‹ Des UréthanesChapitre 2 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’opium, quelques plantes appartenant à la famille des

Solanées et les alcaloïdes qu’on en retire étaient les seuls

médicaments qui, au commencement de ce siècle, étaient àla disposition du médecin pour faciliter le sommeil et calmer la douleur.

Ces médicaments, d'une efficacité incontestable quand ils sont employés comme stupéfiants et narcotiques, sont la plu-

part du temps infidèles quand on veut amener lun sommeil calme et obtenir un repos réparateur ; car rien ne ressemble moins au sommeil, que l'ivresse lourde provoquée par l’'opium et la stupeur produite par les Solanées.

Ce n’est que depuis une trentaine ‘d’années que s’est répandu l’emploi du bromure de potassium et du chloral. Ce dernier surtout a été précieux pour le médecin, car son action provoque un sommeil se rapprochant beaucoup du sommeil physiologique. Mais à côté de ces avantages se placent de sérieux inconvénients. Sans nous arrêter au goût désagréable qu’il possède, ce qui empêche beaucoup de personnes etsurtout les enfants de le prendre, nous citerons l’irritation violente

de l’estomac qu’il détermine lorsqu'il est administré à une q

vit)

dose élevée, dose souvent nécessaire pour obtenir l’effet désiré, et lorsque son emploi est continué pendant un certain temps.

Le bromure de potassium de même que le chloral rend de grands services, mais il n’est pas à proprement parler un hypnotique; il agit, suivant Bridd, sur les extrémités des nerfs excités, calme cette excitation et rend par suite le sommeil possible.

Pris à doses faibles ou moyennes mais pendantlongtemps, le bromure de potassium produit de la paresse intellectuelle, la perte de la mémoire, une dépression morale plus ou moins marquée, de l’affaissement général et une mélancolie profonde qui rendent tout travail impossible.

De nos jours, les recherches des thérapeutistes se sont dirigées du côté des hypnotiques et un grand nombre de ces médicaments, fournis pour la plupart par la chimie organique, ont été préconisés.

Nous citerons la paraldéhyde, l’hypnone, l’hopéine.

La paraldéhyde possède des propriétés hynoptiques qui lui assignent une place à côté du chloral. Elle doit être préférée à celui-ci quand on veutobtenir une action rapide et intense; mais il est des personnes absolument réfractaires sur lesquelles la paraldéhyde ne produit aucun effet; de plus, elle

irrite les voies respiratoires, influence parfois fâcheusement

le tube digestif et peut troubler profondément la nutrition si On Continue son emploi pendant longtemps (1).

L'action hypnotique de l’hypnone, nom donné par M. Dujardin-Beaumets à l’acétophénone, n’est pas encore admise

\ par tous les thérapeutistes. MM. Mairet et Combemale, après de remarquables travaux sur ce médicament, ontpu conclure que cette substance n’est pas hypnotique. Cette conclusionbasée sur des expériences physiologiques etsur des observationseliniques nombreuses paraît être vraie. D’un autre côté, M. Dujardin-Beaumetz, tout en reconnaissant que l’action somnifère de l’acétophénone est inconstante, infidèle, que cette substance réussit merveilleusement dans certains cas et échoue dans d’autres, sans qu’il ait pu trouver la cause de cette différence, continue à admettre que l’acétophénone est un hypnotique.

Quoi qu’il en soit, l’hypnone est un de ces médicaments incertains et infidèles dont l'indication ne se présente que très rarement et sur lesquels le praticien ne peut s'appuyer avec confiance pour obtenir l'effet qu’il désire.

L’hopéine est un alcaloïde découvert par Williamson et Springmühl dans les houblons sauvages de l'Amérique et dont l’action, suivant certains auteurs, paraît comparable sinon supérieure à celle de la morphine.

Il existe dans le commerce deux sortes d’hopéine bien différentes d’aspect. L’une qui se présente sous la forme d’une poudre brune, à odeur forte de houblon, a été ana-

lysée par M. Dujardin-Beaumetz et reconnue par ce savant

(1) Clément. De la paraldéhyde, 1885, Thèse de doctorat, Montpellier.

ca

pour n'être qu'un mélange de morphine et de Inpulin. La seconde, qui est celle qui aété découverte par Williamson et Springmühl, se présente sous la forme d’une poudre cristalline d’un blanc éblouissant ou en aiguilles longues de plus de 1 centimètre, elle est difficilement soluble dans l’eau, à un goût extrêmement amer et une odeur caractéristique de houblon.

