‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 76 sur 83 · III,G · texte numérisé non relu

III,G

Tu lene tormentum | ingenio admoves.

Pravi sunt elementa | et tener» nimis.

(0. III, 24, Ty2.)

Imbriuin divina | avis imniinentum.

(0. III, kl, 10.)

Jam clarus occultum j Andromedfe pater.

Exegi monumentum | aère perennius.

Vitabit Libitinam : | usque ego postera.

Regnavit populorum, | exhumili potens.

Duces tura, lyrseque | et Berecyntite.

Votis ominibusque | et precibus vocat.

Mos et lex maculosum | edomuit nefas.

Rejectseque retrorsum | Hannibalis minse.

Mutatus, Ligurine, | in faciem verterit hispidam.

Pegasus terrenum | equitem gravatus.

Une particularité notable, c'est que, dans les trois premiers livres des Odes, presque tous les vers ainsi construits appartiennent à la strophe alcaïque ; au contraire, dans le quatrième livre, les strophes alcaïques n'en présentent aucun exemple : les six cas cités appartiennent tous aux mètres saphique et asclépiade.

Pour compléter ces observations sur la manière dont se comporte la césure dans les différents livres d'Horace, il faut que nous examinions quelle est sa place dans les diverses sortes de vers. Or, nous verrons que presque partout le poète a recherché l'analogie avec le vers hexamètre, où domine la césure semiquinaire ; c'est donc par les Satires et les Epîtres que nous commencerons cet examen.

La césure la plus fréquente de beaucoup est la césure semiquinaire, c'est-à-dire tombant après l'arsis du troisième pied. Elle coupe le vers en deux parties à peu près égales et d'un rythme différent, puisque la deuxième commence par la thésis.

A l'exemple des Grecs, Horace emploie aussi quelquefois la césure féminine après le troisième trochée : il y en a en tout une centaine de cas dans les quatre mille vers environ que renferment les Satires et les Epîtres, c'està-dire beaucoup plus que chez les autres poètes latins* sauf chez Lucrèce qui en a quarante-trois dans les deux premiers livres. Elle n'existe ailleurs qu'à l'état d'exception : chez Virgile, elle est très rare, puisqu'on

n'en trouve que 58 cas sur 12,905 vers; Perse ne s'en sert qu'une seule fois ; Juvénal lui-même n'en offre que onze exemples ^ ; TibuUe et Lucain n'en ont aucun. Ceux qu'on voit chez Horace sont inégalement répartis : le premier livre des Satires en renferme vingthuit; le second, qui compte cinquante -trois vers de plus, n'en a que treize ; dans le premier livre des Epîtres, on en trouve quinze; dans le deuxième, Horace paraît s'être rapproché plus complètement de l'usage grec, et avoir accueilli la césure du troisième trochée avec plus de facilité, puisque ce recueil en offre quarante cas, sur lesquels vingt-trois appartiennent à YA7't poétique.

D'autres particularités témoignent encore qu'Horace a usé, par rapport à cette césure, d'une liberté plus grande dans les Epîtres que dans les Satires. En effet, elle est, en général, accompagnée d'une césure masculine au deuxième pied ou quelquefois au quatrième :

In patinam | iecere, | trahentia pulveris atri.

Hortos egregiasque | domos | mercarier unus.

Or, dans le premier livre des Satires, il n'y a que quatre exceptions à cette règle :

Illuc prsevertamur l amatorem quod amicœ.

Ëupolis atque Cratinus Aristophanesque poet^e.

Esset, qusesiverei quod acer spiritus ac vis.

Huile nequé dira vénena neci hostiôus auferet ensis.

i. L. MuUér, De re mec, p. 186.

on n'en voit qu'une seule dans le deuxième, et encore est-elle atténuée :

Filius iiimaturus obisset, flere.

tandis qu'il y en a sept dans les premières épîtres, et neuf dans les dernières, dont quatre dans VArt poétique :

Coiisiliumque morantur agendi gnaviter id quod.

(Epi. 1, 1, 24.)

Labitur et labetur in omne volubilis œvum.

Tliracaiie vos Hebrusqiie nivali compede vinctus.

(EpL I, 3, 3.)

lu ter spem ouramque, timorés inter et iras.

(Epi. I, 4, 12.)

