‹ Des ulcères en généraleChapitre 4 sur 15 · CIRCONSTANCES HYGIÉNIQUES · texte numérisé non relu

CIRCONSTANCES HYGIÉNIQUES

Les auteurs ne fournissent que bien peu de choses sur celle

matière; Daniel Espichius, en 1646, se borne, en parlant de la cause principale des ulcères des jambes , à mentionner le froid rigoureux : « Ad externas quoque causas refertur frigus liycmale. »

Nicolas Bezold , qui écrivait en 1689, a dit la même chose, ajoutant que les femmes, et surtout les vieillards sont plus exposés aux ulcères, parce qu’ils sont plus accessibles au froid.

Mathieu Brigel, en 1689, Paul Langus , en 1753, tenaient le même langage. D’ailleurs, aucun d’eux ne s’étend davantage sur les considérations de sexe ni d’àge ; ils ne disent rien non plus de l’influence des professions , seulement , au nombre des causes prédisposantes, ils placent l’oisiveté, la paresse, la vie sédentaire , la contention d’esprit et, en général, toutes les passions tristes.

Ramazzini , 1716, attribue à certains mineurs, aux ouvriers des salines, à ceux qui travaillent le fer, aux maçons, aux scieurs de long, aux sculpteurs, aux pêcheurs, des ulcères affreux dévorant les extrémités supérieures et inférieures.

Fourcroy a ajouté a ce nombre les débardeurs , les imprimeurs.

Mérat , les blanchisseurs, cuisiniers, boulangers, carriers; il regarde aussi les ulcères comme très fréquens chez les imprimeurs.

Lassus dit que les ulcères calleux attaquent les gens qui vivent dans la misère et la malpropreté; les vieillards cacochymes, les ouvriers tisserands, les imprimeurs.

M. Richerand cite particulièrement les imprimeurs.

Profession et habitudes. — Il résulte de l’analyse des faits que si d’une part il n’est pas de profession qui garantisse des ulcères, d’autre part il en est quelques-unes qui ont, sous ce rapport , une influence bien plus grande que les autres. Et toutefois des faits nombreux démontrent que l’opinion qui attribuerait exclusivement la production des ulcères a la station verticale, serait sujette à de grandes restrictions. En effet, les couturières, les tailleurs, les employés, les cochers, les brossiers, les bijoutiers, etc.f

en sont très souvent affectés, bien qu’ils restent habituellement assis; d’un autre côté, on en observe tout aussi souvent chez les boulangers, les chapeliers, les cotonniers, les couverturiers, les imprimeurs, les blanchisseurs, les scieurs de long, les cloutiers, etc., qui restent toujours dans la station verticale. Enfin , dans d’autres professions où la station verticale est bien l’état le plus habituel, mais qui exigent en même temps de l’exercice, de la marche, du mouvement des extrémités inférieures, on voit que la station agit bien plutôt comme une cause propre à entretenir des plaies accidentelles et 'a les convertir en ulcères, que comme une cause dont l’action serait primitive et essentielle; dans cette catégorie, on doit comprendre les carriers, les charpentiers, les charretiers, les maréchaux, les forgerons, les serruriers, les commissionnaires, les cuisiniers, les domestiques des deux sexes, les forts, les paveurs, les maçons, les journaliers, les terrassiers, les menuisiers, les palefreniers, etc., qui sont sans cesse debout, mais très souvent en mouvement.

Froid. — L’action du froid a été considérée comme une cause à laquelle on devait attribuer une grande influence; mais les recherches de Parent du Châtelet autorisent à penser que cette assertion ne repose que sur des faits isolés, et que, dans tous les cas, le froid n’aurait pas agi seul , puisqu’il résulte de ses observations que c’est dans les mois de mai, juin, juillet et août, que les ulcères prennent le plus souvent naissance.

Eau, humidité. — L’immersion dans l’eau, ou l’exposition des jambes à l’humidité n’est point , comme on l’a répété presque partout, une cause d’ulcère; l’observation tendrait plutôt à prouver le contraire: ainsi cette affection est peu commune chez les mégissiers, les tanneurs, les porteurs d’eau, les laveurs de laines , les teinturiers, les balayeurs des rues, et, ce qui paraîtra surprenant , plus rare encore chez les débardeurs (sur 607 malades

atteints d’ulcères, reçus dans les hôpitaux, on ne compte que 3 débardeurs).

