‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 71 sur 87 · Cf. 0. IV · texte numérisé non relu

Cf. 0. IV

Jule, ceratis ope Dredalea.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 159

Lenta feret pituita,

Prsecipue sanus, nisi cum pituita molesta est.

(Epi. I, 1, 108.)

VU que rantépénultième est employée comme longue par Catulle, dans un hendécasyllabe où il forme nécessairement deux trochées : « A te sudor abest, abest saliva, Mucusque et mala pituita nasi » (Cat. 23, 17). Il faut noter aussi, dans la VP Satire du P' livre, v. 39 :

Deicere de saxo cives aut tradere Cadmo.

Cette leçon est ^donnée par les meilleurs manuscrits; « deicere » forme un dactyle, comme « eicere » chez Lucrèce, et « reicere » dans le poëme de la CiriSyV. H8 ^ En résumé, les premières œuvres sont donc de beaucoup les plus libres à cet égard ; le quatrième livre des Odes et VArt poétique ne présentent même aucun exemple de synérèse ni de synizèse. On peut noter, en passant, qu'on n'y trouve non plus aucune consonne vocalisée par le procédé inverse, comme dans Lucrèce, Catulle, et même Tibulle. Il y en a six dans Horace, dont deux dans les Satires :

Cum mihi non tantum furesque ferœque suetœ.

Pluribus adsuerit mentem corpusque superbum.

Une autre plus hardie, dans les Épodes, est reproduite dans les Odes :

Nivesque deducunt Jovem ; nunc mare, nmic silucpi

(Epo. 13^ 2.)

li L* MtUler, De re m., p. 271.

Aurarum et siluœ metu.

C'est ainsi encore qu'il emploie deux fois la forme « miluQS » et non « milvus » :

Adulteretur et columba niiluo.

(Epo. 16, 32.)

Suspectes laqueos et opertum miluus hamum.

(EpL 1, 16, 51.)

Quant aux syllabes finales, longues de leur nature, elles sont rarement abrégées par Horace, et il ne s'éloigne pas de la pratique ordinaire des classiques. Outre les mots iambiques, adverbes, pronoms ou impératifs, fréquemment employés et où la dernière syllabe est considérée comme pouvant s'abréger légitimement, on rencontre une fois chez lui « supernë », à l'imitation de Lucrèce, dans un passage dont l'authenticité a été contestée, sans raisons décisives il est vrai :

Jam jam residunt cruribus asperœ Pelles et album mutor in alitem Sicperne, nascunturque levés Per digitos umerosque plumse .

Mais c'est Vo final dont la quantité a le plus sensiblement varié chez les poètes latins. Chez Lucrèce et Catulle, on trouve déjà un certain nombre de noms et de verbes de deux syllabes dont la finale o s'abrège : « homo, scio, dabo, puto ». Horace fait de même un pyrrhique des mots « eo, veto », S. I, 6, 119 : « Deînde eo dormitum »; et S. I, 1, 104 : « Cum veto te fieri ». Il emploie même comme dactyles « dixero, mentio, quomodo », S. 1, 4, 104 : « Dixero quid, si forte jocosius »; S. I, 4, 93 : « Lividus et mordax videor tibi? Mentio si

qua » ; et S. I, 9, 43 : « MîBcenas quomodo tecum », ce dernier à rimitation de Plaute. C'est ainsi encore qu'il introduit dans l'hexamètre le nom propre a Polio » , sans élider la finale comme l'a fait Virgile : S. 1, 10, 42, « Polio regum Facta canit »; et id,^ 8S, a Polio, te Messala ». Il emploie le même nom comme dactyle dans la première ode du deuxième livre, v. 14 : <t Et consulenti. Polio, Guriœ ». Sans autre exception que ce dernier exemple, toutes les hardiesses de ce genre se rencontrent dans les Satires, et uniquement dans le premier livre. N'est-on pas en droit de conclure qu'Horace s'est cru obligé de renoncer ensuite à une licence qu'il avait adoptée dans ses premiers écrits, tandis que l'usage en fut, au contraire, conservé, étendu même par Ovide, Properce, Lucain. Perse et Juvénal?

On trouve aussi, dans les Épodes, (9, 17) Ve de la désinence abrégé au parfait : « Ad hoc frementes verterunt bis mille equos ». Il y a des exemples analogues chez Térence et Virgile. Horace n'en présente que deux autres, un dans les Satires, et un dans les Épîtres (S. I, 10, 45 ; Epi. 1, 4, 7). Il n'y en a pas dans les Odes.