Arripit iratusque Philippi tendit ad 9?des.

(Epi. I, 7, 89.)

Dipium meute domoque leireutis honesta Neronis.

(Epi. I, 9, 4.)

Hoo agy\ ue muta ta retrorsum te ferat aura.

(Epi. I, 18, 88.)

ro<t iu^Mitia taota deonmi in templa recepti.

tEpl. II, 1, 6.)

l\f^Uanu:> ei hiotamur Aohi\isdv.viius uucîis.

vEpl. IL 1, 33.)

K; jHViiî pxîuioa îy\Ia qiàenis qu:vr.»re i^-vpif.

lEpl. II, 1, 162.)

if>L IL 1. 173.)

EpL IL 1, 283.)

.v\sr, ;r>^,->« v,ïs?.. :: <^\.^r*:ù.v. *.>:%r,

ET DE LA MÉTRIQUE d'hOKACE 213

Non fumum ex fulgore sed ex fumo dare lucem.

Aut fanaticus error et iracunda Diana.

Ces vers n'offrent que des diérèses et des césures féminines, ou très rarement des césures incorrectes au cinquième ou au sixième pied. Ce qui est le plus contraire à la cadence de l'hexamètre, c'est la consécution des césures féminines ; quelquefois celle du . troisième pied est suivie immédiatement d'une autre après le cinquième, et elles sont séparées alors par un mot de cinq syllabes ou l'équivalent. Or, il n'y en a qu'un cas dans les Satires, encore le vers qui le renferme est-il composé de trois noms propres. Les Epîtres en présentent cinq :

Eupolis atque Cratinus Aristophanesque poetse.

An tragica desrevit et ampullatur in arte.

(p]pl. I, 3, 14.)

Incipiam patiarque vel inconsultus haberi.

(Epi. I, 5, 15.)

Asperitas agrestis et inconcinna gravisque.

Et frugi castusque verecundusque coibat.

Aut fanaticus error et iracunda Diana.

Moins harmonieux encore sont les vers où la césure du troisième trochée est suivie d'une césure semblable au quatrième pied. Il n'y en a aucun exemple dans les Satires, tandis qu'on en remarque six dans les Epîtres, dont trois dans VArt poétique; dans deux de ces six

cas, on trbuve trois césures féminines de suite, et, dans un autre, on en rencontre même quatre :

Flore, bono claroque | fidelis | amice | Neroni.

(Epi. II, 2, 1.)

Ille tegat commissa, | deosque | precetur ( et oret.

Dignum mente | domoque | legentis | honesta | Neronis.

(Epi. I, 9, 4.)

Voici les trois autres :

Labitur et labetur in omne volubilis sevum.

V (Epi. I, 2, 43.)

Accessit numerisque modisque licentia major.

Multa dies et multa litura coercuit atque.

La césure hephthémimùre est beaucoup moins usitée que celle du troisième pied. La proportion dans Horace est d'environ un vers sur dix ; elle ne varie pas sensiblement d'un recueil à l'autre; on remarque cependant que le deuxième livre des Satires en a le moins, et que le deuxième livre des Epîtres en a le plus.

Généralement, dans ces sortes de wcr^, le premier hémistiche est coupé en deux par une césure trithémimère. C'est une règle presque absolue pour Virgile, et l'on sait combien les vers construits de la sorte sont fréquents chez Lucrèce, Silius, Juvénal et les poètes postérieurs. Chez Horace, on rencontre quelques exceptions, à peine une sur ISO vers, et elles sont réparties à peu près également dans les différents livres; encore plusieurs de ces exceptions disparaissent-elles, si Ton admet dans, ces vers les césures par élision ou par tmèse. Il y en a sept dans le premier livre des Satires :

An vigilare metu exanimem, noctesque diesque.

Quodque aliéna capella gerat distendus uber.

Quid inter Est in matrona, an cilla peccesve togata.

Quod vénale habet ostendit, neque, si quid honesti est.

Non ego, namque parabilem amo venerem facilemque.

Fuscus Aristius occurrit, mihi carus etillum.

Ambitione relegata te dicere possum.

On en peut compter sept aussi dans le deuxième livre :

nie repotia, natales aliosve dierum.

Cum laqueo uxorem interimis matremque veneno.

