CHAPITRE V
LES MÈTRES d'hORACE
Quelles sont les espèces de vers et de strophes qu'Horace a employées dans ses différentes œuvres? Quels changements a-t-il successivement apportés dans la composition de ces vers? Telles sont les questions que nous allons examiner.
Dans la première partie de sa carrière , il n'a fait usage que des vers dactyliques, des vers iambiques et des vers où les dactyles et les iambes sont juxtaposés. Dans les Satires, il emploie uniquement l'hexamètre dactylique, qui devint depuis lors le vers satirique à l'exclusion de tous les autres. L'hexamètre d'Horace se compose exactement des mômes éléments que celui d'Ënnius, de Catulle, de Lucrèce, de Virgile et d'Ovide. Plus sévère même, à cet égard, que tous les autres, il a banni presque absolument le spondée du cinquième pied ; on n'en trouve qu'un seul exemple dans VArt poétique : <( Invitum qui servat, idem facit occidenti » ^ Cette forme, recherchée par les Alexandrins et leurs imitateurs, ne convenait pas à la simplicité de la satire et
ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 139
de Tépître. Au contraire, Horace Ta employée quatre fois dans ses hexamètres lyriques, dont trois dans les Epodes et une dans le premier livre des Odes :
Perfundi nardo juvat et fide Cyllenea.
(Epo. 13, 9.)
Nulla sît hac potior sententia, Phocseorum.
(Epo. 16, 17.)
In mare seu celsus procurrerit Apenninus.
(Epo. 16, 29.)
Me quoque devexi rabidus cornes Orionis.
Il faut noter que, dans les quatre cas, le vers se termine par un mot de quatre syllabes et un nom propre. C'est ainsi que Ton rencontre une seule fois dans les tétramètres dactyliques un spondée au quatrième pied : 0. I, 28, 2, « Mensorem cohibent, Archyta ». D'ailleurs rhexamètre des Satires ne diffère de l'hexamètre des Epîtres que sous le rapport de la césure et de l'élision, dont nous parlerons à part.
Le vers héroïque est employé dans cinq épodes, dans trois odes du premier livre : 0. 4, 7 et 28, et dans une ode du quatrième : 0. 7. On a remarqué que, dans les hexamètres des Epodes, jamais un mot ne se termine après le quatrième trochée. C'est une règle suivie par les Alexandrins et par Catulle ; Horace, à l'exemple des vieux poètes grecs, l'a négligée plus tard. Exemples :
Mœnia, vel Baccho Thebas vel | Apolline Delphos.
Te maris et terrse nuraeroque | carentis arenœ.
At tu, nauta, vagje ne parce | malignus arenœ.
Particulam dare : sic, quodcumque | ,ininabitur Eurus.
Quant aux autres vers dactyliques, les seuls dont Horace ait usé sont : le tétramètre catalectique de Tépode 12, Munera cur mihi quidve tabellaSy que Ton retrouve dans les odes 7 et 28 du premier livre ; et le trimètre catalectique, qui se rencontre uniquement dans la septième ode du quatrième livre, Arboribusque comse. On peut donc dire que les vers dactyliques se rencontrent exclusivement dans les Epodes et dans les quatre pièces épodiques que le poète a placées parmi ses premières et ses dernières Odes.
Il en est de môme pour les vers iambiques. L'iambique par excellence est le trimètre. La seule pièce d'Horace qui ne puisse être divisée en strophes, l'épode 17, est composée de trimètres. Dans tous les- autres cas, ce vers se combine avec des iambiques plus petits, ou avec des dactyliques. Le trimètre est une seule fois employé pur, à l'exemple de Catulle^, dans l'épode 16. Partout