S. II, 3, IL
Nous voyons, il est vrai, « Platona » au sixième pied :
1. Quelques manuscrits donnent « Hecatam >, et beaucoup ont « Tisiphonem >.
88 DES VARIATIOxXS DE LA LANGUE
P}'thagoraa Any tique reum doctumque Platona.
Mais l'accusatif grec devait être entraîné par l'analogie, à cause du nom qui commence le vers.
Dans les Epodes, il y a deux accusatifs grecs de la troisième déclinaison : « Nirea, Anacreonta » , et deux latins: « Jasonem, Hectorem». Mais les deux premiers sont imposés par l'euphonie et par un usage constant : Epo. 14, 10, (c Anacreonta Teium » ; Epo. 13, 22, « Formaque vincas Nirea » ; pour les autres, le poète a choisi librement la désinence em :
Perunxit hoc Jasonem.
(Kpo. 3, 12.)
Alitibus atque canibus homicidam Hectorem.
(Epo. 17, 12.)
Dans les Epîtres, Horace montre également une prédilection marquée pour les désinences latines, sauf dans les masculins de la première déclinaison, « Ulyxen, Antiphaten, Atriden, Apellen ». Dans la seconde, il ne laisse la désinence os qu'aux mots géographiques qui l'ont gardée toujours : « Lesbos, Rhodos, Samos, Chîos » ; la terminaison us est au contraire très fréquente : « -^schylus, Aristarchus, Chœrilus, Ghrisippus, citharœdus, Corinthus^ Lebedus, Telephus », etc.. Pour la troisième déclinaison, les Epîtres n'offrent la forme grecque que dans les mots où elle est seule usitée : « Pentheu, Gyclopa, Protea», tandis qu'on lit a Osirim, Charybdim» à la fin des vers. Epi. I, 17, 60, et A. P. 145. Si l'on trouve <c Ithace », amené par le besoin du vers, Epi. I, 7, 41, « Non est aptus equis Ithace locus », au contraire, il y a « Aetnam » à la fin du vers 46S de V Art poétique : « Dum cupit Empedocles ardentem frigidus Aetnam ». Une
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particularité notable c'est l'emploi simultané de « JEschylos » et de « iEschylus », qui toutefois ne peut être considéré comme certain :
Serus enim Graecis admovit acumina chards, Et post Punica bella quietus quœrere cœpit, Quid Sophocles et Thespis et <^schylos utile ferrent ».
(Epi. II, 1, 163.)
^schylus et modicis instra\'it pulpita tignis.
ï)ansles Odes, les formes grecques sont manifestement préférées, et tout particulièrement dans le troisième livre, oîi les formes latines n'apparaissent que comme de rares exceptions.
Ainsi les noms de femmes empruntés au grec ont tous le nominatif en e, l'accusatif en en : « Ghloe, Leuconoe, Myrtale, Pholoe, Penelopen, Europen », etc.. et môme « Aetnen » et « Gircen ». Le quatrième livre seul a « Cinaram », peut-être parce que le nom est réel, 0. IV, 13, 21 : « Félix post Cinaram, notaque et artium » ^.
Les masculins de la première déclinaison ont, sans exception, dans les quatre livres, l'accusatif en en ou an : « Alciden, Geryonen, Lycidan,Merionen,Anchisen)),etc. Plus extraordinaire est « Bellerophonte » , avec la finale longue (0. III, 12, 11); c'est un ablatif, dérivé du datif grec, tandis qu'ailleurs, (III, 7, 15; IV, 11, 28) nous trouvons les formes latines « Bellerophonti, Bellerophontem». Ala seconde déclinaison, les nominatifs en os et les accusatifs en on sont bien plus nombreux que
1. « -^schylos » est donné par la plus grande partie des manuscrits. (Cf. Keller et Holder.)
2, Le man. A porte Cynaran, Cf. Ed. Keller et Holder.
dans les Satires et les Epîtres ; le troisième livre n*a que deux ou trois exceptions : « Cyprum, Pirithoum, Rhœtus ]». Elles sont plus nombreuses dans les deux premiers livres, où Ton trouve : « Aeacum, Antiloehum, Antiochum, Ephesum, Lycus, Rhœtum, Scorpius, Sthenelus », à côté de « Arcton, Cocytos, Tityon, Troïlon, phaselon »; et surtout dans le quatrième, où la forme latine est dominante : « Deiphobus, Hippolytum, Parrhasîus, Pindarus, Sthenelus, Telephum ». La plupart des noms en us et en um sont très connus et devenus populaires, par les traductions ou les imitations de la poésie épique et du théâtre.
Pour les accusatifs de la troisième déclinaison, ainsi que pour les vocatifs, la terminaison grecque est presque exclusivement employée dans les quatre livres ; le premier et le second présentent seulement la désinence latine dans les noms latinisés « Achillem, Ajacem»; le quatrième, dans « Bellerophontem ».
Voici, pour terminer ces observations, les noms grecs que le poète a employés avec des formes variées ; ce petit tableau confirme nos conclusions :
Dum cupit Empedocles, ardentem frigidus Aetnam.
Impositam celer ignis Aetnen,
Penelqpam facilis potion trade.
Volante Circa membra.
(Epo. 17, 17.)
Penelopen vitreamque Circen.
Non satis est Ithacam revehi patriosque Pénates.
ET DE LA MÉTRIQUE d'hORAGE 91
Non est aptus equis Ithace locus.
(Epi. I, 7, 41.)
Frigidior Thrœcam nec purior ambiat Hebrus.
(Epi. I, 16, 13.)
Thrcécane vos Hebrusqne nivali compede vinctus.
(Epi. I, 3, 3,)
Otium bello furiosa Thracc.
Thracen ac pede barbare.
Cyprum deseruit nec patitur Scythas.
quse beatam diva tenes Cyprian et.
Speme dilectam Cypron et vocantis,
Il est visible que les variations du même nom dans lés deux derniers vers sont dues aux exigences de la métrique ; de même que « Paphum » paraît employé dans l'exemple suivant pour éviter la rime :
Summo carminé, quîe Gnidon Fulgentesque tenet Cycladas et Paphum.
Pour ce qui concerne la syntaxe, l'hellénisme d'Horace se manifeste surtout dans l'emploi de l'accusatif, du génitif, de l'infinitif, et dans un certain nombre de tours particuliers, où l'imitation est évidente. Nous ne