I. — Chronologie des œuvres d'Horace
Les œuvres d*Horace ne sont point disposées, dans les manuscrits, suivant la date de leur composition ni de leur publication ; dans chacun des livres, les pièces particulières ne sont pas rangées non plus dans leur ordre chronologique. On peut cependant déterminer exactement, pour les différents livres, sinon Tépoque précise, du moins l'ordre relatif de leur publication. Le poète luimême nous donne, à cet égard, quelques renseignements précieux ; Suétone nous en fournit que Ton peut tenir comme non moins certains, sans compter ceux qui nous sont parvenus par les scholiastes. Nous connaissons aussi la date exacte ou approximative d'un certain nombre d'odes, de satires et d'épîtres : nous pouvons par là contrôler les conjectures faites sur l'édition des recueils.
De l'examen des poèmes, il résulte qu'ils ont été édités successivement par Horace lui-même, suivant l'usage adopté généralement par les poètes latins. Fixons d'abord l'ordre des publications partielles ; puis
nous déterminerons, au moins approximativement, la date de chacune d'elles.
La composition de chacun des recueils permet de juger que Fauteur lui-même a choisi et rangé l«s pièces destinées à être publiées ensemble. Ainsi les Epodes sont manifestement disposées suivant la différence des mètres employés. Dans les dix premières et dans la dernière, Horace se sert uniquement de vers iambiques, avec cette particularité que la dix-septième ne comprend que des trimètres, tandis que les autres sont écrites en distiques, composés chacun d'un trimètre suivi d'un dimètre. Dans l'épode XI, à l'élément iambique se mêle un élément dactylique : un trimètre dactylique catalectique sépare les deux vers iambiques et fait corps avec le second. Dans l'épode XII, l'élément dactylique est seul, et le distique se compose d'un hexamètre suivi d'un tétramètre. Dans la pièce suivante, qui fait le pendant de l'épode XI, c'est l'élément iambique qui s'intercale, et le deuxième vers se compose d'un dimètre iambique, suivi d'un trimètre dactylique catalectique. La gradation continue : dans les épodes XIV, XV, XVI, le premier vers reste dactylique ; le second est composé d'iambes seuls ; c'est un dimètre dans les deux premières de ces épodes, un trimètre dans la troisième. Enfin le vers dactylique disparaît dans l'épode XVII. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans cet arrangement symétrique, un plan minutieusement calculé ^
1. Le tableau suivant rend manifeste cet arrangement : Epo. I-IX. U-- u- 'j- y- u- u-
U- U- 'J- u- XI. u- y- u- y- y- y-
-yy -yy- | y- y- y- y-
Quant au fond, tous ces poëmes sont satiriques ou anacréontiques, sauf le premier qui est manifestement une sorte de dédicace. Mécène avait pressé Horace de publier ses iambes ; le poète pouvait-il choisir mieux, comme introduction du recueil, que le poëme où il exprime sa reconnaissance et son affection pour son bienfaiteur ?
Il nous paraît donc évident que le livre des Epodes a été édité par Fauteur. D'ailleurs "Horace parle deux fois de ses iambes comme de poëmes publiés et répandus partout : « Le premier, dit-il, j'ai enseigné au Latium les iambes du poète de Paros^. » Et plus tard, dans répître à Florus, ne fait-il pas une allusion expresse aux trois espèces de poëmes qu'il a publiés? « Tu aimes les odes, un autre les iambes, un troisième les satires et le gros sel de Bion ^. »
Si nous tenons compte de ces passages, si nous les rapprochons du vers où le poète énonce expressément la promesse qu'il a faite à Mécène de publier ses poésies