Quint., I
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évidemment « trilibris» (S. II, 2,33 : « Laudas, insane, trilibrem Mullum ») était employé depuis longtemps par les acheteurs et les marchands.
Il nous reste à examiner les mots formés avec un mot ancien et un préfixe. Il y en a deux catégories : 1* des adjectifs ou participes formés soit d'un substantif, soit d'un adjectif ou participe précédé de la particule négative « in », remplacée quelquefois par un équivalent, ab, de; 2** des verbes ou adjectifs formés de mots simples et d'un préfixe, adverbe ou préposition.
Horace n'a créé qu'un seul adjectif négatif avec un substantif, puisque nous ne lui laissons pas « depugis » ; c'est « abnormis » (S. II, 2, 3 : « Rusticus, abnormis sapiens crassaque Minerva »). Les adjectifs négatifs, ainsi formés avec un adjectif proprement dit, sont rares également; on n'en compte que deux chez Horace : « inaudax », si heureusement trouvé dans l'ode 20 du troisième livre, vers 3 :
Dura post pauUo fugies inaudax Prœlia raptor,
et « incredulus », au vers 188 de V Art poétique :
Quodcumque ostendis mihi sic, incredulus odi.
Ce qui est beaucoup plus fréquent, ce sont les participes négatifs : il est à remarquer que ce genre de formations est particulier au siècle d'Auçuste ; il n'y en a pas d'exemple chez Lucrèce, ni chez Catulle. Virgile en a créé un grand nombre , dont plusieurs ne se rencontrent pas ailleurs, comme « inexcitus, indeprensus, inproperatus ». Ovide tout naturellement les a prodigués. Horace a quinze mots nouveaux ainsi formés ; ils sont répartis dans toutes ses œuvres, sauf le premier
livre des Satires et le quatrième livre des Odes, ce qui est purement l'effet du hasard ; mais il y en a peu dans les premiers livres ; presque tous appartiennent au troisième livre des Odes et aux Epîtres :
Ingustata mihi porrexerit ilia rhombi.
Hic inresectum sseva dente livido.
(Epo. 5, 47,)
Inominata perprimat cubilia.
(Epo. 16, 38.)
Et inputata floret usque vinea.
(Epo. 16, 44.)
Quos inrupta tenet copula.
Quisquis ingentes oculo inretorto Spectat acervos.
Intaminatis iulget honoribUs.
Aurum iurepertum et sic melius situm.
Gui donet inpermissa raptim.
Inmetata quibus jugera.
Nec me dimittes incastigatum.
(Epi. I, 10, 45.)
Stultorum incurata pudor malus ulcéra celât.
(Epi. I, 16, 24.)
Juvat inmemorata ferentem.
(Epi. I, 19, 33.)
Cum loca jam recitata revolvimus inrevocati.
(Epi. II, 1,223.)
Non quivis videt inmodulata poemata judex.
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Les mots nouveaux les plus fréquents dans Horace sont les verbes composés avec des prépositions. C'est, en effet, la composition dont la langue latine semble s'accommoder le plus. Tous les poètes ont puisé largement à cette source. Les préfixes ainsi employés par lui sont au nombre de quinze. Deux seulement sont inséparables, dis et re. La langue latine possède environ quarante verbes formés avec le premier, presque tous sont anciens ; Ovide seulement a peut-être créé « dilaminare » et Horace, « diffingere » (0. I, 35, 39 : « Incude diffingas retusum », et HI, 29, 47 : « Dif/ingei infectumque reddet»), et « disconvenire », où «dis » est placé devant un autre préfixe (Epi. I, 1, 99 : « iEstuat et vitœ disco7ivenit ordine toto »).
Re, vu rétendue de sa signification, puisqu'il désigne l'échange, l'opposition, la répétition, avec toutes sortes de nuances, a produit un grand nombre de mots, à toutes les époques de la langue. Ceux que notre auteur a vraisemblablement créés se trouvent plutôt dans ses premières œuvres :
Aut teretis pueri longam renodantis comam.
(Epo. 11,28.)
Gui maie si palpere, recalcitrat undique tutus.
Fias recantatis arnica Opprobriis.
Quis te redonavit Quintem.
Protinus et graves Iras et invisum nepotem, Troica quem peperit sacerdos, Marti redonabo.
Lydis remixto carminé tibiis.
Il n'y en a aucun dans les Epîtres.
