CIRCONSTANCES PATHOLOGIQUES LOCALES
Les abcès, la gangrène, la brûlure, les plaies contuses, les plaies avec perte de substance, sont rangées au nombre des causes des ulcères, mais est-ce à bon droit? Nous ne le pensons pas. Sans doute qu’à la suite de l’ouverture d’un abcès, qu’après la chute des escarres dans la gangrène, que par l’effet d’une brûlure accompagnée de vésication ou d’escarres, qu’après des plaies
contuses et des plaies avec perte de substance, il peut se former de véritables ulcères; mais ces causes, que nous venons d énumérer, ne sont que circonstances qui ont produit des plaies, des plaies qui doivent nécessairement supurer, il est vrai. Mais sontce là des ulcères? Non, car elles peuvent toutes, et c’est ce qui arrive souvent, marcher aussitôt vers la guérison, et le travail qui s’y établit, même le travail d’élimination des escarres, est un travail curateur; mais ces plaies, comme les plaies les plus simples, peuvent être l’occasion de l’établissement d’ulcères plus ou moins graves, cela par suite seulement d’une autre cause générale ou locale qui est venue entraver les efforts de la nature pour la guérison. La pourriture d’hôpital est dans un tout autre cas; elle est de sa nature désorganisatrice , et dès l’instant où elle s’établit et où elle produit une ulcération , cette ulcération est un ulcère, car celui-ci trouve en lui-même la cause désorganisatrice qui l’a produit; et si l’affection essentielle s’arrête, il n’y a plus d’ulcération, il y a plaie suppurante, en tout semblable à la plaie qui succède à la gangrène. Nous nous trouvons donc dans la nécessité d’indiquer ici la pourriture d’hôpital comme cause productrice des ulcères, car, en effet, cette affection grave peut se développer sur d’anciennes cicatrices, sur une partie saine de la peau , si elle est dépourvue d’épiderme, et même alors que l’épiderme est intact. Les varices, la carie, la nécrose, les corps étrangers, sont dans le même cas; en effet, ces causes font de la solution de continuité un ulcère, qu’elles aient produit cette solution de continuité, ou qu’elles l’entretiennent seulement.
Nous devons nous abstenir de rien dire ici au sujet des causes pathologiques générales , dont l’histoire propre appartient à celle des différentes affections spécifiques.
Résumons en disant : Un certain nombre de causes auxquelles l’existence des ulcères peut être rapportée doivent être rangées, comme on le fait généralement, au nombre des causes prédispo-
santés. Ainsi, toutes les causes hygiéniques, les professions, l’âge, la constitution, etc., etc, sont de ce nombre, car elles n’amènent pas directement la formation des ulcères, elles ne font que favoriser le développement des modifications pathologiques capables de déterminer leur formation , ou se bornent à les entretenir lorsqu’une autre cause les a produits.
Plusieurs des causes pathologiques locales ne sont que des circonstances à l’occasion desquelles les ulcères s’établissent, et non des causes essentielles; ainsi, toute notre première série , abcès, gangrène, brûlures, plaies contuses, plaies avec perte de subtance, en sont autant d’exemples. Mais il en est autrement pour la seconde série : la pourriture d’hôpital, les varices, la carie, la nécrose, les corps étrangers, qui tous peuvent, par leur seul fait, déterminer la formation des ulcères qu’ils continuent ensuite d’entretenir. Pour les causes spécifiques ou pathologiques générales, elles sont toujours prédisposantes ; mais quelquefois elles suffisent pour déterminer la maladie qu’elles entretiennent ensuite.
Beaucoup d’auteurs ont rapporté l’existence propre des ulcères à deux circonstances seulement, l’atonie ou l’inflammation ; sans aucun doute, toutes les fois que la santé locale, pour ne parler que de notre sujet, est dérangée, elle l’est en plus ou moins; le type normal ne saurait être resté le même, et cela même dans les circonstances les plus essentiellement spécifiques ; de l'a on n’a fait que deux classes d’ulcères : des ulcères atoniques et des ulcères inflammatoires, et de là deux indications thérapeutiques seulement. Mais le point difficile alors, c’est de déterminer ceux d’entre eux qui doivent appartenir à une classe ou à l’autre ; ainsi, les uns ont placé parmi les atoniques la plupart des ulcères proprement dits idiopathiques, les variqueux, les fongueux, les calleux, les cutanés; le scorbutique seul parmi les spécifiques est mis de ce nombre. D’autres, au contraire, ran-
gent les calleux, les variqueux parmi les ulcères enflammés : ce qu’il y a de vrai, c’est que les callosités, les fongosités, sont tantôt inflammatoires, tantôt elles sont «toniques; que les ulcères variqueux sont tantôt accompagnés d’atonie et tantôt d’inflammation. Dans cette occurrence, nous nous bornerons à tracer les caractères des ulcères atoniques et ceux des ulcères inflammatoires , après que nous aurons indiqué les formes particulières que les ulcères peuvent revêtir.
Le docteur Spender croit pouvoir rattacher presque toujours à une seule et unique cause les ulcères non spécifiques. Pour lui, cette cause réside dans un état maladif, lequel consiste, soit dans l’état variqueux des veines ou de leurs radicules, soit dans une disposition accidentelle qui est souvent, dit-il, la cause de cet affaiblissement primitif des veines , surtout s’il survient une plaie ou de l’inflammation, etc., etc. De plus, l’état variqueux précède le plus souvent l’existence de l’ulcère, et n’est pas, d’après lui, le résultat ou un symptôme des ulcères calleux, comme l’a avancé B. Bell, et il ajoute: « Les varices peuvent être également les causes d’ulcères inflammatoires et d’ulcères indolens. » Les varices sans doute ne sont pas toujours visibles; elles peuvent se dérober à l’examen du chirurgien , soit par leur ténuité , soit par leur siège dans de très petites veines, soit par l’empâtement des tégumens.
Voyons maintenant quel est le travail essentiel qui détermine la formation d’un ulcère , et quel est celui qui convertit en ulcère une simple plaie suppurante. C’est ici un des points les plus curieux de notre sujet; arrêtons-nous un moment.