C. Bock, De metris H. lyricis, Rendsburg
2. Cat. 4 : «^ Phaselus ille », et 29 : « Quis hoc potest videre, quis hoc pati ». n est à. remarquer que ce raffinement, à la mode alexandrîne, se trouve précisément dans celle des épodes que Ton considère comme la plus ancienne du recueil. Signalons, à ce propos, une singulière explication donnée, dans une thèse récente, par un jeune docteur de Kiel, M. Caroliw Bock, du fameux passage :
Primus ad extremum similis sibi : non ita pridem, Tardior ut paulo graviorque veniret ad aures, etc.
« Similis sibi » voudrait dire que l'iambe est composé de trois mètres avec ou sans spondées; « non ita » serait Tantécédent de « ut paulo... ». I/iambe autrefois (pridem) était homogène, mais non au point de devenir lent et lourd ; car il admettait le spondée, sauf au second et au quatrième pied. L'auteur de cette interprétation reconnaît bien ce qu'aurait de bizarre la succession des propositions et la séparation en deux de lalocution «non ita pridem »; mais il ne remarque i>as qifil ne traduit pas «paulo », sans comp-
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ailleurs le spondée, comme chez les Grecs, s'introduit aux pieds impairs. Les Grecs décomposent souvent Tiambe en trois brèves, ou lui substituent même un dactyle ou un anapeste. Ce dernier pied est très rare chez Horace ; il n'y en a que deux incontestables, tous les deux au premier pied :
Pavidumque leporem et advenam laqueo gruem.
(Epo. 2, 35.)
Positosque vernas, ditis examen domus i .
(Epo. 2, 65.)
Les dactyles sont plus nombreux; il y en a onze, dont trois au troisième pied, et huit au premier :
Canidi&f parce vocibus tandem sacris.
(Epo. 17, 6.)
Alitibus atque canibus homicidam Hectorem.
(Epo. 17, 12.)
Optât qmetem Pelopis infldi pater.
(Epo. 17, 65.)
Deripere Limam vocibus possim meis.
(Epo. 17, 78.)
Hœc ubi locutus fenerator Alfius.
(Epo. 2, 67.)
Canidieit brevibus implicata \iperis.
'(Epo. 5, 15.)
ter qu'Horace divise incontestablement le trimètre en six parties : « cum senos redderet ictus... non ut de sede secunda Cederet aut quarta ». Ne pourrait-on pas expliquer : « Primus ad extremum similis sibi non ita pridem », *riambe qu'on a vu récemment sans spondées »? Ce serait une allusion à. Tusage alexandrin qu'Horace adopta dans l'épode 16, pour revenir ensuite à la règle ancienne et commune.
1. Dans le vers cité Epo. 2, 35, au cinquième i)ied, nous considérons laqueo comme un iambe avec synérèse. De même Epo. 5, 79, « Priusque caelum sidet inferius mari », et Epo. 11, 23, « Nunc gloriantis quamlibet mulierculam rff nous comptons le cinquième pied comme spondaïque avec synizèse de 1'*.
Quid dixit aut quid tacuifi rébus meis.
(Epo. 5, 49.)
Sed dubius unde rumperet silentium.
(Epo. 5, 85.)
Qiiin ubi perire jussus exspiravero.
(Epo. 5, 91.)
Quo, quo scelesf/ rintis'i aut cur dexteris.
(Epo. 7, 1.) 7on*us udo cum remugiens sinus.
(Epo. 10, 19.)
Les tribraques sont plus nombreux encore ; il y en a onze au deuxième pied, quatre au troisième, deux au quatrième, et un au premier. Deux vers en renferment chacun deux : Epo. 17, 12, « Alitibus aXque canibushomecidam Hectorem »; et id., 74, a Vectaôor umevis tune ego memicis eques » . Voici les autres :
InfamîJ Helena^ Castor ofTensus vice.
(Epo. 17, 42.)
Ingra^a misevo vita ducenda est in hoc.
(Epo. 17, 63.)
Pecusre Calahris ante sidus fetvidum.
Libet iacere modo sub antiqua illice.
(Epo. 2, 23.)
QUodsi pudica midiev in partem juvet.
(Epo. 2, 39.)
Aut herôa /oprttlii prata amantis et gravi.
(Epo. 2, 57;)
Has inier epu\a.s ut juvat pastas oves.
(Epo. ^, 61.)
Nec umniia timevi^ efficacis Herculis.
(Epo. 8, 17.)
Canidia, brevihu?, implicata viperis.
(Epo. 5, 15.)
At expediïa Sagan^i, per totam domuiii.
(Epo. 5, 25.)
Insur^a; Aquûo, quantus altis montibus.
(Epo. 10, 7.)
Sed alius ardor aut puellse candidse.
