‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 2 sur 83 · fCpo, IX, -- S. Il · texte numérisé non relu

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atteinte aux affections et aux souvenirs d'autrefois. Cependant son caractère se mûrit peu à peu : la fougue, l'emportement des premières années fait place insensiblement à une raison plus calme, plus maîtresse d'ellemême ; de jour en jour s'affirme, avec plus de force et de clarté, cette aimable sagesse, qui fait consister le bonheur dans la tranquillité de Tâme et la modération des désirs.

L'écrivain se perfectionne en môme temps que l'homme, et son art se transforme graduellement. Malgré la diversité de ses compositions, son œuvre présente une incontestable unité, et, de ses premiers vers aux derniers, on peut en suivre le développement. La satire et l'ode sont des provinces plus éloignées Tune de l'autre en apparence qu'en réalité, dans le domaine de la poésie. Chez Horace, en particulier, malgré la distance qui sépare ses hexamètres familiers des strophes de Sapho et d'Alcée, nous retrouvons partout un fond commun, qui est sa personne même» Avant tout moraliste, c'est-à-dire observateur de lui-même et des autres, toujours il critique ou conseille ; railleur ou grave, il n'a guère composé de pièces qui ne puissent se résumer par un précepte moral ou littéraire* Son œuyre n'est-elle pas tout entière , avec ses aspects les plus opposés, ébauchée ou plutôt annoncée par le recueil des Epodes, le plus ancien qu'il ait publié avec le prepaier livre des Satires? Là, comme partout, l'auteur se met lui-même en scène ; il lance l'invective contre ses ennemis, contre un poète médisant, contre une vieille débauchée, contre le fétide Mœvius. Moraliste indigné, il flétrit ce parvenu, cet esclave enrichi, qui promène son faste insolent sur la voie Appienne ; il reproche au peuple les fureurs de la guerre civile. Ail-

leurs il vante le bonheur obscur et paisible de la campagne ; il est vrai que Tépode Beatus ille qui procul negotiis, se termine en épigramme contre un usurier incorrigible ; mais, sans compter la dédicace à Mécène, l'invitation qu'il adresse à son puissant ami, Quando repos tum Cœctibum, ne se rapproche-t-elle pas, pour le fond, de ces charmants billets du premier livre des Epîtres? Ailleurs encore il chante ses amours avec Phryné, avec Néère, et donne à ses amis le conseil, qu'il répétera tant de fois, d'égayer une vie trop courte par le plaisir et le vin : RapiamuSy amici, Occasionem de die. L'amitié, les amours fugitives, la sagesse épicurienne, ne sont-ce pas les sujets dont sa muse, qu'elle converse ou qu'elle chante, sera toujours le plus occupée?

Quant à la forme, le vers archilochien est comme une transition entre l'hexamètre de Lucilius et les mètres lyriques; le style aussi, plus soutenu et plus riche en images, tente de s'élever au-dessus du ton de la conversation, jusqu'à celui de l'ode. Mais le caractère particulier, c'est le goût pour l'invective ; la critique, directe et violente, ne connaît pas encore les détours et les tempéraments ; par là, les épodes ressemblent aux premières satires, dont elles sont contemporaines. Là aussi, le jeune poète donne carrière à sa causticité, dans le récit d'aventures personnelles, dans des portraits d'après nature, des invectives, formes les plus naïves de la satire. Quelquefois, il est vrai, il développe une pensée générale ; il démontre, par exemple : dans la deuxième satire, que les fous n'évitent un excès que pour tomber dans un autre ; dans la troisième, que chacun est indulgent pour soi-même et sévère pour autrui ; la dixième renferme une sorte de théorie litté-

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raire. Au reste, la raillerie domine partout, et les développements généraux fournissent surtout à l'auteur des occasions d'épigrammes. Il lance, sans compter, ses traits sur les débauchés, les parvenus, les parasites, les méchants poètes ; les noms propres foisonnent, et l'on rencontre à chaque pas Tigellius, Fufidius, Gorgonius, Tillius, Laberius, et bien d'autres.

