nous paraît la méthode de traitement applicable avec un grand avantage au plus grand nombre des cas. Elle facilite la circulation superficielle, en s’opposant aux dilatations veineuses, en comprimant également toute la partie, en réparlissantles résistances d’une manière uniforme; elle agit certainement aussi, en déprimant les bourgeons charnus dont elle modifie la vitalité, et en exerçant sur les bords de la plaie une pression qui les dégorge et qui les rapproche en même temps. Dans les ulcères des jambes, elle doit s’étendre jusqu’au bout du pied. Mais la compression doit être modérée ; c’est à chaque praticien qu’il appartient de fixer le degré auquel il convient de la porter en raison des différentes circonstances de l’individu et du but qu’il se propose. Il faut bien se garder de tomber dans l’excès de certains praticiens, Scott, en particulier, qui méritent le blâme sévère que Liston adresse â ce dernier.

Dans ce mode de traitement, une chose importante est de fixer les époques auxquelles il convient de renouveler les pansemens. Or, à ce sujet, il ne peut y avoir de règle précise; l’application du bandage étant bien faite, aucun accident ne s’étant manifesté, c’est l’abondance de la suppuration qui réglera la conduite du chirurgien à cet égard; car, en principe, il faut éloigner le plus possible les pansemens. Sans adopter l’opinion que le pus est le meilleur topique qui puisse être appliqué sur une plaie , on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il ne soit entièrement innocent lorsqu’il est de bonne nature. Suivant les cas, on change l’appareil tous lés trois, quatre, six ou huit jours.

Peut-être que l’un des avantages les plus grands de l’appareil compressif est l’immobilité relative dans laquelle sont maintenues les parties constituantes d’un membre. C’est dans ce but important que M. Velpeau emploie l’appareil inamovible, ayant soin de disposer les bandes de manière à laisser une ouverture au-devant de la plaie, qu’on peut facilement panser aussi souvent qu’on le juge nécessaire.

Il convient a présent que nous indiquions le mode d’emploi des bandelettes. Il faut que chaque bandelette ait de huit à douze lignes de large, et qu’elle puisse faire une fois et demie le tour de la partie ; que la première soit placée un pouce au-dessous et la dernière un pouce au-dessus de la plaie ; elles seront imbriquées, ou bien on laissera un petit intervalle entre elles , suivant que la suppuration sera peu abondante ou en grande quantité. M. Lallemand veut qu’on les applique de la dernière façon, dans les ulcères avec inflammation , et qu’on place des cataplasmes émolîiens par-dessus. Le milieu de la lanière doit être appliqué sur le point opposé à l’ulcère, et les chefs venir se croiser sur l’un de ses bords. Il faut avoir le soin que chaque bandelette porte également sur le membre par tous ses points.

Pour éviter les inconvéniens qu’offre souvent le sparadrap du

diachylon, l’on a conseillé des bandelettes recouvertes d’ictliyocolle.

On a mis en usage les bandelettes, sans y adjoindre le bandage roulé; mais on y trouve l’inconvénient d’étrangler le membre au niveau de la partie malade, et de déterminer l’action et la gêne de la circulation dans la partie qui est au-dessous.

Les scarifications, les incisions et I’excision, peuvent être réclamées, dans les ulcères, par diverses circonstances que nous allons étudier.

À. Paré s’est exprimé, à l’égard des scarifications, d’une manière assez précise, pour qu’on ne doive pas rapporter à Ledran la première idée de l’emploi de ce moyen. Ces praticiens conseillent aussi l’excision; ils emploient les deux premières opérations dans la vue de donner prise aux médicamens.

Ces moyens, qui avaient été presque complètement abandonnés, sont conseillés par quelques chirurgiens de notre époque. M. Lallemand emploie les incisions , dans les ulcères calleux , comme moyen de débridement des bords , dont il considère la résistance comme un obstacle à la cicatrisation. Les scarifications sont encore employées comme dégorgement de ces bords ; on peut les considérer encore comme modifiant leur vitalité propre. C’est de la même façon qu’agissent les sangsues, dont plusieurs praticiens font usage.

Les fongosités qui se développent h la surface de certains ulcères , lorsqu’elles ont pris un volume considérable et qu’elles sont pédiculées , doivent quelquefois être excisées. 11 convient souvent de retrancher les portions de peau décollée, soit qu’elles forment les bords de l’ulcère , soit qu’elles se présentent en forme de pont.

Les moyens chirurgicaux ne sont pas toujours bornés à une action directe sur l’ulcère. Quelquefois, on est appelé h pratiquer

des opérations plus ou moins graves sur les principaux vaisseaux qui ont quelques rapports avec lui.

Enfin, il est des cas assez graves pour exiger, comme dernière, ressource , l’ablation d’une partie , même l’amputation d’un membre, soit que l’affection compromette la vie du malade par l’abondance de la suppuration ou par les accidens qui peuvent survenir.