(Epo. 11, 27.)
Il faut remarquer cependant que plusieurs de ces licences se justifient par la présence de noms propres ou de mots grecs, tels que « Canidia, Pelopis, lonius, Helenœ, Calabris, lapathi, Sagana, Aquilo » ; dans un très grand nombre de ces pieds de trois syllabes, Tune d'elles devait facilement disparaître par la prononciation, comme dans les mots « mulier, epulas, Canidia, alius, ruitis, tacuit, dubius, lonius ».
A part le trimètre, le dimètre est le seul vers iambique employé dans les Epodes. Ce vers, composé de quatre pieds, ne présente que très exceptionnellement des pieds de trois syllabes. On y trouve un tribraque : Epo. 2,62, « Yidere properdiXiies domum »; et trois dactyles : Epo. 3, 8, « CmiidiB. tractavit dapes » ; 5, 48, « Canidia rodens poUicem » ; 18, 24, « Ast ego vicissim risero ».
Le dimètre entre aussi dans la composition des vers iambo-dactyliques ; il y est précédé d'un hémistiche daclylique, comme dans l'épode 11 : « Scribere versiculos amore percussum gravi ». Dans Tépode 13, au contraire, l'hémistiche dactylique est placé après le dimètre iambique: « Nivesque deducunt Jovem; nunc mare, nunc siluae ». Ces deux sortes de vers sont asynartètes, c*està-dire que les deux parties en sont séparées par la syllabe indifférente ou par l'hiatus, qui caractérisent la fin du vers. Dans les vers composés des autres livres, comme nous le verrons plus loin, on ne trouve plus rien de semblable. Dans l'hémistiche iambique, l'iambe n'est jamais remplacé par un pied de trois syllabes.
Les vers iambiques, employés dans les Epodes, ne se
retrouvent plus dans les Odes. Le trimètre y apparaît seulement sous la forme catalectique, plus favorable à la construction des strophes, 0.1,4: «Trahuntque siccas machinée carinas»; et 0. II, 18: « Mea renidet in domo lacunar ». Dans les deux pièces, on ne relève qu'une décomposition de riambeen tribraque, 0. II, 18, 34 : « Regumque pueris^ nec satelles orci ». On ne rencontre plus de vers asynartètes que dans une ode du premier livre, « Solvitur acrishiems » ; ils sont composés d'une tétrapodie dactylique, suivie de trois trochées; mais Horace, contrairement à l'usage suivi par son modèle Archiloque, et par lui-même dans les Epodes, a complètement banni la voyelle douteuse et l'hiatus entre les deux parties.
Les Epodes ne se distinguent pas moins par la combinaison des vers entre eux que par leur composition.
A l'exception de l'épode 17, les autres pièces sont écrites en strophes de deux vers. Les combinaisons, empruntées ou imitées d'Archiloque, sont fort simples. Le trimètre est suivi du dimètre (Epo. 1-10), comme l'hexamètre est uni au tétramètre dactylique (Epo. 12), pour former la strophe alémanique, qu'Horace a peutêtre inventée. L'hexamètre forme, avec le dimètre et avec le trimètre iambiques, les strophes pythiambiques (Epo. 14, 15, 16). Enfin le dimètre iambique s'intercale entre l'hexamètre et l'hémistiche dactylique, oa inversement l'hémistiche dactylique s'intercale entre le trimètre et le dimètre iambiques. Ces deux dernières combinaisons sont, suivant le grammairien Diomède, des inventions d'Horace. De ces sortes de strophes, une seule se retrouve dans les œuvres postérieures; c'est l'alcmanique (0. I, 7 et 28), avec cette dijBérence que ces deux dernières pièces, comme toutes les
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Odes 1, se partagent en quatrains, tandis que le nombre des vers de Tépode 12 n'est pas divisible par quatre. En outre, le premier et le quatrième livre renferment chacun une pièce épodique d'une mesure qui ne se trouve pas dans les Epodes ; ce sont les mètres dits premier et second archiloquiens, dont l'invention est attribuée à notre poète :
Diffugere nives, redeunt jam gramina campis Arboribusque coraîe.
Solvitur acris hiems grata vice veris et Favoni, Trahuntque siccas raachinse carinas.
