DES ULCÈRES CONSIDERES RELATIVEMENT A LEUR SIEGE
Les divisions que nous avons établies pour les différentes formes de la maladie ulcéreuse vont nous être utiles dans l’examen qu’il nous faut faire du siège que les ulcères peuvent affecter. L’harmonie, qui sera le résultat de l’application de ces règles, militera puissamment, nous le pensons, en faveur de la distribution méthodique que nous avons adoptée.
Les ulcères spécifiques se montrent en général dans un lieu d’élection. Ainsi :
Les ulcères cancéreux s’observent dans les régions et les organes (les glandes) que le cancer affecte de préférence; lorsque le cancer se déplace, pour ainsi dire, il occupe encore des points particuliers ; c’est, dans certains cas, la lèvre inférieure; dans une espèce de cancer cutané , on le rencontre plus ordinairement à la main; dans celui des ramoneurs, de Rotl, sqn siège est au pré-
puce et au scrotum. L’ulcère phagédénique, qui semble avoir quelque analogie avec le cancer, s’observe exclusivement à la lace.
Les ulcères syphilitiques se montrent sur la peau ou sur les muqueuses. A la peau, on les trouve dans les points où les os sont très superficiels, au crâne, h la partie interne de la jambe, sur le tibia, sur le trajet du cubitus, sur celui de la clavicule, ou au voisinage de ces divers os ; quand ils attaquent les muqueuses , c’est toujours dans des points de ces membranes en continuité avec la peau; ainsi le gland, la bouche , le nez, etc., etc.
Les ulcères scrophuleux se remarquent aux environs des ganglions lymphatiques superficiels.
Les ulcères scorbutiques se développent principalement sur les membres, et surtout sur les membres inférieurs.
Les ulcères charbonneux ont le plus communément lieu au visage, au cou , au tronc , jamais à la plante des pieds, ni à la paume de la main.
Les ulcères symptomatiques présentent dans leur siège une grande variété qui résulte de la diversité même des parties que peut affecter la lésion plus profonde de laquelle ils dépendent. Ils peuvent s’observer presque partout et à une distance rapprochée ou très considérable de l’affection principale.
Les ulcères idiopathiques (et ici il faut noter que ceux qui sont le résultat de causes traumatiques sont presque dans le même cas que les ulcères spontanés), les ulcères idiopathiques, disonsnous, se montrent le plus souvent aux membres inférieurs. D’après l’examen que nous avons fait de leurs causes, on comprend facilement la raison de cette sorte de conformité dans leur siège; en effet, si les ulcères traumatiques se montrent si généralement aux membres abdominaux, c’est que, par la position déclive de la plaie à la quelle ils ont succédé, toutes les circonstances capables de convertir cette plaie en ulcère se trouvent , pour
ainsi dire , concentrées au point où l’action traumatique s’est opérée. Quand des solutions de continuité ont lieu dans d’autres points , elles guérissent le plus souvent , à moins de circonstances générales très puissantes; une de ces circonstances fâcheuses est , entre autres, celle où le point blessé est un lieu d’élection pour l’affection générale existante. C’est eïi effet une chose 'a remarquer que la même plaie qui, compliquée d’une cause générale, aurait été suffisante pour la production d’un ulcère aux membres inférieurs , ne peut avoir le même résultat, et ne suffit plus pour transformer la blessure en ulcère quand elle survient dans toute autre partie de la surface tégumentaire. Il en résulte , comme conséquence, qu’aux membres inférieurs , il est toujours des circonstances spéciales et fâcheuses qui agissent concurremment avec toutes celles qui peuvent exister dans les autres régions du corps. C’est à la gêne de la circulation que peut se rapporter, pour la plupart des cas, cette plus grande fréquence dans la transformation de la maladie. Aussi Sharp disait-il que les ulcères ont plus ou moins de disposition à guérir, suivant qu’ils occupent un lieu plus ou moins élevé. En effet, toutes choses égales d’ailleurs , ces ulcères sont de tous , ceux qui résistent le plus aux moyens de traitement.
Le siège des ulcères varie suivant les âges; h ce sujet, on a dit que, dans l’enfance, ils se remarquaient particulièrement à la tête et au cou; ce qui est exact, mais ne doit point être considéré comme en rapport avec l’âge lui-même des sujets , mais bien avec les maladies propres a l’enfance. Si chez les vieillards on trouve les ulcères siégeant presque constamment aux jambes, c’est qu’ils ont été long-temps exposés aux causes capables de produire des ulcères idiopathiques, spontanés ou traumatiques.
L’insistance que nous avons mise a indiquer les variétés qu’offre l’ulcère à propos du siège n’est pas sans raison. Ce siège est d’une grande importance, surtout relativement à la nalure même
de la maladie. L’ulcère cancéreux, l’ulcère phagédénique , le charbonneux surtout, le nosocomial, atteignent bientôt les gros vaisseaux placés dans leur voisinage , les détruisent et causent des hémorrhagies souvent funestes. Ils peuvent intéresser un nerf principal et causer la gangrène d’une partie plus ou moins étendue. Ces ulcérations peuvent -produire la perforation d’une paroi des cavités splanchniques; de la bouche, si l’ulcère est à la face , de la cavité abdominale, s’il occupe les parois du ventre. Un conduit excréteur peut être atteint et perforé, par suite une fistule en être le résultat ; il peut y avoir pénétration d’une articulation ; enfin , un organe des sens peut être envahi, celui de la vue par exemple, etc., etc. C’est presque exclusivement aux ulcères spécifiques qu’est réservé ce funeste pouvoir.
Une observation intéressante a encore été faite à propos du lieu où se rencontre l’ulcère j lorsqu’il occupe une partie où la graisse est abondante, on a remarqué qu’il fait des progrès bien moins rapides que dans les cas où le tissu cellulaire de la partie affectée en contient peu. D’après Thomson ( p. 353), on n’a jamais trouvé de graisse dans les absorbans généraux. Suivant Tiedemann et Gnelin, il s’en trouve dans les lymphatiques du mésentère; nous devons rapprocher de cette remarque celle-ci, non moins curieuse : Tant que l’ulcération nosocomiale (pourriture d’hôpital) et particulièrement sa variété ulcéreuse occupe le centre de la plaie, elle s’étend avec assez de lenteur; mais aussitôt qu’elle atteint la partie saine des tégumens, elle marche parfois avec une rapidité effrayante.
Nous noterons de nouveau ici la fréquence plus grande des ulcères au coté gauche du corps; cette plus grande fréquence doit s’entendre plus spécialement des ulcères des membres inférieurs. M. Briquet rejette cette assertion de Pouleau.