‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 1 sur 83 · OBJET DE LA THÈSE · texte numérisé non relu

OBJET DE LA THÈSE

Parmi les variations que présentent la langue et la métrique dans les œuvres diverses d'Horace, les unes proviennent de la différence des genres et des sujets ; les autres doivent être attribuées au progrès incessamment recherché et graduellement accompli par le poète même. Il est donc nécessaire d'étudier ces poômes dans leur succession chronologique. S'il est toujours important, pour l'intelligence et la saine appréciation d'un auteur, de connaître, autant que possible, la date de ses écrits, et les circonstances oii ils se sont produits, combien l'intérêt de cette étude redouble lorsqu'il s'agit d'un de ces ouvrages dont le principal objet est l'écrivain lui-même !

Or, c'est là le caractère et le charme particulier de ce petit volume, éternellement admiré, éternellement

aimé par les esprits cultivés de tous les siècles. L'homme est inséparable du livre. On ne peut lire les Satires, les Épîtres, les Odes, sans pénétrer dans l'intimité de celui qui les a composées. En nous donnant ses vers, il nous a livré son âme. On a pu, en le citant textuellement, composer sa biographie ; on sait de lui-même sa naissance, son éducation, ses amitiés, ses amours, les principaux accidents de sa vie. Mais l'ensemble de ses écrits nous apprend, ce qui nous touche plus encore, l'histoire de ses sentiments, de ses opinions, de son tempérament; et nous pouvons le suivre, depuis son adolescence jusqu'à sa mort, à travers tous les degrés de sa maturité. L'étudiant, ami du plaisir et de la liberté, qui combattit avec Brutus, ne s'est pas fait brusquement le poète officiel d'Auguste. Il a cessé d'être l'ennemi d'Octave avant de devenir son ami. On peut noter les étapes qu'il a parcourues, depuis le moment où il revient à Rome, résigné, après la défaite irrémédiable de son parti, jusqu'à celui où sa muse s'associe en quelque aorte à la politique de l'Empire naissant. On le voit d'abord, ami de Mécène, opérer peu à peu son rapprochement, louer la maître à l'occasion et comme en passant ^ ; multiplier ses éloges à partir du moment où le Sénat lui a donné le titre d'Auguste ; puis, plus tard, célébrer avec une sorte de méthode toutes les grandes actions et les institutions utiles de son règne, lui adresser des odes, et enfin, -— témoignage plus souhaité encore, — une de ses plus importantes épîtres. C'est un spectacle curieux que cette conversion lente d'un honnête homme, qui ne lui coûte pas le sacrifice de son indépendance, et qui ne porte aucune

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