‹ Des variations de résistance des hématies et de l'hémoglobine: dans divers états pathologiquesChapitre 9 sur 77 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Des Variations de résistance de l’hémoglobine

L'hémoglobine n'est pas une substance de composition absolument fixe. Elle échappe aux invéstigations du chimiste, qui ne peut lui appliquer de formule exacte. |

Puisqu'elle est élaborée et formée par des cellules vivantes, elle doit refléter forcément l'état vital de ces cellules. Autrement dit, sa plus ou moins bonne qualité dépend presque exclusivement de l'intégrité plus ou moins grande des cellules qui la produisent.

En conséquence, on peut se représenter : une hémoglobine normale typique, caractérisant l'état de santé parfaite, et des hémoglobines pathologiques, modifiées dans leur constitution, susceptibles d’altérations diverses ou déjà altérées.

Entre ces deux sortes d'hémoglobine se place naturellement une échelle qualitative, dont on peut

ONE se demander s'il est possible d'en déterminer tous les degrés.

Peut-on en effet estimer la qualité d'une hémoglobine et savoir jusqu'à quel point elle est saine ou altérée ?

C'est que le Docteur Mallet (41) a tenté de faire. I a cherché à mesurer l’altérabilité de lhémoglobine en divers états pathologiques, en prenant comme terme de comparaison l’hémoglobine d'individus sains.

Dans ce but il a imaginé un procédé dont voici le principe : il mesure avec le spectroscope Île temps nécessaire pour transformer une solution déterminée d’hémoglobine en méthémoglobine,

On sait que le spectre d'absorption de Ia méthémoglobine comporte trois bandes caractéristiques : l'une dans le rouge entre C. et D., les deux autres entre les raies D et E du spectre solaire. Ces trois bandes sont toutes d'épaisseur à peu près égale, à condition bien entendu, que l’on observe au spectrascope, sous une épaisseur d’un centimètre, une solution de méthémoglobine au 0,001.

Il est donc facile de noter le moment où la raie de la méthémoglobine apparaît entre C et D dans le spectre, tandis que les deux raies de l’oxyhémoglobine, traitée par une substance méthémoglobinisante, s'estompent et s'amincissent.

Il s'agissait de trouver une substance capable de transformer l’oxyhémoglobine en méthémoglobine.

Pour cela. le D' Mallet s'est adressé au ferricyanure de potassium, qui a la propriété spéciale de

Pere n attaquer que l'hémoglobine dissoute et de ne pas altérer l'hémoglobine intra-globulaire.

Voici comment le Dr Mallet a établi sa technique : Il recueille plusieurs gouttes de sang dans environ 6 centimètres cubes d’eau distillée. Il agite ce mélange pour que l'hémoglobine se dissolve bien. Quand la solution est suffisamment colorée, il en remplit un des petits godets du spectroscope à vision directe et 1l la dilue jusqu'à ce qu'elle ait la même teinte qu'un étalon coloré. Cet étalon est une solution de picro-carmin dans la glycérine, établie par comparaison avec une solution faible d'hémoglobine, donnant encore nettement les deux bandes caractéristiques de l’oxyhémoglobine au spectroscope.

Cette solution colorée est placée dans un godet du spectroscope semblable au précédent, elle est soigneusement bouchée et doit être tenue constamment à l’abri de la lumière. Une fois la teinte obtenue, le Dr Mallet ajoute à la solution à examiner six gouttes d’une solution de ferricyanure de potassium à 1 °/oe en notant exactement au chronographe le moment où est tombée la dernière goutte, puis après avoir parfait le mélange en agitant avec une baguette de verre, il place le godet devant la fente du spectroscope. Il note le moment où la raie de la méthémoglobine commence à apparaître entre C et D et où les deux bandes de l’oxyhémoglobine deviennent moins nettes.

Il calcule ensuite le temps qu'il a fallu pour obtenir la méthémoglobine ou tout au moins pour en obtenir une quantité suffisante pour influencer Île spectre.

Tel est donc le procédé du Dr Mallet. C’est celui que nous avons employé pour apprécier le degré d'altérabilité des hémoglobines que nous avons examinées.

Il résulte des recherches que nous avons faites sur des hémoglobines provenant d'individus sains,que la raie de la méthémoglobine apparaît au bout de neuf à dix minutes après l'addition du ferricyanure Le Dr Mallet avait trouvé un temps plus long, douze à treize minutes. Il a admis que douze minutes était le temps normal pour l'hémoglobine saine.La différence de ces résultats tient à des causes diverses. D'abord, nous nous sommes servi d'une solution de ferricyanure fraîchement préparée. En outre, nous avons fait toutes nos expériences avec une lampe électrique pour éviter les variations d'éclairage que donne la lumière du jour ordinaire. Enfin, dans ce genre de mesure, il faut tenir compte de l'élément subjectif.Le moment exact où apparaît la raie de la méthémoglobine dans le spectre, n'est pas toujours facile à apprécier. I faut, pour cela, une grande habitude et de bons yeux.

Quoiqu'il en soit, nous admettons qu'une hémog'obine saine par addition de six gouttes de ferricyanure, met neuf à dix minutes pour se transformer en méthémoglobine d’une manière appréciable au spectre.

C'est donc sur un clavier de neuf à dixtouches que nous avons essayé de poser la gamme qualitative d'une hémoglobine donnée. Mais ce clavier n’est pas assez étendu. Pour percevoir la raie entre Cet D au moment exact de son apparition sur le spectre,

Se tee l'œil, siexercé soit-il, peut facilement faire des différences de une à deux et même trois minutes.

Pour ce motif, il est impossible de demander à ce procédé des données rigoureusement certaines. Il ne peut fournir, tel qu’il est, que des indications générales, mais il est trop rudimentaire pour servir de mesure précise. Il nous a cependant donné quelques résultats sur l’altérabilité de l'hémoglobine; nous les consignons à la fin de chacune de nos observations, publiées plus loin.

Nous en tirons les conclusions suivantes :

19 La résistance de l’hémoglobine, à l’action altérante du ferricyanure de potassium est toujours diminuée dans tout état pathologique. Par suite ses variations, toujours de même sens, sont moins utilisables que celles de la résistance des hématies.

20 Le degré de cette diminution est difficile à apprécier d’une manière exacte.

30 II ne semble pas qu'il y ait toujours parailélisme entre la résistance de l’hémoglobine et la résistance globulaire. Le plus souvent, il y a discordance. Cependant, nous avons trouvé que les deux résistances étaient très fortement diminuées dans les cas d’anémie pernicieuse.

La résistance de l'hémoglobine est encore à étudier par des procédés plus précis.

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