Horace a usé plus largement de la faculté d'allonger, dans certains cas, les syllabes finales.

La voyelle finale n'est jamais allongée devant un mot commençant, par deux consonnes ou par une consonne double. Cette licence, assez fréquente chez Enniuset Catulle, se rencontre pourtant encore, comme une excep*tion très rare, chez Tibulle, Lucain, Silius^ Stace, Sénèque et Martial. Horace l'a évitée avec autant de soin que Virgile, Ovide et Properce.

Il est moins sévère pour l'usage du sigmatisme, au moins dans les Satires, où l'on en rencontre jusqu'à huit exemples ; chez Lucrèce même la proportion est moin-

dre; Virgile ne Ta employé qu'une fois, et encore à une place et avec une ponctuation qui atténuent la licence : En.^ XI, 309, « Spem si quam adscitis ^Etolum habuistis in armis, Ponite. Spes sibi quisque ». Sur les huit cas de sigmatisme que présentent les Satires, trois tombent sur la première brève du dactyle, et cinq sur la deuxième. D'autre part, trois se rencontrent au cinquième pied, et tous les trois dans le premier livre :

Contra alius nuUam nisi olenti in fornice stantem.

Si quod sit vitium, non fastidire : strabonem.

Linquimus, insani ridentes prsemia scribœ.

Trois tombent au premier pied :

Ssepe stylum vertas.

Quem mala stultitia.

Hsec mihi Stertinius.

Il y en a également un au quatrième pied :

Procôros odisse lupos? Quia scilicet illis.

et. un au deuxième :

Velatumque stolâ.

encore, dans ce dernier cas, la voyelle abrégée est-elle suivie d'un mot grec, ce qui excuse, même chez TibuUe et Lucain, quelques négligences semblables de la posi-

ET DE LA* MÉTRIQLE d'hORACE 163

tion. On ne trouve aucune exception à la règle ordinaire dans les autres œuvres d'Horace, même dans les Epîtres.

Si jamais il n'allonge une voyelle finale devant une consonne double, à plus forte raison ne le fait-il pas devant une consonne simple, même à la césure; on ne trouve chez lai aucun exemple d'allongement semblable à celui que Virgile s'est permis dans l'hexamètre suivant : « Dona dehinc auro gravia sectoque elephanto ^ » . Horace allonge assez rarement aussi les syllabes finales terminées par une consonne. Les hexamètres ne présentent cette licence que dans l'arsis ^, le plus souvent à la césure principale, et, à part deux exceptions (S. I, 4, 82; II, 3, 1), la syllabe allongée est précédée de deux brèves. Dans six vers, elle précède la césure semiquinaire :

Qui non défendit alio culpante, solutos.

Callidus ut soleat humeris portare viator.

Confldens tumidus, adeo sermonis amari.

Si mala condiderit in quem quis carminajus est.

Ne quis humasse velit Ajacem, Atrida, vetas cur ?

Si raro scridis, ut toto non quater anno.

1. S. I, 3, 7, il faut lire Bacchœ et non Bacche : « Usque ad ^ala citaret : io Bacchœ! modo summa », etc^

2. Je n'admets pas « Quo melior vir est » (S. 1, 10, Préamb. 4), et je considère comme apocryphes ces huit vers d'introduction. 0. I, 15, 30, je Us « Ignis Pergameas domos », au lieu de Iliacas, bien qu on puisse voir dans « Ignis » un souvenir de la quantité primitive. (Précis de la Déclinaison latine, par F. BUcheler, trad. L. Havet, p. 2Q:)

164 DES VARIATIONS DE kA LANGUE

Dans ce dernier cas seuleraent, c'est la finale de la deuxième personne du présent de Findicatif, à la troisième conjugaison, qui est allongée. Deux fois l'allongement a lieu devant la césure semiseptenaire :

Galloni prseconis crat acipensere mensa.

(S. ir, 2, 47.)

Exclusus qui distat, agit ubi secum, eat an non.

sans compter le vers :

Ciim gravius dorso suhiit onus.

OÙ la finale de « subiit » peut être considérée comme foncièrement longue. Ajoutons comme possible :

Extimui, ne vos ageret insania discors.

Enfin, Ton trouve deux fois, dans les Satires, une syllabe finale allongée au temps fort du deuxième pied; mais, dans ces deux cas, elle peut être justifiée parle souvenir d'une quantité archaïque :

Misciieris elixa, simul conchylia turdis.

Andieris hères : ergo nunc Dama sodalis.

Dans les Épîtres, on trouve de môme « fueris » formant un anapeste :

Ne fueris liic tu.

