DES VARIATIONS DE L'A LANGUE
naturel de ses ressources. Nous en voyons un autre exemple frappant à propos d'un autre hellénisme : *c Pastorem saltaret uti Uyclopa » (S. I, 5, 63); l'expression <c saltare Cyclopa » devait être commune au théâtre ; dans les Epîtres, elle est renouvelée par une ingénieuse modification : a Nunc Satyrum, nunc agrestem Cyclopa movetur » (Epi, II, 2, 125). Ce dernier ouvrage présente encore une expression du même genre, exactement traduite du grec : a magna coronari contemnat Olympia » (Epi. I, 1, §0); dans Y Art poétique, « Qui Pythia cantat Tibicen » (A. P. 414) peut s'interpréter de la même manière ^.
Le rôle essentiel du génitif est de marquer la possession ou la génération. Mais il sert aussi, concurremment avec d'autres cas, à déterminer par d'autres rapports l'objet désigné d'une façon générale par le substantif d'où il dépend. L'influence du grec est sensible dans un grand nombre de ces tournures, et l'usage, à cet égard, est variable chez tous les écrivains en vers et en prose. Chez Horace, on peut noter quelques particularités intéressantes, par rapport aux génitifs dé^ pendant, soit de substantifs ou d'adjectifs, soit de verbes.
Le génitif après un substantif indique fréquemment la qualité de la personne ou de la chose. Les Satires en présentent d'assez nombreux exemples, soit après un nom propre, soit après un nom commun, même sous-entendu :
Pacetus, Emuiictœ naiis, durus compohere versus.
1. STSçavouaOaï '0Xù[;.7:ia. Plat., Ion, p. 530 B. "A^c Syj, Sttwç x.al xà IlàvTjOrjvatà vt/,Yjao[/.£V (Orelli.)
ET DE LA MÉTRIQUE d'hORAGE 95
Di bene fecerunt, inopis me quodque pusUli Finxerunt animi.
Iniquse mentis asellus.
(Maecenas) Paucorum hominum et mentis bene sanse.
Scilicet egregii mortalem altique silenti.
Nasidiene, redis mutatcc frontis.
Magni formica laboris.
Ditior aut formœ melioils.
Dans les Epodes, nous lisons :
Masculœ libidinis Arimineusem Foliam.
(Epo. 5, 41.)
Nec firmo juveni nec naris obesce.
(Kpo. 12, 3.)
Impia perdemus devotl sanguinis retas.
(Kpo. 16, 9.)
Dans les Odes, quatre cas seulement :
Neu multi Damalis mer!
Bassum Threicia vincat amvstide.
Multi Lydia nominis.
Constantis juvenem fide.
Et centimi puer avtium.
Enfin ddinsV Art poéltqnc,\. 320 :
Fabula nullius veneris.
Cette tournure traduit souvent des composés grecs ou archaïques : « centum artium » répond' à icoXuTéxvoç; « multi nominis », à •jroXutJbvuiJi.oç ; « multi meri », à « multibiba » , que Plautc emploie avec « merobiba » (phoi^ôvriq) K Dé môme « masculae libidinis » et « magni laborîs » rappellent àffev^ixopçoç, àfpsvoTCpézYjç, çtXéxovoç; c'est ainsi que (( seri studiorum » correspond au grec èt^ii^aÔsTç ; « imbrium divina », à u£T6[;.avTtç ; « cultus miser », à TaXàç zoù 6tot); « nullius veneris », ààva^péâtToç ; « multi capitis »,à
Le génitif est très fréquent en latin dans le sens partitif après un superlatif, ou après les mots « multi, pauci, plerique, aliqui ^ » . On le rencontre aussi après un positif, et ce tour est ordinaire aux poètes grecs ^. Il y en a quelques exemples chez Horace, et en particulier dans les Odes :
Natales aliosve dierum.
Superis deorum Gratus et imis.
Virginum primas puerique clans Patribus orti ♦.
1. Cicéron dit aussi : « Non multi cibi hospitem y^ {Ad fitm. 9, 2&} et Ovide : « Nimiique Elpenora vini » {Met. 14, 258).