Dès le deuxième livre, la satire s'élève et s'adoucit; la pensée du poète a mûri, et son art s'est perfectionné. Il s'en prend moins aux individus, et vise de préférence les vices et les travers généraux de son temps : il attaque la gourmandise, l'amour du luxe, la cupidité, et tourne en ridicule les faux stoïciens et les faux épicuriens. Quant à la forme, les attaques sont moins directes ; le moi de l'auteur s'efface ; il fait parler des tiers réels ou imaginaires; c'est Ofellus dans la deuxième satire, c'est Tiresias dans la quatrième, Cervius dans la sixième. Par un procédé plus savant encore, et plus comique, le vice se dépeint lui-même, et le poète n'est plus que l'auditeur de ces philosophes ridicules, Damasippe et Catius. Dans la septième satire, il va plus loin, et c'est sur lui-même, en apparence du moins, que tombe la critique de son esclave Davus. Une seule pièce est une attaque directe contre l'amphitryon du repas ridicule; mais cette attaque est mise dans la bouche de l'un des convives, et l'auteur ne fait que prêter J'oreille à Fundanius. En même temps que ces artifices tempèrent l'âpreté de la raillerie, ils donnent aux poëmes une variété infinie ; la satire emprunte au conte et à la comédie leurs ressources et leurs agréments ; à ce double point de vue, le progrès est sensible. Ajoutons, en passant, que la différence de l'âge est indiquée par une réserve plus grande dans l'expression ; non que la

muse d*Horace soit devenue chaste, dans l'acception moderne du mot; mais, du moins, on ne rencontre plus, comme dans les épodes et les premières satires, ces crudités de termes et d'images qui font reculer le traducteur ^

Dans les odes également, Horace s'élève par degrés à mesure que ses ailes se fortifient. Dans le premier livre, cinq ou six pièces à peine renferment une pensée politique ou religieuse, vingt-cinq au moins sont consacrées aux aventures personnelles, aux sentiments individuels, à l'amitié, à l'amour, au plaisir. Quelquesunes sont de simples thèmes ou des imitations, comme les trois pièces consacrées à Mercure, à Vénus, àNérée.

Le deuxième livre ne diffère pas sensiblement, pour le fond, du premier, avec lequel il a été publié; nous y voyons une banalité mythologique, Bacchusin remotis; deux pièces sur des incidents personnels, Ille et nefasto, et Cur me querelis; huit oîi il chante le plaisir et l'amitié ; deux seulement où il traite des sujets politiques, Motum ex MetellOy et Jam pauca aratro. Cette dernière, sous forme d'invective, rappelle l'épode QuOy quo, scelesti, ruitis. Dans six autres poëmes, l'auteur, obéissant à son penchant naturel, moralise directement, et prêche le mépris de la richesse, l'amour de la médiocrité et du plaisir tranquille.

Le troisième livre est plus grave, d'une inspiration plus haute, d'un intérêt plus général. La moitié seulement des odes qui le composent sont consacrées aux impressions personnelles, au plaisir, aux fantaisies du littérateur. Dix pièces au moins traitent des sujets plus

1. Les vers 48-50 de la septième satire font exception; mais ils sont placés dans la bouche de Tesclave Davus.

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relevés : le poète vise de plus en plus à instruire, mais il ne se borne plus à enseigner quMl faut jouir promptement d'une vie éphémère et fuir les soucis inséparables de la richesse et de la grandeur : ce n'est pas au bien-être, c'est à la vertu qu'il veut guider ses concitoyens. L'or n'est pas seulement un obstacle au bonheur ; il est l'auteur des trahisons, des meurtres, des adultères. Tantôt ses conseils s'adressent au pouvoir, qu'il exhorte à respecter la volonté des dieux, à régler la force par la raison , à réfréner la licence ; tantôt au peuple, qu'il veut ramener au culte des antiques vertus et de l'antique religion. Comme il s'écarte du troupeau d'Épicure, lorsqu'il exalte, sur le ton d'un stoïcien et d'un Caton, l'inflexible volonté du juste, que la ruine dii monde écraserait sans l'efFrayer ; lorsqu'il vante le bonheur et la gloire de mourir pour la patrie ; lorsqu'il veut ramener l'origine et la fin de toutes choses à ces dieux immortels, vengeurs du crime et de l'impiété! Est-ce bien l'auteur des Satires et des Epodes qui flétrit l'épouse infidèle avec l'indignation d'un Juvénal ^ ? Est-ce bien lui qui condamne l'adultère, non plus parce qu'il en redoute les inconvénients et les périls, mais parce que de cette source impure sont sortis les désastres de la patrie ^ ? Sans doute, Horace est toujours l'homme sensuel, délicat, aimable, des premières odes ; plus d'un poëme du troisième livre nous le montre sous ces mêmes couleurs ; mais son inspiration a pris un essor nouveau : il

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