INVASION OU DÉBUT
M. Andral, dans son Traité d’anatomie pathologique, s’efforce de rattacher à quatre chefs le principe de tous les ulcères spontanés : 1° l’hypérémie sthénique ou asthénique; 2° certaines sécrétions morbides (tubercules, pus, etc.); 3° une lésion de nutrition ; 4° la gangrène ; cas dans lesquels agit l’absorption ou inflammation ulcérative. Si nous suivons Hunter, Thompson et Delpech dans leur description sur la marche générale et les phénomènes des ulcérations, nous pourrons vérifier en grande partie cette division, et ils nous donneront de plus l’occasion d’exposer divers débuts presque caractéristiques pour certains d’entre eux. Ainsi :
« Dans certaines circonstances, la peau rougit, se gerse, fournit par les scissures qu’elle présente une humeur muqueuse , concrescible, qui se dessèche par le contact de l’air et qui forme une ou plusieurs croûtes adhérentes sous lesquelles les ulcérations se propagent. » Certaines maladies de la peau l’attestent .
A. Exemples d’un début par une solution de continuité primitif vement simple et linéaire (gerçure) . — Certains ulcères scrofuleux sont dans ce cas.
« Dans quelques cas, une rougeur superficielle accompagnée d’un léger engorgement se manifeste sur un espace plus ou moins étendu de la surface tégumentaire , l’épiderme se ride, sa surface profonde est seulement humectée d’une matière iclioreuse ; la peau est mise à nu par la séparation de l’épiderme, et se trouve creusée et entamée. »
B. Exemples d’un début par ramollissement inflammatoire.
« Il est plus ordinaire que l’épiderme se laisse soulever par une certaine quantité de sérosité particulière accumulée sous cette pellicule, en même temps que le point correspondant du derme contracte un engorgement plus ou moins marqué ; la rupture de la petite ampoule découvre une excavation plus ou moins profonde , dont les produits peuvent encore être concrescibles. »
C. Exemples d’un début par l’état vésiculeux , pustuleux ou phlycténoïde, comme on voudra l’appeler.
« Une ulcération s’annonce d’autres fois par un abcès de peu d’étendue dont l’ouverture s’étend rapidement, et livre passage à une sorte de bourbillon provenant de la mortification d’une partie de tissu cellulaire. » Tantôt ce sera d’autres matières , ajoutons-nous : du pus tuberculeux ou non. M. Gendrin croit, en particulier, que le bourbillon n’est pas un débris de tissu mortifié, mais bien un produit pseudo-membraneux. Ainsi :
D. Nous voyons que l’ulcère débute par une suppuration éliminatoire. En un mot, par une sécrétion morbide qui doit être expulsée de l’organisme ; les corps étrangers (esquilles, détritus de carie) semblent devoir être rapprochés de cette catégorie.
Dans ces points de vue ne sont pas compris, et il nous faut les ajouter, les deux chefs suivans , savoir : lésion de nutrition et gangrène.
Quand donc l’ulcération commence par une lésion de nutrition , la partie malade est le siège d’un engorgement plus ou moins dur, indolent et chronique, qui reste tel pendant la pre-
mière période. - — Dans le second, qui lui fait immédiatement suite , arrive le ramollissement , et ce ramollissement prépare la solution de continuité qui doit devenir ulcère.
La gangrène suscite toujours au-dessous d’elle le travail éliminatoire, et laisse à sa place une surface suppurante , laquelle , si elle ne guérit pas dans le temps voulu, va prendre la forme ulcéreuse.
Enfin , pour expliquer l’origine de tous les ulcères, nous citons les plaies, qui par une cause quelconque, se montrent rebelles à la cicatrisation, et à ce titre rentrent dans la classe des ulcères.
Une solution de continuité produite aussi spontanément ne constitué a proprement parler, qu’une plaie suppurante, la surface est vermeille; une suppuration abondante et louable s’établit, la surface est égale; les bourgeons charnus sont peu élevés , les bords s’affaissent , leur couleur est peu vive , ils pâlissent même, la suppuration diminue et se trouve remplacée par une sécrétion albumineuse qui fournit les matériaux de la cicatrice ; on voit celle-ci commencer sur les bords qui se rapprochent de plus en plus et qui finissent par arriver au contact , si rien ne s’y oppose , qui s’arrêtent à une certaine distance s’il y a eu perte de substance; enfin, une membrane de nouvelle formation se développe sur la surface dénudée. Si , au contraire , la solution de continuité doit constituer un ulcère , on voit les bords se gonfler» la surface qui était nue acquiert directement, par ce gonflement, une étendue plus considérable qui donne l’idée d’une perte de substance plus grande qu’elle ne l’est réellement. Les bourgeons charnus s’élèvent tantôt beaucoup, tantôt , au contraire , il semble n’en pas exister, et le fond de la plaie est lisse et uni. La suppuration n’est jamais parfaitement louable; en résumé , la surface de l’ulcère, son fond, ses bords et les parties environnantes revêtent alors divers caractères qui s’éloignent toujours plus ou moins de ceux de la plaie suppurante que nous venons
d’indiquer- Nous allons bientôt les exposer à l’occasion de l’élude des caractères anatomiques propres aux ulcères.
Disons ici quels sont les phénomènes par lesquels les plaies suppurantes passent à l’état d’ulcère. Le plus communément, un mouvement inflammatoire s’établit , les bords de la solution de continuité se gonflent, la suppuration diminue, change de nature, et l’absorption ulcérative paraît s’y établir dans le plus grand nombre de circonstances; d’autres fois, il semble que le travail curateur est seulement suspendu , sans que pourtant le travail d’absorption soit évident.
PI us tard , nous étudierons les phénomènes qui accompagnent le passage de l’ulcère a l’état de plaie suppurante.