‹ Des ulcères en généraleChapitre 14 sur 15 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Rarement les ulcères, par eux-mêmes, présentent du danger pour la vie du malade , quoique par leur proximité d’organes importuns, par leur étendue, l’abondance de leur suppuration et l’épuisement qui en résulte, ils puissent, dans quelques cas, acquérir une gravité qu’ils n’ont point ordinairement. Mais si la mort en est rarement la suite, ils constituent toujours une lésion incommode, désagréable, et souvent dégoûtante, ce qui doit suffire sans doute pour attirer l’attention du praticien sur leur pronostic.

Rarement les ulcères guérissent spontanément, c’est même un de leurs caractères que ce délaut de tendance à la cicatrisation.

Les causes des ulcères forment une des bases les plus importantes de leur pronostic. Ceux de causes externes sont, en général, beaucoup plus faciles à guérir que ceux de cause interne. La gravité de ces derniers vient de la difficulté de détruire l’affection générale dont ils sont l’effet; aussi les ulcères syphilitiques sont-ils presque aussi faciles et souvent plus faciles a guérir que les ulcères de cause externe.

Les ulcères ont souvent, dans leur siège, un obstacle à leur guérison. Il y a long-temps qu’on a reconnu que les ulcères sont, d’autant plus opiniâtres qu’üs sont dans une position plus déclive. Les ulcères des membres inférieurs sont ceux dont la cure est la plus difficile; difficulté que l’on explique par la stase des liquides et le peu d’activité de la circulation. Cette explication ne

saurait s’appliquer à la différence, dont parlent plusieurs auteurs, entre le membre inférieur droit et le membre inférieur gauche.

Les ulcères du tronc sont, en général, plus prompts 'a se cicatriser que ceux des extrémités, même des extrémités supérieures. Lorsque l’ulcère est situé dans un point où un os est recouvert de peu de parties molles, il est, par cette seule condition, plus difficile à cicatriser.

L’ulcère peut encore emprunter a son siège un autre genre de gravité. C’est ce qui arrive s’il se trouve près de gros vaisseaux, de gros nerfs, près d’un organe important qu’il peut atteindre, sur les parois d’une cavité qu’il peut détruire. Situé près de tendons, il peut en amener l’exfoliation; près des os, il peut déterminer la carie ou la nécrose; près des articulations, il peut les ouvrir, causer la carie des extrémités osseuses ou au moins nuire à leur mouvement en. déterminant cette ostéite, qui se déclare toujours dans un os voisin d’un ulcère.

L’étendue seule des ulcères peut en empêcher la cicatrisation , comme cela se voit dans des ulcères de cause externe, qui, sans aucune complication, sont rebelles à tous les trailemens, parce que l’organisme ne peut suffire a la réparation des parties détruites.

La forme ronde est regardée comme la plus défavorable, parce que tous les points de sa circonférence étant également éloignés ducentre, présentent autant de chemin à parcourir à la cicatrisation, et, en outre, parce que la cicatrice commence en général dans les angles.

Le décollement des bords s’oppose à la cicatrisation; mais sa plus grande importance vient de ce qu’il est presque toujours lié à une cause générale.

Les ulcères calleux sont difficiles à guérir, et récidivent souvent. Il en est de même des ulcères variqueux, qui récidivent avec encore plus de facilité.

Sans même qu’aucune de ces complications -vienne se joindre à l’ulcère, sans qu’une cause interne s’oppose à sa guérison, son ancienneté seule peut suffire pour la rendre incurable.

Les âges ont une action remarquable sur la marche des ulcères. Dans la vieillesse , le peu de vitalité des tissus s’oppose à la cicatrisation , qui marche , au contraire , souvent avec rapidité dans l’enfance, lorsque la constitution ne s’y oppose pas.

L’âge a encore une autre influence par les changemens qui s’opèrent à certaines époques dans l’économie. C’est ainsi que, lorsqu’un enfant est affecté d’un ulcère , et surtout d’un ulcère scrofuleux, rebelle à tous les traitemens, on peut espérer que la guérison arrivera spontanément vers la puberté.

Les sujets d’une constitution faible ou ruinée par des fatigues ou des maladies, sont dans une condition fort défavorable pour la cicatrisation des ulcères, qui, le plus souvent, au contraire, ne font qu’empirer tant que l’état général ne s’améliore pas.

Une affection concomitante, en affaiblissant l’économie, tend donc à perpétuer les ulcères; mais, d’un autre côté, l’on a vu des ulcères guérir sous l’influence d’une maladie aiguë intercurrente.

Enfin, un fait fort remarquable, c’est que les maladies régnantes et épidémiques entraînent la guérison des ulcères, même chez des individus qu’elles ne frappent pas.

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