OBSERVATION XXXI
1902. — N° 804. — B..., Rosa, infirmière, 33 ans. Médecins-adjoints : Docteurs Thomas et Habel. Diagnostic clinique : Néphrite épithéliale.
Antécédents héréditaires : Père mort à 63 ans d’une maladie aiguë.
Mè:e morte de fièvre typhoïde à 43 ans.
Ses parents avaient tous deux une excellente santé.
Deux frères bien portants.
Antécédents personnels. — Elle a eu une bonne santé habituelle. Pas d'autre maladie qu’une rougeole dans l’enfance.
Mariée en 1887 elle a eu quatre enfants; l’ainé, âgé de 11 ans, est bien portant ; deux autres ont déjà fait plusieurs séjours à l’hôpital pour bronchites et tuberculose ganglionnaire. Le quatrième est mort à l'hôpital en 1898 pour méningite tuberculeuse. :
Son mari est mort en 1899, à l’hôpital, de tuberculose pulmonaire et de diabète sucré.
En janvier 1900 on l’opère en chirurgie pour hernie ombilicale. Guérison sans récidive.
Elle entre ensuite comme infirmière à J’asile d’aliénés
(Vernaies).
Maladie actuelle. — Débuten février 1900 par des céphalées matutinales légères. Elle s'aperçoit qu'elle urine beaucoup plus et plus souvent (polyurie et pollakiurie) ; des aouleurs daas le bas ventre accompagnaient les mictions.
Pendant une période de huit jours, elle a de l'æœdème
fugace des jambes. Malgré ces symptômes, elle continue ses occupations.
Le 12 mars, étant sortie en promenade, elle se sent tout à coup oppressée, angoissée.Elle a des palpitations, de l'inappétence, des vertiges, de la céphalalgie.
Pendant la nuit suivante, elle est très agitée, elle ne peut dormir, puis elle est prise de douleurs lombaires et abdominales. Elle urine beaucoup.
Le 13 mars, elle reprend néanmoins son travail, mais se plaint de malaise, de sensation de froid, de maux de reins. Elle voit, en outre, que son urine est teintée de rose.
Le 14 mars, elle s’'alite. L’urine devient franchement rouge ; les mictions sont très abondantes et très fréquentes. Toutes les heures elle est prise de violentes douleurs dans les lombes et le bas-ventre, soulagées par les mictions.
Le 14 mars on constate la présence d’albumine dans l'urine et on l’envoie à l'hôpital pour néphrite aiguë.
Etat actuel (15 mars). — Les symptômes constatés pendant.son premier séjour sont en résumé les suivants :
Urine légèrement rosée, à réaction faiblement alcaline avec dépôt blanc floconneux :
Albumine : = 2, 8 °/.
SUÉFO EU
Cylindres granuleux et leucocytes nombreux.
Sédiments : cristaux de phosphates ammoniaco-magnésiens. .
Un peu de dyspnée d'effort. Pas de symptômes cardiaques. Pas d'œdème des malléolles ou des paupières.
Elle quitte l'hôpital, le 28 août 1900, avec un état général satisfaisant. Elle y revient le 3 avril 1902. Elle se plaint cette fois de céphalées. Après être restée bien portante jusqu’en août dernier, elle a recommencé à cette époque de souffrir de la tête.Ces céphalalgies coïncidaient d’abord avec l’approche de ses règles et cessaient avec l'apparition d'icelles. Elle n'a jamais eu d'œdème des membres inférieurs mais était sujette à des palpitations et à de la dyspnée.
Etat actuel (3 avril 1902). — C'est une femme bien conformée au visage pâle sans bouffissure des paupières. Elle est apyrétique .
Rien d’anormal au poumon.
Au cœur : la pointe bat dans la cinquième espace intercostal en dedans de la ligne mamelonnaire. Les battements cardiaques sont rapides. Violent choc de la pointe contre la paroi. Les mouvements cardiaques se perçoivent à jour frisant. À l’auscultation on n'entend aucun souffle ni bruit anormal ; état clangoreux du premier bruit, timbre un peu musical du second.
Le pouls est petit, filiforme, l'artère radiale est pourtant très tendue roulant un peu sous le doigt.
Anorexie : pas de constipation. Céphalées froritales et occipitales.
Depuis environ une semaine, troubles de la vue : sensation de brouillard devant les yeux.
Les réactions pupillaires sont normales, mais un peu lentes.
Pas d'œdème.
Les urines contiennent 7 gr. °/, d’albumine.
Les urines sont peu abondantes ; à la centrifugation, culot assez abondant contenant de nombreuses cellules épithéliales, ayant subi la dégénérescence graisseuse, Quelques rares cylindres hyalins, pas de corpuscules sanguins.
L’urine laque.
17 juin 1902. — La malade se plaint de céphalalgie et de troubles digestifs ; nausées, dégoût pour le lait. Elle a un petit ganglion induré à gauche en arrière du sternocléidomastoidien.
18 mai 1902. — Les douleurs de tête ont diminué. Elle digère beaucoup mieux depuis qu’elle prend de la pepsine. La malade demande à sortir, ce qu'on lui accorde.
Elle revient à l'hôpital, le 23 avril 1902, avec des symptômes d’urémie : dyspnée extrême, cephalée intense et des phénomènes de contracture du sterno-mastoïdien gauche.