‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 38 sur 83 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HELLÉNISME d'hORACE

La muse latine eut la muse grecque pour mère et pour nourrice; elle lui doit sa naissance, ses premiers développements, et sa perfection. L'imitation dans la poésie latine est partout, et prend les aspects les plus divers, môme dans les œuvres les plus illustres du grand siècle. Elle n'est, chez aucun écrivain, plus souple et plus variée, plus savante et plus profonde, et en même temps plus personnelle et plus originale, que chez Horace. Tantôt il emprunte la pensée elle-même, tantôt la forme dont il revêt ses propres idées. Les deux premiers livres des Odes abondent en sentences, en expressions, en images, en débuts, en développements traduits des lyriques, d'Homère, d'Euripide. Sur deux cents fragments qui nous restent des poètes grecs lyriques, les érudits en comptent plus de cent qui ont été imités par Horace ^ Beaucoup plus rare dans le troisième et

L Walckenaer, t. II, p< 98.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORAGE ' 79

et le quatrième livre des Odes, ce genre d'emprunt disparaît presque entièrement dans les Epîtres ^

A mesure que Tinspiration du poète devient plus puissante et plus personnelle, il se fait une langue de plus en plus riche, souple et précise, par l'imitation des procédés ordinaires à la langue grecque, dans la composition des mots, la syntaxe, la construction des phrases. Il ne se contente pas d'emprunter et de s'assimiler; il invente, il crée, et toujours avec une mesure, un goût irréprochables. Son génie, arrivé au plus haut point de sa maturité, possède un instrument si parfait, que l'art le plus savant et le plus méthodique a la facilité, l'harmonie, la vive énergie de la nature elle-même. Si nous considérons la métrique, Horace est encore plus complètement le tributaire de la Grèce. Il dote la poésie latine des formes métriques les plus variées, empruntées aux poëmes satiriques d'Archiloque, aux chants des Sapho, des Alcée, des Alcman. Là encore, loin d'être un imitateur servile, il invente des strophes nouvelles; surtout il modifie et perfectionne celles qu'il emprunte, pour les accommoder aux conditions nouvelles d'une poésie plus faite pour la lecture que pour le chant. Mais les changements qu'il apporte ne se sont pas accomplis d'un seul coup, et les divers recueils présentent à cet égard des différences caractéristiques. Nous les étudierons, après avoir noté les progrès et les acquisitions de sa langue, au point de vue des mots d'abord, et ensuite de la syntaxe.

Les auteurs classiques ont rarement introduit des mots grecs dans la langue latine; Cicéron lui-même use, à cet égard, de la plus grande réserve, et ne recourt

1; H. Garcke, Q, Horatii carmimtm, îib. I. Halis, 1860.

guère à Temprunt que lorsqu'il ne peut faire autrement ^ Ainsi ont agi les poètes du siècle d'Auguste, ne voulant plus, comme Lucilius, mêler naïvement le grec et le latin, Canusini more bilinguis. A part les termes entrés dans Tusage et devenus latins, ils ne prennent plus à la Grèce que des noms propres, ou des expressions techniques; Virgile en a une cinquantaine, qui servent toiis à désigner des plantes, des animaux, des substances exotiques. Horace, outre quelques noms propres, emploie environ vingt-cinq noms communs que Ton ne rencontre pas avant lui, mais dont aucun, sans doute, n'a été employé par lui pour la première fois 2. En voici la liste :

Dans les Epodes :

Fert vallum et arma miles et spadonibus Servire rugosis potest,

(Epo. 9, 13)

« spado » n'est vraisemblablement pas une importation nouvelle, pas plus que « conopium », employé deux vers plus loin.

Dans le premier livre des Satires :

Hic oculis ego nigra meis collyria lippus.

Te pueri, lasanum portantes œnophorumque.

Ad porri et ciceris refero laganique catinum.

Nous ne comptons pas le mot « trigonem » , au vers \ 26 de

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