‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 69 sur 83 · L. Millier, De re metrica · texte numérisé non relu

L. Millier, De re metrica

Et properare loco et cessare et quserere et uti.

(Epi. I, 7, 57.)

Qualem commende^, etiam atque etiam aspice, ne mox.

(Epi. 1, 18, 76.)

.Navem agere ignarus navis timet, abrotonum segro.

(Epi. II, 1, 114.)

Nullum ultra verbum aut operam insumebat inanem.

Dans les Odes, on ne trouve que trente et un vers avec deux élisions, dont quinze sur les mots et ou est. Un seul vers en présente plus de deux :

Pestemque a populo et principe Csesare in.

Dans les Odes également, la voyelle longue est plus rarement élidée : ainsi, dans les passages que nous avons cités, les Epodes présentent deux longues élidées contre treize brèves ou moyennes (nous désignons par ce mot les finales suivies de m); les Odes, quatre longues contre huit brèves ou moyennes. Au contraire, dans les Satires, on trouve onze longues contre seize brèves et dix moyennes ; c'est à peu près la même proportion que dans V Enéide. Dans les Epîtres, on rencontre aussi à peu près autant de longues que de brèves. Cependant Horace use d'une bien plus grande liberté dans les Satires; il y élide indifféremment toutes les voyelles longues : sur les cent vingt vers que nous examinons, il y a deux e, quatre 2 et deux o élidés ; tandis que dans les Odes et les Epîtres, il a pour habitude générale de n'élider d'autre voyelle longue que Vo. Dans les passages cités, les Epodes et les Odes ne présentent pas d'exception à cette règle qu'il s'impose ; les Epîtres, sur dix cas, n'en ont qu'une, et encore est-elle très atténuée par l'usage : Epi. II, 2, 79,

« Tu me inter » ; dans les neuf autres cas, la longue élidée est Vo final de « nemo, compono, discedo, fero, scribo ».

Pour Télision qui se fait sur une voyelle brève, il y a entre les divers recueils des différences sensibles, par rapport à la nature des syllabes élidées.

Les Satires sont de beaucoup les plus libres à cet égard. Dans les deux livres réunis, on trouve vingtquatre fois la finale longue élidée sur une brève; cependant elle n'est que trois fois, dans ce cas, précédée d'une brève, ce qui rend l'élision plus dure encore : S, I, 1, 59, « Tantuli eget » ; S. II, 3, 83, « Nescio an Anticyram » ; et S. II, 7, 53, « Anulo equestri ». La voyelle finale suivie de m s'élide très fréquemment sur une brève; il y en a environ soixante exemples dans les Satires, et dans quatorze la pénultième est brève également : S. I, 2, 119, « Parabilem amo »; S. I, 4, 108, « Viverem uti » ; Id,^ 117, « Traditum ab antiquîs » ;

5. I, 7, 21, « Spectaculum uterque » ; S. II, 1, 7, « Optimum erat » ; S. II, 2, 89, « Rancidum aprum »; id., 92, « Integrum edax » ; S. II, 3, 56, « Alterum et huic », id,j 124, « Quantulum enim » ; id., 155, « Ptisanarium oryzae » ; id., 197, « Inclitum Ulixem » ; id., 266, « Modum habet » ; id., 311 : « Spiritum et incessum »; S. II,

6, 85, « Aridum et ore ^ ».

Au contraire dans les Epîtres Télision d'une voyelle finale longue autre que Vo, môme sur une longue, est très rare. Celle de Vi ne s'y trouve qu'une fois, A. P. 456 : « Pueri incautique », en ne comptant pas trois cas

1. On ne comprendrait pas, par conséquent, pourquoi Horace (S. I, 5, 87 : « Mansuri oppidulo, quod versu dicere non est ») aurait reculé devant une élision de ce genre, et sur un nom propre, dans les Satires, où il y en a un si grand nombre d'exemples.