Fauper Opimius argenti positi intus et auri.

Altercante libidinibus tremis ossa pavore.

Responsare cupidinibus, contemnere honores.

Monstravi incoquere, inlutos Curtillus echinos.

Sollicitudine districtum, ne panis adustus.

Le premier livre des Epîtres renferme dix vers sans autre césure masculine que Thephtliémimère, à moins qu'on ne voie une espèce de césure semiquinaire dans levers suivant :

Rura suburbana indictis cornes ire latmis.

(Epi. I, 7, 76.)

OU une césure trithémimère dans ceux-ci :

Stultorum incurata pudor malus ulcéra celât.

(Epi. I, 16, 24.)

Virtutemae reprseseatet moresque Catonis.

(Epi. 1, 19, 14.)

Voici les sept autres :

Invidus, iracundus, iners, vinosus, amator.

(Epi. I, 1, 38.)

Si curatus iaîequali tonsore capilios.

(Epi. I, 1. 94.)

Officiosaque sedulitas et opeila forensis.

(Epi. I, 7, 8.)

Limât, non odio obscuro morsuque venenat.

(Epi. I, 14, 38.)

Ut matrona meretrici dispar erit atque.

(Epi. I, 18, 3.)

Possis. Adde virilia quod speciosius arma.

Qui maie parentem in rupes protrusit asellum.

(Epi. I, 20, 15.)

Le deuxième livre en a douze :

Scripta vel optima, Romani pensantur eadem.

(Epi. Il, 1, 29.)

Asperitatis et invidije corrector et irse

(Epi. II, 1, 129.)

Libertasque récurrentes accepta per annos.

(Epi. II, 1. 147.)

Divitiaeque peregrinse, quibus oblitus actor.

(Epi. II, 1, 204.)

Dura sed emovere loco me tempora grato.

(Epi. II, 2, 46.)

Hic extremo in Aventino, visendus uterque.

(Epi. II, 2, 69.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 217

Fit Mimnermus et optivo cognomine crescit.

(Epi. II, 2, 101.)

Luxuriantia compescet, nimis aspera sano.

(Epi. II, 2, 122.)

Hic ubi cognatorum opibus curisque refectus.

Ut ridentibus arrident, ita flentibus adflent.

Adspirare et adesse choris erat utilis atque.

Doctum imitatorem et vivas hinc ducere voces.

En examinant de plus près ces trente-six vers, on voit que, dans dix-neuf d'entre eux, dont huit dans les Satires et onze dans les Epîtres, la césure hephthémimère n'est accompagnée d'aucune autre, pas même d'une césure féminine, ni au deuxième, ni au troisième pied ; exemples :

nie repotia, natales aliosve dierum.

Offîciosaque sedulitas et opella forensis.

(Epi. I, 7, 8.)

Dans treize de ces vers, dont cinq des Satires et huit des Epîtres, il y a une césure féminine au deuxième pied ; par exemple :

Respoiisare cupidinibus, contemnere honores.

Fit Mimnermus et optivo cognomine crescit.

(Epi. II, 2, 101.)

Dans quatre autres (S. I, 1, HO; Epi. I, 1, 38; I, 16, 24, et A. P. 204) on remarque une césure accessoire après le troisième trochée, sans compter les vers, dont

nous avons parlé, où cette césure du troisième trochée est la césure dominante ; l'un de ces quatre vers a la césure féminine en même temps au deuxième et au troisième pied (S. I, i, HO), consécution contraire à la cadence de l'hexamètre, les trois premiers hémistiches formant une fin de vers. Il y a deux autres cas semblables dans le premier livre des Satires : S. I, 4, 1, « Eupolis atque Cratinus »; eti, 9, 31, « Hune neque dira venena », et un seulement dans les Epîtres : I, 1, 24, « Consiliumque morantur ».

Les césures du troisième et du quatrième pied sont les véritables césures métriques ; mais les autres coupes, d'où résultent l'enchaînement et l'harmonie du vers, ne sont pas laissées au hasard.

En général, dans la première partie du vers latin, la fin du mot ne coïncide pas avec celle du pied. Une succession de mots dactyliques ou spondaïques est un assemblage barbare, tel que ce vers d'Ennius :

Sparsis hastis longis campus splendet et horret.