Chaleur. — Les cent auteurs qui ont admis l’action du feu au nombre des causes capables de produire des ulcères aux jambes, ont commis une grande méprise. Nous avons bien vu, en effet , que les forgerons , les cuisiniers , etc., sont sujets à cette maladie ; mais on sait bien que c’est précisément cette partie qui n’est jamais exposée à l’action directe du feu, dont elle est garantie par la hauteur des fourneaux, des forges, etc. Bien plus, il est une foule d’individus sur lesquels l’action immédiate d’une chaleur vive et continue semble agir comme agent préservatif; tels sont les marchandes en plein air, et tant d’ouvrières de tous genres qui, du matin au soir, dans la saison froide, ont entre les jambes un pot de terre rempli de poussier embrasé: chez ces individus, les marbrures des jambes et des cuisses témoignent assez de toute l’ardeur de la chaleur à laquelle ces parties sont constamment soumises; elles sont, en outre, presque continuellement assises , circonstance dont nous avons eu l’occasion de noter l’importance, et cependant rien de plus rare chez elles que des ulcères aux jambes. C’est ce que l’observation a démontré «à Parent du Châtelet, et ce que nous avons journellement l’occasion de vérifier au service de pansement des ulcères établi au bureau central.

On a observé que le nombre des hommes affectés d’ulcères était plus considérable que celui des femmes; le fait est exact, mais il resterait peut-être à rechercher si cette différence ne vient pas simplement de l’affluence plus grande des ouvriers que des ouvrières dans la capitale.

Les enfans sont peu exposés aux ulcères; mais on remarque qu’a partir de l’âge de 15 ans, cette maladie ne reçoit aucune influence de l’âge, soit relativement à sa fréquence, soit sous le rapport de la facilité plus ou moins grande de la guérison , la«*

quelle elle-même ne peut être modifiée que par des circonstances spéciales.

Si l’on trouve souvent des ulcères chez les vieillards, c’est que dans bien des cas, ayant existé antérieurement, ils se sont renouvelés après avoir été guéris; mais il est vrai de dire que l’état général de faiblesse que l’âge entraîne avec lui, est favorable au développement ou à l’entretien des ulcères. Mais par contre , c’est ici le lieu d’observer que les varices , cause si commune d’ulcères aux jambes, loin d’être plus fréquentes chez les vieillards, comme on l’a dit et comme on le répète presque partout, sont plus rares chez eux que chez les adultes, pour ces deux raisons bien frappantes que, passé un certain âge, après soixante ans environ, il s’en développe rarement, et que, bien plus, c’est vers cette époque , qu’on voit un certain nombre de varices disparaître complètement. C’est un fait d’observation ; le service du bureau central nous présente communément les varices et surtout les ulcères variqueux sur des individus de l’âge mûr.

Selon quelques auteurs, cette maladie serait moins commune et plus facile à guérir chez les célibataires que chez les pères de familles; si le fait est exact, ne pourrait-on pas l’expliquer en supposant que les premiers, qui n’ont à s’occuper que d’eux seuls, se soignent dès les premiers temps de la maladie ; tandis que les seconds , obligés souvent de continuer leurs travaux pour soutenir leur famille , ne réclament les secours de l’art que lorsque la maladie a déjà atteint une certaine durée?

L’observation semble confirmer ce fait rapporté par presque tous les auteurs, que la jambe gauche est plus souvent le siège de l’ulcère que la jambe droite; sur 510 malades, 270 avaient des ulcères à la jambe gauche, et 240 à la jambe droite. Par contre, on a observé que la guérison était plus facile et plus prompte 'a gauche; plusieurs auteurs ont tenté d’expliquer cette fréquence; les •

uns en ont donné pour raison la présence de la rate et la faiblesse relative de ce côté; d’autres, parmi lesquels il faut placer Pouteauj l’ont attribuée a la présence de PS du colon; comme il a fait pour le varicocèle.

Selon Parent du Châtelet, les mouvemens de la jambe droite étant plus faciles et plus prompts, elle est moins exposée aux coups que la gauche, ce qui explique pourquoi elle est moins souvent malade; mais en revanche, lorsqu’une fois elle est affectée, on est naturellement porté a en répéter les mouvemens, ce qui fait concevoir pourquoi la guérison devient, dans ce cas, plus difficile.

On serait tenté de croire que certaines causes doivent influer en plus ou en moins sur la fréquence de cette maladie, par exemple, qu’elle doit être plus rare quand les travaux sont dans une grande activité, parce que les ouvriers étant mieux payés, ils se trouvent dans l’aisance.

Abstinence. — Nous ne parlons ici des effets de de l’abstinence que comme complément. Dans un fait rapporté par Hunter, on trouva des ulcérations dans l’estomac. Nous indiquerons, à propos des ulcérations qu’on a dit en pouvoir être l’effet, celles de la cornée dont on a beaucoup parlé; les observations récentes qu’on a pu faire sur l’hoinme n’ont point montré un pareil pffet.

Page 1