(Kpl. I, 6, 40.)

On rencontre deux fois encore cette quantité archaïque dans une pièce dactylique du quatrième livre des Odes :

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 165

Cuncta manus avidas fiigient heredis, amico

Quse dederis animo.

Cum semel occideris et de te splendida Miiios.

(0. IV, 7, 20 et 21.)

Mais, ni dans les Épîtres, ni dans le quatrième livre des Odes, il n'y a un seul exemple de finale foncièrement brève, allongée par TefTet de Tarsis.

Les licences que Ton rencontre dans les trois premiers livres des Odes sont également atténuées. Quatre se trouvent après la césure principale , correspqndant à la semiquinaire de l'hexamètre :

Certa sede manet, umor et in'genas.

Angulus ridet, ubi non Hymetto.

Si non periret inmiserabilis .

Quam si, quidquid arat impiger Apulus.

On remarquera que cette voyelle a, e, reste longue lorsqu'elle cesse d'être finale, comme dans les formes « manemus, periremus, aramus ». La finale d'un mot semblable est allongée à la deuxième arsis du vers suivant :

Cseca timet aliunde fata i.

Dans deux autres vers, la finale allongée est suivie d'un mot grec :

Perrupit Acheronta Herculeus labor.

1. Le sens ne permet pas, à ce qu*il me semble, d'accepter ve, placé par Lachmann après « timet », malgré Tunanimité des manuscrits.

Si figit adamantinus.

C'est donc dans les Satires seulement que l'on trouve des syllabes absolument brèves allongées par le seul effet de la césure.

Il y a une frappante analogie entre la licence dont nons venons de parler et celle qui consiste à laisser subsister à Tarsis l'hiatus d'une voyelle finale longue. Il y en a six exemples dans les premières œuvres d'Horace, sans compter, bien entendu, l'hiatus des exclamations monosyllabiques « 0, a »; deux se rencontrent après rhémistiche pentamétpique des vers asynartètes :

Fervidiore mero arcana promorat loco.

(Epo. 11, 14.)

Vincere mollitie amor Lycisci me tenet.

(Epo. 11, 24.)

et un autre, après la césure semiquinaire, dans un tétramètre dactylique :

Ossibus et capiti inhumato *.

On en trouve deux autres cas, d'une part à l'arsis du cinquième pied, dans un hexamètre des Satires :

Illuc, unde abii, redeo, nemo ut avarus *.

1. 0. II, 20, 13, il faut lire : « Jam Dsedaleo notior Icaro », et non pas « ocior ». En adoptant « notior », donné par de bons manuscrits et qui présente un sens préférable, on fait disparaître Tunique hiatus qui se rencontre dans les v(îrs non dactyliques ou iam biques.

2. J'adopte la leçon « nemo ut avarus Se probet », donnée par un certain nombre de manuscrits, entre autres le plus ancien des Blandini, et j'explique : « Je re\dens à mon sujet : combien il est vrai de dire que Tavare

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 167

et d'autre part à celle du premier pied, dans un hexamètre des Épodes, devant un nom propre il est vrai :

Threicio Aquilone sonant.

(Epo. 13, 3.)

Enfin c'est également dans un nom propre que Ton rencontre le seul exemple d'hiatus qu'Horace se soit permis dans les vers iambiques :

Et Esquilinsc alites.

(Epo. 5, 100.)

Il n'y a aucun cas semblable dans les trois derniers livres des Odes, ni dans les Épîtres.

n'est jamais content de son sort ». Ut n'a-t-il pas un sens analogue dans les vers suivants :

Nonne \'ides, Albi ut raale vivat filîus.

Ut quo quisquG valet suspectos terreat, utque Imperet hoc natura potens, sic coUige niecum.

Ut semper gaudes inludere rébus Humanis.

ainsi que dans les œuvres lyriques :

Ut melius quidquid erit pati.

Pluraque felices mirabimur, ut neque largis Aquosus EuruR arva radat inibribus, Pinguia nec siccis urantur somina glsebis.

(Epo. 16, 53.)

Notons, dans ce dernier exemple, le subjonctif et aussi la négation, comme dans le passage qui nous occupe.

Le seus, avec « nemo ut avarus », me paraît donc plus clair qu'avec les autres leçons des manuscrits : « qui nemo, nemone ut ». Cette multiplicité des leçons semble indiquer que les copistes ont voulu éviter un hiatus qui les étonnait.

