‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 83 sur 87 · Bock, ouvrage cité; p · texte numérisé non relu

Bock, ouvrage cité; p

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORAGE 225

Discedo AJcœus puncto illtus ; ille meo quis ?

(Epi. II, 2, 99.)

Ille dapes laudet mensse brevis, ille salubrem.

Rusticus urbano confusus, turpis honesto,

Il faut remarquer cependant que cette coupe est beaucoup plus fréquente dans les Satires que dans les Epîtres. Dans les premières, elle apparaît environ deux cent soixante fois, dont quatre-vingts avec la ponctuation forte; dans les secondes, cent soixante fois au plus, avec le point dans une dizaine de cas. Il n'est pas rare de rencontrer deux vers de suite ainsi coupés ; les Satires en présentent même cinq consécutifs, et avec une intention marquée davantage par l'assonance :

Haud mi^ii dero :

Muueribus servos corrumpam ; non, hodie si Esclusus fuero, desistam ; terapora quseram ; Occurram in triviis, deducam. Nil sine magno Vita labore dédit mortalibus.

Il y a aussi une dizaine de vers ainsi construits parmi les alexandrins des Epodes et du premier livre des Odes ; exemples :

Laudabunt alii claram Rhodon, aut Mytilenen.

Stercore fucatus crocodili, jamque subando.

(Epo. 12, 11.)

Si nous considérons maintenant la fin du vers, nous constaterons des différences plus sensibles encore entre Horace et les autres poètes, par rapport à l'agencement des pieds. Ce qui distingue avant tout le vers satirique,

c'est Tabondance relative des césures dans le cinquième et dans le sixième pied. Les césures du cinquième pied, si rares en général, sont assez nombreuses chez Horace; celles du sixième pied le sont davantage, et souvent elles se trouvent d'autant plus marquées que le monosyllabe est rejeté à la fin du vers par une inversion inaccoutumée :

Nonne, cupidinibus statuât natura modum quem.

Necne sit addubites, flagret rumore malo cum.

Obsequium ventris mihi perniciosius est cur.

Disoedo AIceous piincto illius ; ille meo quis ?

(Epi. H, 2, 99.)

Plus souvent encore le monosyllabe est la conjonction qui introduit la proposition suivante. Nous ne comptons pas parmi les vers de cette espèce ceux où le dernier pied est composé de deux monosyllabes, et qui sont très nombreux dans toutes les œuvres dactyliques d'Horace.

Ces deux sortes de césures sont beaucoup moins fréquentes dans les Epîtres : les deux livres, y compris VArt poétique^ en ont trente-trois du cinquième pied et cinquante-huit du sixième; tandis que dans les Satires, il y en a quatre-vingts du cinquième et cent douze du sixième pied ; cinq vers du deuxième livre ont même une césure à la fois au cinquième et au sixième pied :

Ac non an te malis demcntem actum Furiis quam.

(S. II, 3, 135.) Tu cave ne minuas, tu ne majus lacias id.

Quse si quis sanus facit et sanus .faciès tu.

Quod si interciderit tibi nunc aliquid, répètes mox.

Adde super, dictis quod non levius valeat : nam.

(S. Il, 7, 78.)

Remarquons, en outre, que généralement la césure du cinquième pied ne se trouve dans le vers qu'accompagnée d'une autre césure masculine, hephthémimère ou penthémimère ; il n'y a d'exceptions à cette règle que dans le premier livre des Satires :

liluc prsevertamur : amatorem quod amicse.

Custodes, lectica, ciniflones, pai'asitse.

Optimus est modulator; ut Alfenus vafer omni.

Plura quidem tollenda relinquendis. Age, quseso.

On en voit une autre dans VArt poétique, atténuée, il est vrai, par la présence dans le vers de deux noms propres :

Keô i*editum Diomedis ab interitu Meleagri '.

li M. Humphreys a fait à ce sujet une statistique intéressante dans la Philological Association^ 1878. Par mille vers les césures du cinquième et du sixième pied sont au nombre de cinquante-deux et quatre-vingtquatorze chez Ennius, de quatre et trente-six chez Lucrèce, de quinze et dix-huit dans les Elégies de Catulle, de sept et zéro chez TibuUe, de trois et zéro chez Properce, de zéro et zéro chez Ovide. Chez Horace, examiné partiellement, elles sont de quarante-deux et cinquante-huit dans les Satires, de dix-neuf et trente-six dans les Epîtres. Ce tableau prouve, d'une part une tendance de plus en plus marquée chez les poètes latins à faire disparaître de la fin du vers le conflit dos accents, et d'autre part un progrès analogue des premit're.s aux dernières aMivre?; dactyliqnes d'Horace. Revue de Philologie^ 1880; Revue des Revues, p. Vc\.

