‹ Des variations de résistance des hématies et de l'hémoglobine: dans divers états pathologiquesChapitre 42 sur 77 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

1902. N° 1018. B..., Charles, marchand de beurre, 40 ans.

Médecin adjoint : Dr Habel.

Assistant interne : Dr Paradis.

Diagnostic clinique : Ulcération stomacale superficielle et hématémèse.

Père et mère morts d’affection inconnue du malade. Il a perdu 6 frères ou sœurs ; cinq sont morts avant sa nais”

HU

sance; quant au sixième, il ne peut donner à son sujet aucun renseignement.

Marié, il a une femme qui est bien portante. Il na jamais eu d'enfants. Pendant son enfance, il n’a jamais été malade.

En 1808, il fut atteint d'une grippe assez forte, mais dont il guérit bien. A part cela,.sa santé a toujours été excellente. Le début de l'affection actuelle paraît remonter au 25 ou 26 mai 1902; à cette date, le malade en se réveillant, fut pris de vomissements peu abondants dans lesquels il lui a semblé reconnaître du sang. À partir de ce moment, ses forces ont décliné. Il est devenu pâle. Néanmoins, il continua d’aller au marché. Mais, deux ou trois jours après ces vomissements, il vomit de nouveau, mais cette fois les vomissements lui ont paru uniquement constitués par de la bière ingérée dans la journée. Il s'est alité ce jour-là. Le lendemain, il était trop faible pour reprendre son travail ; il avait de petits vertiges et une soif vive. [1 s’est décidé alors à entrer à l’hôpital.

Etat actuel (2 juin 1902). Homme de grande taille à musculature bien développée ; les téguments ont une teinte uniforme jaune cire. Les muqueuses sont pâles. Le malade paraît un peu obnubilé et semble rêver. C’est à peine s’il répond aux questions qu'on lui adresse.

L'interrogatoire paraît d'ailleurs le fatiguer.

Au cœur:la pointe bat dans le cinquième espace intercostal en dedans de la ligne maxillaire. On perçoit un souffle systolique à timbre doux ne se propageant pas vers Paisselle. On perçoit aussi un souffle oculaire et un souffle veineux des jugulaires. Le pouls est lent, assez tendu. Les poumons ne présentent rien d’anormal.

L'abäomen est un peu ballonné sans météorisme. Constipation. On ne sent aucune tumeur abdominale.

La languc est blanche, très chargée. Les urines ne renferment ni sucre ni albumine. ;

Les phénomènes dont se plaint le malade à savoir : perte

des forces et anémie et hématémèse sont apparus très brusquement en pleine santé. Depuis son entrée à l'hôpital on a constaté du melæna à plusieurs reprises.

Le malade est présenté en clinique le 7 juin 1902. M. le professeur Bard diagnostique une « exulcératio simplex » de Dieulafoy. Aucun symptôme ne permet dans ce cas d'admettre un néoplasme. Avant son hématémèse il n'avait que quelques signes très légers d’embarras gastrique.

Sa température en date du 7 juin dépasse 38° (38°, 2 le matin 38°, 4 le soir.

Examen du sang (16 juin 1902).

Nombre des hématies Normale Destruction

Diquide A Rae els 1.550.000 31 SOOUONET A en 1.395.000 21 10 PA D PEUR AUS NORME 403.000 8 14 AIN | EP RE 15.500 0,3 98 Hémoglobine (Sahli)................ 20 0/, Mélmeblobuames sens ne 0, 645 Altérabilité de l’hémcglobine.......... 3

ohne DANCE RME ER ANT EE 8.310

A. — Anémies pernicieuses

Obs. IX Obs. X 3 Obs. XI 24 Mars 23 avril 15 mai N. D. N. D. N. DE N. D* N. D.

2/0 0/0 °/0 O6 9/0 9/0 2/0 °/0 0/0 9/0 LiQUITENA NS 25 38, 34 14,8 15 Solution [...... 21 6 37 3 26 23 13,6 8,3 414 4 DR T EeA 5 78 10,5 72 4,3 87 1,8 87 3 76 DOUTER 1580092 3, 10,90 152296 0,3 98 0,3 98 PE TT a An Hémoglob. (Sahli) 250/0 32 0/0 250/o 18° /o 200/0 Valeur globulaire. 0,984 0,832 ON 1,20 1,29 Altérabilité de l'hémoglohline a o ve 7 D.

B.— Cancers de l'estomac Obs. XII Obs. XIII Obs. XIV, Obs. XV NES D. Ne DE IN? D. N. D.

°/o 0/0 ge °/6 0/0 o/ D lo Liquide À .,.... 30 30 43 53,9 SO IUTIO TIRER ATOS 10 28,5 6 40 7 50, 8 5 » URSS 18,6 40 PA | 23 29 32 31.6 41 » IT . 2,4 92 8,6 13 5,5 87 3,1 07 Hémoglob.(Sahli) 200/0 20°/o 500/o 280 /o Valeur globulaire. 0,655 0,658 4,152 0,518 Altérabilité de l'hémoglobine 4 5° 3 5° D. — Ulcération superficielle de l'estomac C. — Cancers du sein avec hématémèse Obs. XVI Obs. XVII Obs. XVIII N. DE N. IDR N. D?