Les effets de cette hopéine ne sont pas encore bien connus, aussi de nouvelles recherches sont,elles nécessaires pour contrôler et compléter ce qui a été fait.

Restait à trouver un médicament qui, tout en possédant des propriétés réellement hypnotiques, ne présentât pas les inconvénients qui font rejeter ou restreindre lemploi des médicaments que nous venons de citer.

C’est encore la chimie organique qui a doté la thérapeutique du chloral, de l’'hypnone, de la paraldéhyde, qui nous fournira l’uréthane, COrPS qui paraît posséder toutes les qualités requises.

D’après Huchard, en effet, l’uréthane àla dose de 3 à 4 gr. à toujours donné lieu à la production. d’un sommeil se r'approchant beaucoup du sommeil physiologique; et si l’on tient compte des avantages suivants qu'il présente: faible toxicité, grande solubilité dans l’eau, saveur non désagréable, facile administration chez les enfants, absence d'accidents

consécutifs à son emploi, ce médicament paraît appelé à un

ur avenir ‘thérapeutique, et c "est ce qui nous a décidé à , faire son étude. £

Te mr RE Nous avons divisé notre travail en trois parties : Dans Ja première, nous étudierons les SHARANE au point de vue chimiques = ;

Dan red deuxième, nous ferons l’é de de r ne et du

Et la ne sera consacrée à l'é de pharmaceutique

de l'Uréthane 0

Que M. Mairet, professeur-agrégé à la Faculté de Médecine, qui nous a inspiré ce travail, recoive ici nos plus vifs | remerciements pour les excellents conseils qu’il nous à pro- & digués si largement et avec la plus entière bienveillance.

Nous ne Saurions oublier ici notre excellent ami Combe-

mate, dont le concours nbus a été i ici précieux pour la tra-

| duetion des ouvrages allemands. N ous lui adressons nos Le Fa 8 P 7 À vi remerciements.

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C’est dans le cours de ses belles recherches sur les éthers composés, que Dumas découvrit la famille des Améthanes. Cette famille est constituée par des corps obtenus en faisant réagir l’ammoniaque à l’état gazeux sur quelques éthers composés. Dans le cas particulier de l’éther éthylique de l’acide chlorocarbonique, la dissolution aqueuse d’ammoniaque se comporta absolument de la même manière que le gaz sec ; l’action fut très vive, il y eut dégagement de chaleur, production de sel ammoniac et formation d’un améthane.

La nouvelle substance obtenue, en raison de la composition qu’elle présente, fut considérée comme une combinaison d’urée et d’éther carbonique et reçut de Dumas le nom d’Uréthane.

Ce corps qui a pour formule Sn cos St regardé aujourd’hui comme l’éther éthylique de l’acide carbamique

do et désigné sous le nom de carbamate d’éthyle.

On n’a pas pu obtenir à l’état de liberté cet acide carbamique. qui peutêtre considéré comme de l’urée, dans laquelle on a remplacé NH° par OH.

Ne GORGE

Urée. Acide carbamique.

AIRES Mais on connaît tout une série de composés :

CO + Carbamate de méthyle.

COLE ous Carbamate d'éthyle.

CO Gare Carbamate d’Amyle.

qui ne sont autre chose que des éthers formés par l’acide carbamique et les alcools méthylique, éthylique, amylique et qui correspondent aux éthers des acides diatomiques et monobasiques amidés :

NE DR AMENTHE Oo om CAO aps Urélhane. Lactaméthane.

Ces éthers sont désignés sous le nom générique d'Uréthanes.

Nous ne nous bornerons pas ici à faire l’étude chimique du carbamate d’éthyle ou uréthane proprement dit; nous étudierons aussi les principaux de ces composés, Car suivant Takahaschi, ils possèdent à un degré plus ou moins élevé les propriétés hypnotiques de l'Uréthane.

CARBAMATE D'ÉTHYLE OU URÉTHANE CO

Le carbamate d’éthyle a été découvert en 1833 par Dumas. Le savant chimiste l’obtint en faisant agir sur l’éther éthylique de l’acide chlorocarbonique D ee de l’ammomiaque liquide et voici comment il procéda:

Il prépara 15 litres d’acide chlorocarbonique «acide qui offre une composition si simple et si remarquable, dit Dumas, que s’il réalisait toutes les réactions que l’on a droit d’en espérer, on parviendrait à reproduire à son aide les combinaisons les plus remarquables de la chimie organique.»

