‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 59 sur 83 · III, 12, 45 ; IV, 6, 39; Epi. I · texte numérisé non relu

III, 12, 45 ; IV, 6, 39; Epi. I

ET DE LA JViÉTlUQUE d'hORACE 131

Hic levare functum Pauperem laboribus Vocatus atque non vocatus audit.

(0. II, 18, 40.) Amphorœ fumum bibere institutae.

(0. m, 8, 11.) Catus idem... cervos jaculari.

Segnesque nodum solvere Gratise.

(0. III, 21, 22,) Ludere pertinax.

Qua notam duxit, niveus videri.

(0. IV, 2, 59.) SoUers nunc hominem ponere, nunc deum.

(0. IV, 8, 8.) Spes donare novas largus amaraque Curarum eluere eflScax.

(0. iv;i2, 19.)

Impiger hostium Vexare turmas.

Vosque veraces cecinisse, Parcœ.

(C. S. ;fô.)

Nullius addictus jurare in verba magistri.

(Epi. I, 1, 14.)

Fingit equum tenera docilem cervice magister Ire viam.

(Epi. I, 2, 64;) ,

Notum Et properare loco et cessare et quœrere et uti.

(Epi. I, 7, 57;) QuaeUbet in quertivis ofpprobria fingere ssevus.

Fons etiàm rivd dàre nomen idoneus/

(Eph I, 16, 12.) Nëc pàscere firmus.

(Epi. 1, 17, 47.)

Cereus in vitium flecti.

Amata relinquere pernix.

Adspirare et adesse choris erat utilis.

On voit que les Odes ont fourni la plupart de ces tournures nouvelles, et aussi les plus hardies. Dans un certain nombre de cas, Tinfinitif peut être considéré comme amené par l'idée môme de Tadjectif, dont la racine indique une tendance à l'action, le pouvoir ou la volonté ; tels sont les adjectifs ou participes « institutœ, addictus, timidus, audax, prudens, callidus, docilis, pertinax, efficax »; d'autres impliquent une notion analogue, que l'esprit supplée aisément : « durus, piger, ridiculus, blandus, fortis, segnis, sollers, cereus, pernix ». Enfin, dans un petit nombre de cas, l'infinitif ne s'explique que par l'imitation d'Un hellénisme tout spécial, « lubricus aspici, niveus videri, leviora tolli » ; les exemples de cette tournure sont tirés uniquement du deuxième, du troisième et du quatrième livre des Odes ^

Au contraire, Horace semble avoir évité de mettre l'infinitif après une préposition. On ne le trouve qu'une fois dans les Satires, dépendant de a prseter », bien que les exemples semblables ne soient pas rares en poésie : S, II, 5, 69, « Invenietque Nil sibi legatum prseter plorare suisque ». De môme Tinfinitif en apposition à un pronom démonstratif, qui l'annonce ou le rappelle, ne se voit pas dans les Odes, tandis qu'il y en a des exemples dans les Epîtres :

1. Virg. -En., VI, 49 : « Majorque videri •». Cette expression devient assez fréquente chez les poètes postérieurs, surtout chez Stace.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 133

Hic mnrus aeneus esto, Nil conscire sibi.

(Epi. 1, 1, eo.)

Fuit heec sapientia quondam, Publica privatis secemere.

Quelques-uns des infinitifs dépendant directement d'un verbe sont au parfait, avec un sens indéterminé, comme Taoriste infinitif en grec, dans les constructions semblables. Cette tournure est usitée, non seulement dans Virgile et Lucrèce, mais dans les plus vieux monuments de la littérature et dans les textes de loi ; le verbe principal est presque toujours « volo », et quelquefois « possum » . Dans les Satires, Horace l'emploie deux fois, conformément à l'usage établi :

Sunt qui nolint tetigisse.

Ne quis humasse velit Ajaceni) Atrida, vetas cur?

Sunt delicta tamen quibus ignovisse velimus.

Mais dans le troisième livre des Odes, dans les Epîtres et surtout VArt poétique, sous l'influence de la langue grecque, il étend la tournure, avec une hardiesse qui n'a pas été imitée :

Fratresque tendentee opaco Pelion imposuisse Olympo.

Et nos, quod cures proprium fecisse, loquamur.

(Epi. 1, 17, 5.)

At qui legitimum cupiet fecisse poema.

(Epi. II, 2, log.)

Si curât cor spectantis tetigisse querela.

Commisisse cavet quod mox mutare laboret.

Et torquere mero, quem perspexisse laborant.

Vesanum tetigissetimentfugiuntque poetam.

Le Chant Séculaire présente môme un cas plus remarquable encore de l'infinitif aoriste après un adjectif : C. S. 25, « Vosque veraces cecinisse, Parcœ ^ ».