0/0 °/0 °/0 o/o °/0 °/0 Liquide A..... 73,7 He 31 Solution [..... 68,6 6,7 65 8,1 2 10 » EP RE 21720070 32,22 54 8 74 » RS EE ER) 1,8 97 0,3 98 Hémoglob.(Sahli) 500/6 600/ 20 ofe Valeur globulaire. 0,677 0,841 0,645 Altérabilité de l’Hémogl.bine. …. 4 5° 3

La comparaison des résultats obtenus d’une part pour l’'anémie grave idiopathique et,d’autre part,pour les cancers de l'estomac nous montre combien la résistance moyenne diffère entre ces deux affections.

Très faible dans la maladie de Biermer, elle devient, dans les cas de néoplasme gastrique, supérieure à la normale (Obs. XIII et XIV) ou reste identique à celle que présentent des individus sains (Obs. XII et XV). |

D'autre part elle est très faible dans nos deux cas de cancers du sein (Obs. XVI et XVII) et dans notre cas d’ulcération superficielle de l'estomac (Obs. XVIII).

Il en résulte que,pour ce qui touche exclusivement les cancers de l'estomac et les anémies graves idiopathiques, la résistance moyenne acquiert une valeur diagnostique dont l’importance n'échappera pas, si l'on se rappelle combien il est parfois malaisé de distinguer une anémie pernicieuse d’un néoplasme gastrique latent.

La diminution de la résistance dans lanémie pernicieuse a été signalée déjà par différents observateurs. |

Quant aux cancers de l'estomac, nous n’avons pas trouvé d'indications formelles au sujet de la résistance globulaire.

La plupart des auteurs qui ont étudié cette question sont tombés d'accord sur ce point que la résistance des globules rouges est diminuée dans le cancer en général. Is ne parlent pas du cancer de l'estomac en particulier. Telles sont du moïns les

conclusions de Maragliano et Castellino (43), de Malassez (40) et d'Urcelay (55) son élève.

Chanel, seul, a trouvé une augmentation de la résistance dans les cas de sténose œsophagienne néoplasique.

Maintenant comment faut-il expliquer cette augmentation de résistance.

Voici l'interprétation que Chanel et son maitre M. le professeur Lépine donnent à ce sujet. Ils pensent que si l'état cachectique augmente la vulnérabilité des globules, d'autre part il arrête la néoformation de ces éléments. Or, si, par quelque cause que ce soit, il se fait une destruction globulaire un peu rapide,il ne restera plus dans le sang que des éléments peu vulnérables, car, disent-ils, en vertu de la loi de sélection, ce sont les éléments les plus résistants de ceux que contenaitle sang qui survivent dans la lutte pour l'existence. :

Un état pathologique peut donc augmenter indirectement la résistance globulaire en ne laissant subsister dans Île sang que les globules les plus résistants et cela par une double action :

10 En empêchant la formation de globules jeunes (peu résistants) ;

20 En détruisant les globules les moins résistants.

Telle est la théorie de M. le professeur Lépine et de Chanel. Elle permet d'expliquer pourquoi les ictériques ont des globules rouges plus résistants, qu à l'état normal. Les sels biliaires exercent sur les hématies une action très nocive, aussi les globules rouges du Sang d’un ictérique, doivent-ils ètre

considérés comme des éléments beaucoup moins vulnérables, et qui, dès lors, sont capables de résister à des solutions diluées, plus longtemps et mieux que ne le feraient des globules provenant d'individus normaux.

M. le professeur Bard pense que dans les cancers gastriques, les cellules de l'estomac proliférées et développées anormalement, déversent dans letorrent circulatoire des principes analogues à ceux que les glandes stomacales normales sécrètent pour assurer la digestion. Il s'en suit que tous les globules les moins résistants, sont en quelque sorte digérés et que seuls les plus forts résistent à cette action destructive.

Quoiqu'il en soit de ces idées doctrinales, nous ferons remarquer que dans l’état de jeûne, Gallerani a observé également une augmentation de la résistance. Gallerani a fait ses expériences sur des animaux qu'il soumettait à un jeûne prolongé, et dans ces conditions, il a trouvé que la résistance moyenne est plus forte qu’à l'état normal.

Il en résulte que l'état de jeûne, d'inanition, où sont réduits les malades atteints de néoplasme œsophagien ou gastrique, doit sans doute jouer un rôle dans l’augmentation de résistance, que Chanel et nous-même, avons observée dans Îles cas Ge ce genre. Le jeûne prolongé en effet, finit par appaurvrir le sang, en empêchant, ou tout au moins, en diminuant considérablement la néoformation des hématies. Le sang d'un inanitié ne contiendrait plus

AUTOS que les globules vieux, les moins vulnérables les plus forts.

Mais, ce qu'il importe deretenir dans notre tableau comparatif, c'est la très grande différence de résistance moyenne que présentent les anémies graves idiopathiques et les cancers de l'estomac.

Dans l’article que nous avons publié à ce sujet, dans le no 25 du Lyon Médical (1902), nous avions déjà mentionné ces différents points, mais peut-être n’avions-nous pas assez spécifié qu'il ne fallait tenir compte que de la solution II, donnantla « résistance moyenne ».

Page 1