Pour obtenir cet acide, il exposa à la lumière solaire des ballons contenant des volumes égaux de chlore et d'oxyde de carbone ; le mélange formé par ces deux gaz se décolora rapidement par suite de l’action de la lumière solaire et au bout de dix minutes la combinaison fut effectuée.

L'action de la lumière solaire n’est point indispensable au succès de l'opération, elle ne fait que hâter la combinaison qui s'effectue aussi, mais plus lentement (24 heures) à la lumière diffuse. |

Dans le ballon renfermant les 15 litres d'acide chlorocarbonique ainsi obtenu, il fit passer 30 gr. d’alcool absolu.

Presque à l’instant, le ballon s’échauffa et le contenu prit une couleur ambrée, il agita le ballon et quand la réaction lui parut terminée, il laissa rentrer de l’air pour remplacer le gaz disparu. Au bout d’un quart d'heure, le liquide du ballon fut enlevé et mélangé à un égal volume d’eau dis- tillée. Le mélange de ces deux liquides abandonné au repos, se sépara au bout de quelques instants en deux couches,

l’une pesante, d'aspect huileux, offrant toute l’apparence de l’éther oxalique, l’autre plus légère, aqueuse et fortement chargée d’acide chlorhydrique libre.

La liqueur huileuse soutirée et rectifiée au bain-marie sur du chlorure de calcium et de la litharge lui offrit tous les caractères d’un véritable éther. |

Ce nouvel éther fut alors mis en contact avec de l’ammoniaque liquide et concentrée. La réaction qui se produisit alors fut tellement vive. qu'il y eut un dégagement de chaleur suffisant pour porter le mélange à l’ébullition. L’ammoniaque se trouvant en excès, tout l’éther disparut.

La réaction terminée, se trouvèrent en présence du chlorhydrate d’ammoniaque et une substance qui reçut de Dumas le nom d'Uréthane.

Les formules suivantes rendent compte de ce qui se passe dans les diverses phases de l'opération :

I COCP + CHOH = COQUE + noi.

Acide Alcool Chlorocarbonate Acide chlorocarbonique. d'éthyle. chlorhyärique.

—0.C'H° NÉ 20100 à + 2 NH$— AzH!CI + CO ù Ar Eu 1u E — 0 — (2H Chlorocarbonate Uréthane.

d'éthyle.

Tel est le procédé employé par Dumas pour obtenir le carbamate d’éthyle. Mais ce produit ainsi obtenu est généralement impur.

Pour le purifier, on fait évaporer dans le vide le produit de la réaction et cela jusqu’à parfaite dessication. Ce résultat obtenu, on le place dans une cornue dont on a chassé toute humidité et on distille dans un bain d’huile chauffée.

D NP a L’uréthane passe à la distillation sous la forme d’un liquide incolore qui, par refroidissement, se fige en une masse feuilletée et nacrée, onctueuse au toucher et ayant beaucoup de ressemblance avec le blanc de baleine.

Si la dissolution aqueuse de cette substance détermine un trouble dans les sels d'argent en solution, on doit procéder à une nouvelle distillation en ménageant la température.

En 1845, Cahours frappé des analogies étroites qui existent entre les éthers chlorocarbonique et carbonique, ainsi que de la manière dont le premier se comporte avec le gaz ammoniac sec, pensa qne ce dernier, en réagissant sur l’éther carbonique, devait lui aussi donner naissance à de l’uréthane. L'expérience vint pleinement confirmer ses prévisions.

La façon la plus pratique pour obtenir de l'uréthane, par le procédé indiqué par Cahours, est la suivante:

Ce procédé étant basé sur l’action du carbonate d’éthyle sur lPammoniaque, la première opération consiste dans la préparation de cet éther, qu’on peut obtenir de deux différentes façons, soit en chauffant à 80 degrés de l’oxalate d’éthyle avec du sodium ou de l’éthylate de sodium, soit en faisant agir le brôme sur les éthers orthoformique et orthocarbonique. Ce carbonate d’éthyle, qui est un liquide incolore, mobile et d’une odeur agréable, est placé avec son volume d’ammoniaque liquide dans un flacon bouché, et l’opération est abandonnée à elle-même jusqu’à ce que l'éther ait complètement disparu. On doit opérer à la température ordinaire, car au-dessus de 100°, ce n’est plus du carbamate d’éthyle qui prend naissance, mais de l’urée.

Le liquide alcalin, produit de la réaction, évaporé dans le vide sec, on obtient comme résidu une substance parfaitement bien cristallisée, qui n’est autre chose que de l’uréthane.

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