‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 46 sur 87 · DKS VARIATIONS DE NA LANGUE · texte numérisé non relu

DKS VARIATIONS DE NA LANGUE

prétendons pas affirmer que, dans chacun de ces cas^ le poète ait expressément abandonné la syntaxe latine, pour adopter celle des Grecs ^ Il n'est peut-être aucun de ses grécismes dont on ne trouve des exemples dans les monuments antérieurs de la littérature romaine, et qui ne puisse s'expliquer par l'analogie. Il serait, d'ailleurs, inadmissible qu'un écrivain, amateur de la nouveauté, fît violence à sa langue pour y introduire un tour étranger; une pareille tentative ne réussirait pas: on emprunte plutôt des mots aux langues les plus éloignées que des tours syntaxiques aux plus voisines. Mais Horace, dans son désir d'enrichir et d'assouplir sa langue, fait un usage plus fréquent et plus hardi de certaines formes de langage familières aux Grecs, et qu'il préfère aux équivalents plus foncièrement latins. A cet égard encore, ses ouvrages diffèrent sensiblement les uns des autres; comme on le conçoit aisément, les Odes et les Epîtres sont plus riches en grécismes que les Satires et les Epodes. Entrons dans le détail.

L'accusatif appelé grec dépend, soit d'un verbe intransitif ou passif, soit d^un adjectif, ou bien il joue le rôle d'un adverbe.

L'accusatif, après certains verbes neutres, et après les participes passifs, est fréquent chez tous les poètes et se rencontre également dans toutes les œuvres d'Horace. L'accusatif est le plus souvent un indéterminé, « Quid, quidquam, nihil, quidquid, nihilum, permulta »; ou bien il désigne une partie du corps et localise en quelque sorte l'action, par exemple : « peruste latus » (Epo. 4,

1. Cf. A. Draeger, Ilistorische syntax der lateinischen Sprache. Leipzik, 1877. — G. Ebeling, De casmcm ksu Iloratiano. 1866. — Dittel, JDotivi apud Horatium usus. 1878.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 93

3), « membra stratus » (0. I, d, 21), « comam relîgata» (0. II, 11, 24), a crines relîgata » (0. IV, 11, S), « suspens! loculos » (S. I, 6, 74), « nasum supinor » (S. II, 7, 38), « peruncti faecibus ora d (A. P. 277), etc..

Mais l'accusatif après un adjectif ne se trouve que dans les Odes et dans les Epîtres : ce Animum mitior » (0. III, 10, 18), « Cetera fulvus » (0. IV, 2, 60), « Cetera pœne gemelli» (Epi. I, 10,3). Quant aux accusatifs neutres servant d'adverbes, il y en a quelques exemples surtout dans les Satires et dans les Odes : S. 1, 3, 26, a cernis acutum » ; S. I, 4, 76, « suave locus voci resonat»; id. 44, «magna sonaturum »; S.II, 5, 100,«et certum vigilans » ; S. II, 6, 27, « clare certumque locuto »; 0. 1,22,23, « dulce ridentem » ; 0. II, 12, 14, ce lucidum fulgentes »; 0. II, 19, 6, « turbidum laetatur »; 0. III, 27, 67^ « perfidum ridens»; Epi. I, 10, 41, a servi et aeternum ». Dans ce vers des Epîtres : « Insanire putas sollemnia» (Epi. I, 1, 101), « soUemnia » est plutôt un régime direct ; de même Epi. II, 1 , 166 : « Nam spirat tragicum satis »• Les verbes doublement transitifs, ou les neutres employés activement, sont fréquents dans les Odes. Outre a rogo,poscoi> (0. 1, 24, 12; 1,31, 1 ; II, 16, l),on trouve : 0. II, 17, 26, « tercrepuit sonum » ; 0. III, 27, 27, « fraudes palluit » ; et 29, SO, « ludum insolentem ludere pertinax ». De même Epi. I, 19, 44, « manare poetica mella Te solum » ; et A. P. 429, « etiam stillabit amicis Ex oculis rorem ». Enfin il faut noter à part a permulta rogatus», employé dans les Satires conformément à un usage très latin, et d'autres expressions analogues, mais plus hardies, par exemple : «amicum largiora flagito » (0. II, 18, 13). Il est intéressant de voir comment, à l'aide de l'analogie, le poète crée des expressions nouvelles, et comment il rajeunit la langue par le développement

Page 1