On ne peut s'empêcher de remarquer l'analogie des sujets traités dans ces pièces. A part ces quatre exceptions, Horace n'a jamais, dans ses odes, employé les
1. Excepté toutefois Tode Donavem ^mteras (IV, 8j, qui renferme trentequatre vers, suivant tous les manuscrits. Mais le texte en est manifestement altéré ; les corrections que Ton a tentées ne répondent pas suffisamment à l^outesles critiques. Je supprimerais volontiers les six derniers yeva, dont la pensée me parait bien étrange. Quoi ! c'est la Muse qui place au ciel Hercule, Castor et Pollux. En supposant qu'Horace ait voulu dire: « la Muse célèbre les exploits de ces demi-dieux, et fait connaître leur apothéose », comment expliquer le dernier vers : « c'est grâce aux poètes que Bacchus exauce les vœux des hommes, Liber vota bonos ducit ad exitus » ? Ou le vers n'a pas de sens, ou il renferme une impiété fort déplacée. La pièce se terminerait fort bien, ce me semble, sur la pensée générale : « Dignum laude virum Musa vetat mori ». Ce qui suit: « Ctelo Musa beat », etc., me paraît être une maladroite paraphrase. Si nous arrêtons la pièce au vers 28, elle se partagera en quatrains, comme toutes les Odes ; mais toutes les difficultés ne seront pas levées, n restera une césure insolite : « Non incendia Carthaginis impiîe » (v. 17); il restera, au vers 18, cet eJiiSj qui est au moins inutile, sans compter d'autres critiques plus ou moins spécieuses. Mais si l'on ne reconnaît pas avec certitude quelles sont les interpolations, on ne peut du moins en nier Texistence. Voir, au sujet de cette Ode, une intéressante brochure de J. Haeussner (Fribourg, 1876}, dont les conclusions d'ailleurs sont foi-t contestables.
mètres dont il s'est servi exclusivement dans ses premières œuvres.
Les vers iambiques et dactyliques, ou composés d'iambes et de dactyles, n'apparaissent que très rarement dans les Odes; le trimètre iambique cafalectique se rencontre deux fois (I, 4 et II, 18); le vers héroïque, deux fois (I, 7 et 28); le tétramètre et le trimètre dactyliques catalectiques, l'un deux fois (I, 17 et 28), l'autre une seule (IV, 7) ; le grand archiloquien, une fois seulement (I, 4). Tous les autres vers sont des trochaïques, avec ou sans dactyles; deux seulement sont composés uniquement de trochées: l'hipponactique ou dimètre catalectique , employé une seule fois, « Non ebur neque aureum » (0. II, 18), et l'ennéasyllabe, qui occupe la troisième place dans la strophe alcaïque, « Caementa demittit redemptor »; dix sont formés de trochées et de dactyles : on les appelle pour cette raison logaèdes.
C'est là le véritable vers lyrique d'Horace : il a réuni ces deux pieds en dix combinaisons différentes, qui se trouvent toutes dans les deux premiers livres des Odes. Le vers le plus élémentaire du rythme logaédique est le petit vers adonîque, composé d'un dactyle et d'un trochée, souvent remplacé par un spondée ; sur 205 vers adoniques, 123sont terminés par une longue, 82par une brève*.
Horace a employé aussi deux espèces de tripodie logaédique, différant seulement l'une de l'autre par la place du dactyle. Dans le vers aristophanique, « Lydia, die, per omnes», le dactyle est suivi de deux trochées; le dernier est généralement remplacé par un spondée. Dans le phérécrate, le dactyle se trouve entre un spon-
L Schiller, Die lyrischen Versmasse des Horaz, Leipzig, 1869; p. 27;
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dée et un trochée : « Grato, Pyrrha, sub antro ».
Vient ensuite une tétrapodie catalectique; c'est le glycon, employé par Catulle, à Texemple d'Anacréon ou de Sapho ^
Les deux logaèdes les plus usités et les plus complets sont les deux pentapodies, saphique et alcaïque; la première constitue le vers, d'un mouvement si tranquille et si harmonieux, qui se répète trois fois dans la strophe saphique, « Jam satis terris nivis atque dirœ » ; le dactyle est précédé d'un trochée et d'un spondée, et suivi de deux trochées ; la dernière syllabe est généralement longue, 406 fois sur 615 vers ^,
L'hendécasyllabe alcaïque est d'une cadence difiTérente : le dernier trochée est catalectique, et le premier est précédé d'une syllabe de prélude, « Odi profanum vulgus et arceo », ce qui donne au vers et plus de vigueur et plus de solennité.
Les autres logaèdes que l'on rencontre dans Horace sont des vers complexes, et formés des mêmes éléments que les précédents. L'asclépiade mineur, « Mœcenas atavis édite regibus », comprend un phérécrate et un aristophanique, tous les deux catalectiques ; le grand asclépiade intercale, entre ces deux éléments, un adonique également catalectique : « Tu ne quaesieris — scire nefas — quem mihi, quem tibi ».
De même, le saphique majeur est composé d'une tétrapodie catalectique, où le dactyle occupe le troisième rang, comme dans le vers saphique, et d'un phérécrate « Te deos oro, Sybarin — cur properes amando ».
Le décasyllabe alcaïque, par un procédé différent*