Le vers n'existe pas davantage si les pieds se terminent tous par l'une des brèves du dactyle, comme dans cet autre passage d'Ennius :

Corde capessere semita nulla pedem stabilibat,

OU dans celui de Lucrèce :

Per simulacra leonum caetera quae videt sequow

Tel est aussi le vers d'Horace que nous avons déjà remarqué :

Dîgnum mente domoque legentis honesta Neronis.

La mesure est détruite parce que l'accent métrique est enr

tièrement confondu avec Taccent tonique, et la succession de quatre mots formant chacun un crétique produit une cadence toute particulière. Pour éviter ces inconvénients, les poètes latins multiplient les césures masculines, c'est-à-dire qu'ils préfèrent terminer le mot avec Targis du deuxième, du troisième, du quatrième pied. C'est le lien qui unit les éléments du vers et en forme un tout. Les coupes les moins usitées sont naturellement celles qui constitueraient un vers dans le vers : ainsi l'on n'admet pas la diérèse avec un arrêt du sens après le premier pied, s'il est spondaïque; on l'admet encore moins après le deuxième pied, surtout spondaïque : on aurait ainsi un vers complet de deux pieds. Les poètes latins en général rejettent avec autant de soin I9, coupe à la fin du troisième pied, coupe qui diviserait l'hexamètre en deux tronçons pareils.

Dans la fin du vers, où surtout le rythme et la cadence doivent rester sans mélange, on évite, au contraire, le conflit des accents et, par conséquent, la césure après l'arsis du cinquième et du sixième pied.

Horace s'est affranchi jusqu'à un certain point de la règle observée par les poètes épiques, et, grâce à un emploi plus libre des césures et des coupes, il a conservé l'allure dégagée de la prose et du dialogue familier. Il est à remarquer, d'ailleurs, qu'il s'éloigne moins de l'usage ordinaire dans la première moitié du ver§; aussi la ponctuation y coïncide-t-elle, en général, avec les césures. C'est à la fin du vers qu'elle tombe le plus souvent, ensuite après la césure, masculine ou féminine, du troisième pied, puis après celle du quatrième ; elle est assez fréquente aussi après le premier pied, quand il est dactylique, et au milieu du deuxième. Les coupes les plus contraires à la nature de l'hexamè-

tre sont celles qui tombent à la diérèse après le premier pied, s'il est spondaïque, et celles qui, venant après le deuxième et après le troisième pied, constituent, en quelque sorte, un vers dans le vers. Môme chez Horace, ces cas sont assez rares. C'est dans le premier livre des Satires qu'on en trouve le plus grand nombre, et ils disparaissent presque entièrement au deuxième livre des Epîtres. Ainsi, dans le premier livre des Satires, on voit une fois la ponctuation après le premier spondée :

Jam nox inducere terris Umbras, et cselo diffundere signa parabat.

onze fois après le deuxième pied, et trois fois après le troisième :

Nil obstet tibi, dum ne sit te ditior al ter.

Neque se majori pauperiorum Turbse comparet, hune atque hune superare laboret.

Nil fuit unquam Sic impar sibi. Nune aliquis dieat mihi quid tu ?

Hoe in me jacis ? Est auctor quis denique eorum, Vixi cum quibus? Absentera qui rodit amicum.

(S. I, 4, 80 et 81.)

Hsec est -^rugo mera ; quod vitium procul afore chartis Atque animo prius, ut si quid promittere de me.

(S. I, 4, 101 et 102.)

Hoc mihi juris Cum venia dabis : insuevit pater optimus hoc me.

Ne patriam rem Perdere quis velit. A turpi meretricis amore.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 221

Quod placui tibi, qui turpi secernis honestum.

Est brevitate opus, ut currat sententia neu se.

Omnia magna loquens, modo : sit mihi mensa tripes et Coucha salis puri et toga, quse defendere frigus.

(S. I. 3, 13 et 14.)

Quod mœchus foret, aut sicarius aut alioqui.

Au deuxième livre, nous trouvons la ponctuation une fois aussi après le premier pied spondaïque :

Scsevîç vivacem crede nepoti Matrem : nil faciet sceleris pia dextera.

cinq fois après le second, et deux fois après le troisième :

nie repotia, natales aliosve dierum.

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