Si Horace multiplie volontiers les césures dans la fin du vers, il y emploie, au contraire, les mots de quatre ou cinq syllabes beaucoup moins souvent que Lucrèce et les anciens poètes : sur une cinquantaine de cas que Ton remarque chez Horace, nous trouvons une vingtaine de noms propres ou de mots grecs, et une formule consacrée (hercdem ne sequerentur) ; de ces cinquante exemples, trente environ sont des mots de cinq syllabes, un autre est un mot de quatre syllabes formant deux spondées (occidcndi), et vingt sont des mots de quatre syllabes précédés ou suivis d'un monosyllabe. A cet égard encore, les Satires se distinguent par une plus grande liberté : elles renferment environ les quatre cinquièmes des vers ainsi terminés; il n'y en a guère qu'une douzaine dans les Épîtres, presque tous dans le deuxième livre.

Sous le rapport de la césure, comme sous tous les autres, les règles ordinaires sont bien plus rigoureusement observées dans les hexamètres lyriques. Sur les cent trois vers hexamètres des Odes et des Epodes, quatre-vingt-seize ont la césure penthémimère. Une fois seulement la césure hephthémimère n'est accompagnée d'aucune autre césure masculine :

Ab Jove Neptuuoque sacri custode Tarenti.

Dans un seul vers également, la césure tombe après le troisième trochée :

Naturœ verique. Sed omiies una manet nox.

Encore, dans ces deux cas, la césure semiquinaire n'estelle détruite que par l'addition de que.

Les dernières œuvres lyriques atteignent la plus

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grande perfection. Ainsi tous les hexamètres du quatrième livre des Odes (0. IV, 7) possèdent la césure semiquinaire et n'offrent d'autre irrégularité qu'un mot de deux pieds au début du vers 7 :

Immortalia ne speres, monet anniis et almum.

On ne rencontre, dans ces hexamètres lyriques d'Horace, aucune césure au cinquième pied; au sixième, les Epodes présentent deux fois un monosyllabe non précédé d'un autre :

Ne foret sequales inter conviva, magis quem.

(Epo. 12, 23.)

Forte, quod expédiât, coramuniter aut melior pars.

(Epo. 16, 15.)

On remarque un exemple semblable dans le premier livre des Odes, an vers cité plus haut (I, 28, 15). 11 n'y en a point dans le quatrième livre.

Examinons maintenant comment se comporte la césure dans les autres vers d'Horace.

La césure, comme nous l'avons dit, n'a de place déterminée que dans les vers qui ont plus de quatre pieds ; Taristophanique seul fiiit peut-être exception à cette loi : il offre, en effet, cette particularité que le premier pied est toujours formé d'un seul mot; cinq fois s^r huit, il est suivi d'une ponctuation :

Lydia, die, per omnes

Te deos oro, Sybarin cur properes amando Perdere ; cur apricum, etc..

Mais le nombre restreint d^exemples que nous en possédons ne permet pas d'en induire une règle.

A part une seule exception pour Tennéasyllabe alcaïque, Horace admet dans tous ses vers une césure analogue à celle de riiexamètre. Si nous considérons les trimètres iambiques, soit employés seuls, dans l'épode 17, soit joints aux dimôtres iambiquel, dans les dix premières épodes, ou à Télégiambe, dans la onzième, ou encore à Thexamètre dactylique, dans la seizième pièce du même recueil, nous constaterons que, sur trois cent quatorze trimètres, deux cent quatre-vingt-douze ont la césure penthémimère ; par exemple :

At o deorum | quidquid in cselo régit.

Per liberos te, | si vocata partubus.

Per hoc inane | purpurce decus precor.

(Epo. 5, 1, 5 et 7.)

Dix-huit ont la césure hephthémimère ; exemples :

Herbasque, quas" Jolcos | atque Hiberia.

(Epo. 5, 21.)

Nam qualis aut Molossus | aut fulvus Laco.

(Epo. 6, 5.)

ilntactus aut Britannus | ut desceuderet.

(Epo. 7, 7.)

Quant aux quatre autres, ils ont une césure setniquinaire, mais seulement grâce à une élision ou à la tmèse d'un mot composé :

Ut adsidens implumibics puUis avis.

Vos turba vicatim hinc et hinc saxis petens.

(Epo. 5, 97.)

Cave, cave : namque in malos aspenimus.

(Epo. 6, 11.)

Quodsi meis inœstiiet prœcordiis.

(Epo. 11, 15.)

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Les trimètres catalectiques , employés deux fois (0. I, 4 et II, 8), possèdent tous, sans exception, la césure après le cinquième demi-pied.