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OÙ le mot terminé en i long est suivi de est : Epi. I, 12, S, « Lateri est »; A. P. 304, « Tanti est »; id., 417, « Relinquî est ». Rarement dans les Epîtres une longue s'élide sur une brève; et, dans deux cas, c'est la voyelle d'un pronom personnel monosyllabique : Epi. I, 7, 24, « Me etiam » ; et I, 18, 112, « Mi anîmum ». Dans les autres exemples qu'on peut relever, la voyelle finale est un : Epi. I, 1 , 11 , « Rogo et omnis » ; arf., 39, « Nemo adeo » ; Epi. II, 1, 46, « Démo etiam » ; V Art poétique n'en présente aucun. On trouve même très rarement une moyenne élidée sur une brève ; il y en a dix-neuf exemples dans les deux livres ; et, dans un seul de ces cas, l'antépénultième est brève : Epi. 1, 1 , 69, « Liberum et erectum », sans compter que sept fois le mot dont la finale est élidée est le mot « verum » (« Verum ubi », Epi. I, 7, 86 ; IS, 44 ; A. P. 331 ; « Verum ita », A. P. 228 ; a Verum âge » , Epi. II, 1 , 214, etc.). Or les mots indéclinables sont ceux où l'élision est le plus facilement tolérée. Dans lés Epodes et les deux premiers livres des Odes, l'auteur a suivi à peu près les mêmes règles. Ainsi, dans les Epodes, il y a six longues élidées, dont une seule sur une brève, Epo. 3, 22 : a Extrema et in sponda cubet » ; mais ces longues sont o^ a, e, et même la diphthonque a?, Epo, 17, H :alliœ addictum». Dans le premier livre des Odes, il y a huit longues élidées, sur lesquelles six 0, et deux i; aucune de ces élisions ne se fait sur une brève. Dans le deuxième livre, sur sept longues élidées, il y a cinq o et Ve du monosyllabe te^ 0. II, 3, 6 : « Te in remoto »; une seule fois, l'élision'a lieu sur une brève, 0. II, 3, 11 : « Quo et obliquo », si toutefois il faut adopter cette leçon ^ Ces trois ouvrages présen-

1. Les meilleurs manuscrits doimeiit quid au lieu de quo ; la dureté

tent aussi très peu de syllabes finales en m élidées sur une brève : il y en a six dans les Epodes, une dans le premier livre des Odes, 0. 1, 1, 16 : « Otium et oppidi », et une dans le second, 0. II, 15, 11 : « Prœscriptum et in-

tonsi».

Le troisième et le quatrième livre des Odes diffèrent sensiblement des deux premiers, et aussi l'un de l'autre. Le troisième use d'une liberté beaucoup plus grande dans l'emploi des élisions. On y trouve vingt-cinq longues élidées, dont vingt o, trois 2, un e, et môme une diphthongue, 0. III, 8, 27 : « Horae ac». Quatre fois l'élision a lieu sur une brève : III, 4, 17, « Tuto ab atris » ; zc?., 31, « Temptabo et urentes »; III, S, 21, « Vidiego civium » ; III, 27, 22, « Sentiant motus orientis Austri et i^quoris... » On trouve aussi, dans le troisième livre, douze mots en m avec élision sur une brève : « Angustam amice, tutum iter, dormirem et ursis », etc.. Au contraire, dans le quatrième livre, Horace devient plus sévère que jamais : on n'y trouve qu'une voyelle longue élidée, 0. IV, 3, 24 : « Spiro et placeo », et une finale enmélidée sur une brève, 0. IV, li, 27 : « Terrenum equitem ».

Pour ce qui concerne les monosyllabes, Horace les a élidés très fréquemment dans les Satires , très rarement ailleurs. Il y en a quatre-vingt-neuf exemples dans les Satires, et dans huit cas même le monosyllabe s'élide sur une brève. Il faut remarquer cependant que ce n'est jamais la deuxième brève du dactyle qui s'élide ainsi; exemples : S. I, 1, 101 , « Mi igitur »; S. I, 9, 60, « Hœc dum agit » ; S. II, 2, SS, <c Te alio » ; S. II, 3,

même de Télisioa nous ferait incliner à supprimer, avec Fea et Peerlkamp^ ce monosyllabe inutile au sens.

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41, « Hoc si erit » ; S. II, 7, 24, « Te agat » ; id., 80 et S. II, 1, 74, « Sum ego ». Non-seulement nous y trouvons élidés les pronoms me^ te^ se, tu, qui, et des mots indéclinables, tels que dum, cum, num, nam, quam, mais aussi le verbe siim, l'accusatif rem (S. II, 7, 67), et des formes déjà abrégées par syncope, telles que mi, di : S.

II, 6, S4, (c di exagitent ».

Dans les Epîtres, Horace est beaucoup plus réservé. On n'y trouve que quatorze monosyllabes élidés, dont dix fois me ou te (Epi. I, 1, 3 ; id,, 27 ; id., 75 ; 2, 33 ; 7, 24; n, 1, iii; 2, 19 ;id., iS8;id.,2l2; A. P. 103), deux fois tu (Epi. I, 12, 14 ; 14, 41), une seule fois qui (Epi. II, 2, 133 : «• Qui ignoscere »), et une fois mi (Epi. I, 18, 112 : « mi animum »).

Dans les œuvres lyriques, le monosyllabe est élidé plus rarement encore : on en compte cinq seulement, tous devantune longue. Quatre fois c'est le pronom me ou te (Epo. S, 9: «Me intueris »; 0. II, 3, 6 : « Te in remoto » ;

III, 29, S : tt Me est » ; et id., 35 : « Me involvo »), et une fois le mot jam, Epo. 17, 1 : « Jam jam efficaci »; encore redoublement atténue-t-il cette dernière licence. Il est à noter que le quatrième livre des Odes, dont nous avons déjà constaté la sévérité par rapport à Télision, ne renferme aucun cas semblable.