Quant au parfait de l'indicatif, appelé parfait d'habitude, comme dans le vers « Omne tulitpunctum, qui mîsôuit utile dulci » (A. P. 343), il ne nous semble pas qu'il y ait un seul cas où le parfait ,ne s'explique logiquement; s'il y a une exception ou deux, c'est dans les comparaisons. Ainsi dans VArt poétique^ v. 412 : a Qui studet optûtam cursu contingere metam, Multa tulit fecitque puer »; Epi. I, 2, 47 : « Non œrisacervus et auri iEgroto domîni deduxit corpore febres ». Ici « non » a le sens de « nunquam ». De môme 0. III, 29, 13-16 :

Plerumque gratse divitibus vices Mundœque parvo sub Lare pauperum Censé sine aulseis et ostro SolUcitam explicuere frontem,

« plerumque» suffit pour justifier « explicuere ». Dans cette autre comparaison, il est naturel de suppléer « olim, aliquando » :

Qualemve ^ lœtis caprea pascuis Intenta fulvse matris ab ubere

I. Il ne faut pas confondre avec le parfait logique, 0. 1, 1, 4 : « Sunt quos curriculo pUlverem Olympicum Collegisse juvat » ; 0. III, 18, 15 : « Gaudet invisam pepulisse fossor Ter pede terram » ; S. 1, 10, 60 : « Amet scripsisse ducentos Ante cibuin versus ».

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 135

Jam lacté depulsum leonem Dente novo peritura vidit.

Le parfait s'explique autrement dans le passage suivant :

Hinc apicem rapax Fortuna cum stridore acuto Sustulit, hic posuisse gaudet.

« Sustulit » y marque une action antérieure à « posuisse gaudet »; c'est une espèce de parfait logique, comme « posuisse » lui-môme. 0. III, 3, S3 : « Quicumque mundo terminus obstitit », le parfait s'explique par la signification môme du mot « obstitit ».

Un autre hellénisme, qui n'est pas sans analogie avec ceux qui résultent de l'usage de l'infinitif, consiste dans l'adjonction des participes à certains verbes, tels que XavOiveiv, TeXetv. Dans les Satires, il n'y en a point d'exemples; on n'en rencontre que dans les Epodes, le troisième livre des Odes et les Epîtres :

Num viperinus his cruor Incoctus herbis me fefellit?

(Epo. 3, 7.)

Qttibus superbam fugit ulta pœlicem.

(Epo. 5,63.)

Fulgentem imperîo fertilis Africse FaUit sorte beatior.

Qui natus moriensque fefellit.

(Epi. 1, 17, 10.)

Idem eadem possunt horam durare probantes.

(Epi. I, 1, 82.)

Quant à la prolepse, si fréquente chez les comiques,

rare chez Cicéron et après lui, Horace ne Ta employée qu'une fois dans le quatrième livre :

Quem legis expertes Latinte Vindelici didicere nuper, Quid marte posses '.

Il a plus directement emprunté au grec la tournure analogue, mais plus hardie, qui se trouve dans le troisième et le quatrième livre des Odes :

Mirum quod foret omnibus...

Ut tuto ab atris corpore viperis Dormirem.

Spectandus in certamine Martio, Devota morti pectora liberse Quantis fatigaret ruinis >.

On peut ajouter le fameux « immane quantum discrepat », à|ji.ifjxavov 2)aov, 0. I, 27, 7. Au contraire, les Epodes, si le texte nous est bien parvenu, présentent une attraction incorrecte, dont il n'y a pas d'exemple dans les autres recueils :

Nardo perunctum, quale non perfectius .

Meae laborarint manus.

(Epo. 5, 59.)

Sed incitât me pectus et mammse putres, Equina quales ubera.

(Epo. 8, 8.)

1. R. A. H. Stem, Grundriss einer Grammatik filr romische Dichter, Amsberg, 1851.

2. Gr. gr, Mathiœ, trad. Gail et Longueville, § 297. — Cic. Or,, 20 ; «Explicandus est nobis qualis futurus sit ». Fin, IV, 6, 14; rapprocher 0. I, 6, 1-4 : « Scriberis... Quam rem cumque feroz navibus au equis Miles te duce gesserit ».

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 137

Les Satires ont aussi une attraction, plus logique il est vrai, mais sans exemple dans la poésie classique, et que la prose présente rarement avant Tite-Live :

Notante Judice, quo nosti, populo.

Pour résumer ce qui concerne la syntaxe, on peut dire qu'Horace a, dans tous ses écrits, enrichi sa langue par l'imitation du grec. Cette tendance s'est accentuée de plus en plus. Les Satires et les Epodes, il est vrai, présentent quelques tournures qu'on ne voit pas dans les écrits postérieurs; mais les unes ne convenaient qu'à la poésie familière, et les autres sont des exceptions que sans doute le poète n'a pas jugées assez conformes au génie du latin. C'est dans les Odes et dans les Epîtres que s'est accomplie l'harmonieuse fusion des deux syntaxes. Horace, dans ses plus beaux ouvrages, a usé à cet égard d'un art si parfait et si délicat, qu'il paraît impossible de concevoir une langue aussi proche du grec et en môme temps aussi latine.

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