Repos et situation. — La première condition a remplir dans le traitement des ulcères , particulièrement de ceux des jambes , était pour les anciens le repos le plus absolu, la position horizontale des membres et l’immobilité des parties. Mais aujourd’hui ce point est mis en question, et partage encore les praticiens, depuis que quelques personnes ont eu l’idée de recommander l’exercice à leurs malades. Cette modification, vantée par Baynton , et que mettait bien antérieurement en usage M. Gaillard déjà cité, a été adoptée par la plupart des chirurgiens anglais; A. Cooper la conseille dans certains cas. M. Lugol , dans le traitement des ulcères scrofuleux aux jambes, ? exige que ses malades marchent le plus possible. A nos yeux, il est des cas où l’immobilité des parties malades est indispensable , par exemple, dans les ulcères siégeant à l’aine et qui succèdent aux bub ons vénériens. M. Blandin la recommande expressément dans les cas où la gêne de la circulation paraît être la cause qui entretient les ulcères des jambes, etc., etc. Nous croyons que l’un ou l’autre de ces moyens peut être employé avec avantage , dans quelques cas particuliers; le repos nous paraît nécessaire dans les ulcères compliqués d’inflammation où la compression n’est point actuellement applicable.

A lui seul , le traitement local bien dirigé guérit le plus grand nombre des ulcères ; on voit même souvent les ulcères spécifiques guérir par son seul emploi, et dans tous les cas on obtient de grandes améliorations , mais si l’existence de la maladie se

trouve liée à une affection spécifique, ou à tout autre état maladif général , les guérisons ainsi obtenues par le traitement local seul, ne sont guère durables, l’on voit bientôt l'ulcère se rouvrir. Ce fait avait tellement frappé Abernethy, qu’il signale le traitement général comme le point capital dans les ulcères.

Le traitement général est donc un point important dans la thérapeutique des ulcères. Ce principe est évident pour les affections spécifiques. Malheureusement nous n’avons pas toujours en notre pouvoir les moyens de combattre efficacement le vice interne. Mais dans tous les cas, lors même que l’ulcère paraît le plus indépendant d’un état pathologique générai-, les médications internes peuvent souvent offrir de grands avantages. Hippocrate voulait guérir les ulcères, particulièrement les ulcères fongueux, par la faim. Mais il est d’observation que si une alimentation trop abondante est nuisible dans les cas d’ulcères anciens , une diète trop sévère peut également avoir de grands inconvéniens. Hunter, Van-Swiéten, Bell et beaucoup de praticiens out observé des cas où des ulcères ont paru être entretenus par la diète à laquelle les malades étaient condamnés, et guérir par le fait d’une plus forte alimentation ; il n’est même pas question ici des circonstances où l’ulcère est entretenu par les effets de la diminution de la graisse dans une partie où l’éloignement des bords et l’impossibilité de la réunion en sont une conséquence. Dans ces cas, la difficulté de la guérison ne pourrait être rapportée au défaut d’alimentation. Si la suppuraration est abondante dans les ulcères invétérés et incurables, il faut, d'après Tissot, donner moins de nourriture que les forces apparentes n’en exigent, prescrire des alimens de facile digestion; animer les boissons par des substances fortifiantes. Cette diététique convient a tous les cas simples. Dans les cas d’inflammation on se laisse guider par les indications particulières.

Les purgatifs ont été préconisés depuis long-temps. Tous les

auteurs qui se sont occupés des ulcères ont remarqué la grande influence qu’exercent réciproquement l’une sur l’autre, et la quantité de suppuration, et les évacuations excrémentitielles. Il importe sans doute beaucoup de tenir le ventre libre , mais il faut bien se garder d’abuser des purgatifs, qui peuvent souvent amener la suppression de l’écoulement purulent avec toutes ses conséquences.

Enfin , M. Skey vient tout récemment de rejeter la compression de Baynton d’une manière générale. Pour lui, il traite les ulcères chroniques par l’opium a l’intérieur, soit le laudanum, dont il administre depuis deux jusqu’à huit ou douze gouttes , soit l’extrait muqueux , à la dose d’un demi-grain à deux grains , se bornant à appliquer des catasplasmes sur la partie malade.

Il faudrait avoir expérimenté cette méthode pour la juger d’une manière absolue. Mais nous sommes portés d’avance à lui accorder peu de confiance, sauf dans les cas d’ulcères irritables.

Remarquons, en terminant, que si le traitement local seul , qui peut souvent produire des guérisons complètes et durables, ne donne pas une entière sécurité pour les suites, quand l’ulcère est lié à un état général de l’économie , le traitement interne approprié seul , qui guérit souvent dans ce dernier cas , offre toujours une sûreté bien plus grande pour la solidité des guérisons.

Page 1