Parmi les autres mots de ce genre, il faut mettre à part ceux qui sont composés avec « circum » ou « prœter » , que Ton peut considérer comme des adverbes :
Nos manet Oceanus circumvag^us arva beata.
(Epo. 16, 41.)
Nec Vespertinus circumgemit ursus ovile.
(Epo. 16, 51.)
Hune circumtonuit gaudens Bellona cruentis.
Prseteragendus equus.
(Epi. I, 15, 11.)
Les prépositions dont Horace semble s'être servi le plus volontiers pour la composition des verbes nouveaux sont celles qui marquent un mouvement de rapprochement ou d'éloignement ; il en a cinq avec ady quatre avec m, de, prse, trois avec ex; deux avec ab, oby con, sub et pro. Voici, dans Tordre chronologique des recueils, les vers où ces composés se rencontrent :
Quarum suhsuta talos tegat instita veste.
Proximus accédât qui hune denormat agellum.
Fungitur offlciis prœlambens omne quod afifert.
Quo posset infossus puer
Longo die bis terque mutatae dapis
Inemori spectaculo.
(Epo. 5, 34.)
Querebar adplorans tibi.
(Epo. 11, 12.)
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Nec intumescit alta viperis humus.
(Epo. 16, 52.)
Et aspera Nigris aequora vends Emirabitur insolens.
Cur tibi junior LsesB. prceniteat fide.
SImplici myrto nihil adlabores.
Dextras obai^net, quserere distuli.
Et quœ nunc umeris involitant deciderînt comse.
(0. IV, 10, 3.) Qui régna Dauni i>rcp/f mî^ Apuli.
(0. IV, 14, 2!d.)
Sed quse Tibur aquae fertile prœfluimt,
Rite deos prius adprecati.
Hsec Janus summus ab imo Prodocet, hsec recinunt juvenes dictata senesque.
(Epi. I, 1, 55.) Nil conscire sibi, nulla pallescere culpa.
(Epi. I, 1, 61.)
Sollicitis animis onus eximit, addocet artes.
(Epi. I, 5, 18.)
Acriter elatrem, pretium setas altéra sordet.
(Epi. I, 18, 18.)
Corporis exigui, prœcanuniy solibus aptum.
(Epi. I, 20, 24.)
Et studiis annos septem dédit insenuitque Libris et curis.
(Epi. II, 2, 82.)
Adsuitiir pannus, cum lucus et ara Dianœ.
Ridetur, chorda qui semper oberrat eadem.
Le verbe inemori, composé avec deux prépositions conservant toutes les deux leur signification distincte, est un cas isolé. Dans quelques mots analogues, «în » est une particule négative : « inrevocatus, inretortus » ; Tun des deux préfixes a perdu sa valeur, comme dans « inresectum », synonyme de « non sectum » ; la signification propre de « re » , de « con » , a disparu de même dans « inrepertum » et dans « disconvenit ». « Inemori » constitue, par conséquent, une hardiesse toute \ particulière qui ne se rencontre pas ailleurs que dans I les Epodes.
En résumé, à part les Satires, où Horace a peu inventé, toutes les œuvres présentent un nombre assez grand de formes nouvelles. Sauf un petit nombre d'exceptions dans les Epodes et dans le quatrième livre des Odes, les créations d'Horace sont parfaitement confoi'mes au génie de la langue latine, et aux Tiabitudes de son temps, « signatum prœsente nota ». Il semble s'être imposé à cet égard une réserve plus grande encore dans les Epîtres où, d'autre part, les mots nouveaux sont les plus abondants. Somme toute, d'un examen attentif de ces néologismes, il faut conclure qu'ils ne suffisent pas à expliquer la couleur particulière de la langue d'Horace, tant il s'est montré, même lorsqu'il invente le plus, circonspect et réservé,
« In verbis etiam tennis cautusque serendis » .
Son originalité vient plutôt de l'usage qu'il a fait des mots existants, dont il sait à merveille étendre ou restreindre le sens, qu'il unit entre eux par des alliances nouvelles ou rares, et qu'il plie de vingt façons à reproduire les tours de la langue grecque, ce modèle qu'il a sans cesse devant les yeux. Il se distingue plus encore de ses contemporains par le style et la syntaxe que
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par son lexique. Il serait impossible de dressur un catalogue de tout ce qui lui appartient en propre dans une langue si travaillée, si ingénieuse, et si souple : nous alterminer ce qu'il doit porl'usage qu'il a fait de ses