Une espèce difTérente d'hiatus tombe à la deuxième syllabe du dactyle : la voyelle finale longue, ou suivie de la consonne m, au lieu de s'élider, s'abrège. Ici encore Horace est beaucoup plus réservé, non-seulement que Lucilius, Ennius et Lucrèce, mais que Virgile luimôme. Les deux seuls exemples que l'on en trouve appartiennent aux Satires :

Si me amas.

Cocto nûm adesthonor idem?

Horace n'a jamais abrégé, comme l'a fait quelquefois Virgile, la voyelle finale à la deuxième syllabe de la thésis , à moins que Ton n'admette , au vers 6S de V Art poétique, la variante <t sterilisve palus dm aptaque remis ))^ plus satisfaisante au point de vue de la métrique que le texte ordinaire, diu palus, mais qui ne s'appuie pas sur l'autorité des manuscrits. Jamais non plus il n'a conservé l'hiatus sur une voyelle brève, comme on le encontre deux fois chez Virgile :

Addam cerea pruna : honos erit huic quoque pomo.

{Bue, n, 53.)

Et vera incessu patuit dea. lUe ubi matrem.

{En,, I, 405.)

L'hiatus, avec ou sans abréviation, n'est en somme qu'une très rare exception, tout à fait contraire au génie latin. L'élision réelle, c'est-à-dire la suppression

d'une voyelle, n'est pas non plus un procédé latin : elle n'est usitée que pour les formes es^ est^ précédées d'un mot terminé par une voyelle ou par la consonne m. C'est alors Ve initial qui tombe. L'élision ordinaire est plutôt une sorte de synérèse, analogue à celle qui se produit entre deux voyelles dans l'intérieur des mots : les deux voyelles se fondent dans la prononciation, sans qu'aucune des deux disparaisse entièrement. Il en résulte tout naturellement que l'élision des brèves doit être plus fréquente que celle des longues, et que la seconde voyelle, sur laquelle se fait l'élision, est plus rarement brève que longue ; par conséquent, l'élision d'un monosyllabe, ou celle de la dernière syllabe de l'iambe ou du crétique, est généralement évitée, surtout si le mot suivant commence par une brève.

Les habitudes des poètes difTèrent considérablement par rapport à l'élision : à l'imitation des scéniques, les premiers poètes dactyliques l'ont employée avec une très grande liberté; mais cette liberté est allée en décroissant, surtout à partir d'Ovide, qui est à cet égard beaucoup plus sévère que Virgile. A mesure qu'ils sont plus rigoureux, les poètes observent plus scrupuleusement les règles que nous avons indiquées. Ainsi Virgile a environ une élision sur deux vers, Ovide une sur six vers, Glaudien en a moins encore ; et, dans les sept cent cinquante-six vers du premier livre de V Enéide^ on voit trois cent cinquante-cinq élisions, dont quatre-vingtcinq de voyelles longues, et deux cent soixante-dix de brèves ou de voyelles suivies de m; Ovide, dans le premier livre des Métamorphoses^ sur sept cent quatrevingt-neuf hexamètres, a huit élisions de longues, vingttrois de syllabes en m, et soixante-dix-neuf de voyelles brèves; Stace, sur les sept cent vingt premiers vers de

VAchilléide^ a vingt et une élisions de longues, huit de syllabes en m, et cent huit de brèves ; Claudien, sur mille cinq vers, a cinquante-neuf finales élidées, dont deux longues, onze en m, et quarante-six brèves ^

En général, c'est dans les vers dactyliques que Télision est le plus fréquente et le plus libre. Horace n'y suit pas la même loi que dans les vers lyriques. Ainsi, sur cent vingt vers des Epodes (Epo. 4 et 6), nous trouvons quinze élisions; sur cent vingt. vers du troisième livre des Odes (0. III, 1 et 2), il y en a douze; dans un nombre égal de vers des Satires (I, i, i-120), il y en a jusqu'à trente-sept; et, dans les cent vingt premiers vers de la deuxième épître du livre II, on en rencontre dix-huit. Les Épîtres tiennent donc le milieu entre les Satires et les poëmes lyriques.

De même, les Satires présentent deux élisions à la fois dans cent cinquante vers, trois dans vingt-neuf vers, quatre même dans deux vers :

NuUane habes vitia? Immo alia, et fortasse minora.

Damnati populo paria atque epulum arbitrio Am.

Dans les Epîtres, on rencontre deux élisions dans cinquante vers, quatre dans un vers seulement :

Paullatim vello, et démo unum, démo et item unum.

(Epi. n, 1, 46.)

et trois dans cinq vers :

Quid verum atque decens euro et rogo et omnis in hoc sum.

(Epi. I, 1, 11.

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