PROSODIE, HIATUS, ÉLISIONS DANS LES OEUVRES D HORACE
Pour ce qui concerne la quantité des syllabes, Horace, même dans celles de ses œuvres où il est le plus libre, peut être considéré comme un versificateur des plus rigoureux. Jamais il ne néglige les règles de la position, à l'exemple des anciens scéniques ; jamais il ne supprime la consonne finale des nominatifs en us ou en w, malgré l'usage reçu, même par les dactyliques, jusqu'à Cicéron; jamais il n'allonge même l'enclitique que^ comme firent Virgile et Ovide, à l'imitation d'Homère. H est facile de compter les mots, même les noms propres, où il conserve une quantité archaïque, ou semble en adopter une nouvelle. Dans les Satires, il emploie, S. II, 3, 191, reducere (ou redducere) avec la première longue, comme Lucrèce : « Di tibi dent capta classem redducere Troja » . Dans les Epîtres, il abrège la première syllabe de glomusj employée comme longue par Lucrèce, Epi. I, 13, 14 : « Ut vinosa glomus furtivœ Pyrrhia lanae ». Dans les Odes, Vo de Proserpina est abrégé une fois, 0. II, 13, 21 :
<r Qaam paene furvae régna ProserpinaB » ; tandis que 0. 1, 28, 20, Horace se conforme à l'usage ordinaire. Il est difficile d'ailleurs de savoir dans ces mots quelle quantité se rapproche davantage de la prononciation correcte ; si ce sont là des licences propres à notre poète, elles ne diffèrent pas de celles des écrivains les plus sévères. On sait que les poètes latins traitent les noms propres avec une certaine liberté. Si Virgile varie la quantité de la première syllabe de « Diana » , de « eous »; s'il l'allonge dans « Itala, Italia, Italides, Priamides », faut-il s'étonner qu'Horace emploie avec des quantités différentes « Apulus » et « Apulia » ; qu'il allonge la première syllabe de « Mamurrse » , abrégée par Catulle ; qu'il fasse tantôt long, tantôt bref, Vide « Diana » ?
Il sera plus intéressant de rechercher quel usage il a fait, dans ses différentes œuvres, des procédés d'allongement ou d'abréviation, employés par les poètes latins pour introduire dans les vers des mots que leur quantité régulière en écarte.
Nous trouvons chez lui, en effet, un certain nombre de syllabes dont la quantité est modifiée, soit dans le corps du mot, soit à la fin. Examinons successivement les abréviations et les allongements.
Nous avons parlé déjà de la syncope, qui altère l'aspect même et la forme du mot ; la synérèse ou synizèse, sans toucher à l'orthographe, modifie la mesure : elle transforme deux voyelles consécutives en une diphthongue, ou donne à une voyelle la valeur d'une sorte de consonne.
Si l'on compare Horace aux autres classiques, il faut reconnaître qu'il ne s'éloigne pas de l'usage ordinaire, et que les synérèses employées par lui le sont également par Virgile, Ovide, Properce. Il faut distinguer d'abord
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celles qui sont empruntées aux anciens poètes, et celles qui portent sur la terminaison des substantifs et adjectifs en eus, et que Catulle le premier a imitées des Grecs. Parmi les premières, nous trouvons deux fois, mais dans les Satires seulement, un o fondu avec une autre voyelle :
Heredes voluit ? Quoad vixit, credidit ingens.
Pasco libatis dapibus. Prout cuique libido est.
Quant à 1'^, Horace ne le contracte que dans les formes employées toujours ainsi par les autres classiques : déesse^ anteity deinde^ deinceps^ antehac^vemens (Epi. 11,2, 120 : « Vemens et liquidus »), et les composés de prehendo (S. I, 2, 131 et 134 ; 4, 114 ; II, 7, 43 ; I, 10, 33 ; et Epi. 1,18,39).
Pour les synérèses grecques, il est à remarquer qu'on n'en trouve chez lui que dans les mots de trois syllabes, réduits ainsi à deux. A part un exemple dans les Epîtrès (Epi. I, 7, 91 : « Durus, ait, Vultei, nimis attentusque videris »), et un dans le deuxième livre des Odes (II, 7, 5 : « Pompei meorum prime sodalium »), tous les deux sur des noms propres, on en rencontre trois dans les Satires :
Ne corporis optima Lyncei.
Abdiderint furtim terris, et imagine cerea.
Pinguem vitiis albumque nec ostrea.
On peut voir encore un cas semblable dans les Epodes :
Pavidamque leporem et advenam Ictqtieo gmem '•
(Epo. 2, 35.)
La synizèse proprement dite supprime une syllabe par la transformation de Vu ou de Yi en consonne ou demi-consonne. Il y en a deux cas dans les Odes :
Vos lene consilium et datis et dato.
Hinc ovaxie principium. hue refer exitum.
trois dans les Epodes :
Priusque cselum sidet inferiiis mari.
(Epo. 5, 79.)
Nunc glonaatis quamlibet mulierculam.
(Epo. 11, 23.)
Qui sudor vietis et quam malus undique membris s.
(Epo. 12, 7.)
à moins qu'on ne fasse de « vietis » un anapeste, bien que Ve soit long chez Lucrèce ^. Il y en a trois cas également dans les Satires :
Vindemiator et iuvictus.
Ut Xajt idieni juvit te cena beati?
Si memini, Varius, cum Servilio Balatrone.
Il faut scander aussi de cette façon le mot « pituita » en trois syllabes :
1. Cf. 0. III, 7, 4 : « Constantis jnvenem j^dei » (ou fidâ),