Nous avons à considérer maintenant Félision par rapport à sa place dans les différentes espèces de vers. On a remarqué ^ pour les hexamètres, que Félision est plus fréquente dans l'arsis que dans la thésis; cette différence est bien plus marquée dans les Epîtres. Il est facile aussi de constater que dans les Epîtres, plus généralement que dans les Satires, l'élision tombe de préfé^

li Lehrs, éd. d'Horace, Die Verschleifufiy .

rence dans la première partie du vers. Mais nous trouvons une différence plus notable encore dans l'emploi de Félision aux places saillantes, c'est-à-dire à la première arsis, à la sixième thésis et à la césure principale. L'élision à la première arsis peut avoir lieu de deux

manières : 1° si le vers commence par un monosyllabe ; 2° si le vers précédent est hypermètre. Le premier cas constitue une exception très rare, dont Ennius, Lucilius, Lucrèce, Catulle, Virgile et Perse ont laissé un petit nombre d'exemples ; Horace en a six dans le premier livre des Satires : S. I, 1, S2, « Dum ex parvo »; id.^ 56, « Quam ex hoc fonticulo »; I, 3,27, « Quam aut aquila » ; id,^ 120, ce Nam ut ferula » ; I, 6, 27, « Nam ut quisque » ; I, 9, 6, « Cum adsectaretur ». il n'y en a aucun dans le second livre, ni dans les Epîtres, pas plus que dans les œuvres lyriques. De même les deux seuls hexamètres hypermètres que l'on rencontre dans Horace appartiennent au premier livre des Satires :

Me Capitolinus convictore usus amicoque A puero est.

Et cornes alter, uti ne solus rusve peregreve Exirem.

Par un procédé analogue, la dernière syllabe d'un vers hypercatalectique s'élide avec la première du vers suivant, dans quelques strophes lyriques :

Dissidens plebi numéro beatorum Eximit.

Sors exitura et nos in seternum Exsilium.

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Mugiunt vaccœi tibi tollit hinnitum Apta.

Cum pace delabentis Ëtruscum In mare.

Cur facunda parum decoro Inter verba.

Plorat et vires animumque moresque Aureos educit in astra nigroque Invidet Orco.

(0. IV, 2, 22 et 23.)

Romulse genti date remque prolemque Et decus omne.

Quant à rélision tombant à la sixième thésis de Thexamètre, on n'en trouve d'exemple chez aucun classique, à part Lucilius et Horace. On trouve seulement chez Virgile, En,, IX, 37 et 440, « Hue turbidus atque hue. Hinc cominus atquehinc ». Outre une fin de vers analogue, S. I, 4, 43 : a Gui mens divinior atque os », et en ne comptant pas, bien entendu, les élisions trèsnombreuses sur est, comme S. I, 2, 72 : a Magno pâtre Tiàidi puella est », il y en a dans Horace sept autres à la sixième thésis, dont quatre dans les Satires : S. I, 1, 80, <( Jugera centum an y>\ I, 3, 39, « Aut etiam ipsa hase »; II, 2, 58, « Defundere vinum et »; II, 8, 92, a Causas narraret earum et » ^; Epi. I, 6, 34, « Totidem altéra, porro et}>; I, 7, 27, « Reddes ridere deco" rum ^^ » ; II, 1, 73, « Forte décorum et » ^. Il est à re-

1. s. II, 5, 97, nous lisons urge avec les meilleurs manuscrits.

2. Cette leçon est conforme au texte des bons manuscrits ; mais le ma^ nuscrit E (Monacensis Lat. 14685), avec quelques autres d'une moindre au-

marquer que, dans tous les exemples tirés des Epîtres et même du deuxième livre des Satires, Félision a lieu sur le mot et.

Le même procédé est usité fréquemment dans les œuvres lyriques ; on en trouve environ vingt-deux exemples, sans compter six ou sept élisions sur d'autres mots que et. Quatre de ces dernières appartiennent au premier livre des Odes ^ deux au troisième, si toutefois ac doit être conservé dans ce vers :

Dona prsesentis cape Isetus horse ac

Lînque severa *.

Le troisième livre renferme, à lui seul, plus de la moitié des élisions tombant sur la dernière syllabe ; à cet égard encore, il se distingue des autres recueils et

torité, supprime eï; Tédition Keller et Holder rapproche cette période :

lûter quœ verbum emicuit si forte décorum, Sji versus paulo concinnior unus et alter,

d'une construction analogue :

Si te grata quies et primam somnus in horam

Détectât, si te pulvis strepitusque rotarum,

Si Isedet caupona.

(Epi. I, 17, 6.)

II nous paraît préférable néanmoins de conserver la conjonction donnée par les manuscrits les plus considérables.

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