Dans les hendécasyllabes de la strophe saphique, la césure est toujours dans le troisième pied, et généralement, cinq cent soixante-sept fois sur six cent quinze vers, elle est masculine. Elle vient après le trochée dans quarante-huit vers seulement, et encore dans quatorze de ces cas peut-on la considérer comme tombant entre que et le mot précédent ; exemple :

Fervet immensusque mit profundo,

Les césures de cette nature sont inégalement réparties : elles peuvent être regardées comme des exceptions dans les deux premiers livres des Odes, où Ton n'en trouve que sept sur deux cent soixante-dix-neuf vers ; le troisième livre, qui compte quatre-vingt-treize strophes saphiques, n'en renferme pas un seul cas; au contraire, dans le quatrième livre et dans le Chant Séculaire, — analogie frappante avec le deuxième livre des Epîtres, — le poète semble s'appliquer à varier la cadence par l'usage fréquent de la césure après le troisième trochée : sur cent soixante-deux vers saphiques, quarante et un ont la césure féminine ; le Chant Séculaire, pour sa part, en a dix-neuf sur cinquante-sept vers, A plusieurs reprises, deux vers de cette sorte se suivent immédiatement :

Concilies majore poeta plectro Csesai'em, quandoqiie trahet féroces.

(G. IV, 2, 33 et 34.)

Teque dum procedis, io tiiiimphe !

Non sèmel dicemus, io triumphe !

(0. IV, 2, 49 et 50.)

Prospères décréta super jugandis Ferainis prolisque novae feraci.

(C. S. 18 et 19.)

11 en est de même aux vers 58-S9, 61-62, 73-74 du Chant Séculaire ; on remarque même dans ce poëme ces trois vers consécutifs :

Jam inari tcrraque manus potentes Medus Albanasque tiraet secures, Jam Scythfe responsa petunt superbi.

Dans rhendécasyllabe alcaïque, la césure tombe également après la cinquième syllabe, c'est-à-dire avant le dactyle. Ici, comme dans le vers saphique, Horace a modifié la cadence de ses modèles grecs par l'introduction d'une césure fixe, et s'est astreinte l'observer rigoureusement. Le premier livre présente trois exceptions ; le second, une seulement; le quatrième, une également; encore, dans trois de ces vers, peut-on voir une césure après la préposition ex^ de, in :

Hostile aratrum exercitus insolens.

Antehac nefas depromere Caecubum.

Utrumque nostrum incredibili modo.

Les deux autres sont :

Montemqne lympliatam Mareotico.

Speotandua in certamine Martio.

Le troisième livre est à cet égard encore plus parfait que les autres et n'offre aucune exception à la règle.

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Dans le troisième vers de la strophe alcaïque, Horace semble avoir cherché avec une constante préoccupation la meilleure place de la césure, partagé visiblement entre le désir de suivre ses modèles et sa prédilection pour la césure de l'hexamètre. La césure la plus usitée est celle qui vient après la troisième arsis, c'est-à-dire après la sixième syllabe : « Silvœ laborantes, geluque ». Sur trois cent dix-sept vers, on la rencontre deux cent quatre-vingts fois, en comptant, il est vrai, environ soixante-dix vers que l'on pourrait scander autrement ; dans une quarantaine de ceux-ci, elle est plutôt une césure accessoire : ce sont les vers où la sixième syllabe est un monosyllabe. Dans ce cas, la ponctuation, ou du moins la pause la plus forte, se trouve toujours avant le monosyllabe, c'est-à-dire après la cinquième syllabe. C'est ainsi que, sans supprimer la césure propre à Tennéasyllabe alcaïque, le poète revient à la semiquinaire, qu'il préfère à toutes les autres. Exemples :

Deprœliantes, nec cupressi.

Non Liber seque, non acuta.

Dnm res et setas, et sororum.

Solantis sestum, nunc in udo.

Mais il est un certain nombre de vers où la césure semiquinaire a complètement supplanté celle qui suit la sixième syllabe : on en compte dix, dont quatre dans le premier livre, et six dans le deuxième :

Pones iambis, | sive flamma.

Gaudes, apricos | necte flores.

Pronos relabi | posse ri vos.

Regumque matres | barbarorum et.

Res ordinaris, grande munus.

Ab insolenti | temperatam.

Enaviganda, sive reges.

Lsetatur. Evohe, parce Liber.

Cantare ri vos | atque truncis.

Nodo coerces | vipérine.

On ne voit plus un seul vers analogue dans le troisième ni dans le quatrième livre.

Dans ces deux derniers recueils, Horace témoigne, au contraire, d'une prédilection évidente pour la césure qui correspond à Theplithémimère de Thexamètre : sur vingt-six exemples, le premier livie n'en offre qu'un, et le second, deux ; tandis qu'on en remarque quinze dans le troisième, et huit dans le quatrième. Cette césure est dix fois accompagnée de deux autres. Tune après le troisième demi-pied, l'autre après la quatrième syllabe, comme dans ces vers :

Devota non extinxit arbcr.

Vulcanus, hinc matrona Jimo et.

Spes omnis et fortuna nostri.

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Dains dix autres cas, la troisième syllabe est suivie d'un mot composé avec une particule séparable ; exemples :

Si fractus inlabatur orbis.

lO. III, 3, 7.)

Si pugnat extricata densis.

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