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qu'on veut obtenir de nouveaux effets analogues aux premiers. I^e moyen de tirer une ligne droite , c'est de ne pas perdre de vue les deux points extrêmes. De tout cela , je conclus, contre Voltaire et l'empereur Julien , qu'il nous faut étudier notre vieille langue.
C'est ce que j'essaye dans ce livre.
Je ne viens pas le premier à cette besogne difficile, mais je crois que le premier je me suis placé à ce point de vue de considérer avant tout la langue parlée, le langage, et non la langue écrite; de rechercher la musique de l'idiome de nos pères : la langue écrite n'est que secondaire; on parle avant d'écrire.
Cependant personne jusqu'ici ne s'est préoccupé que de l'écriture , d'où l'on a laissé conclure la prononciation arbitrairement et au hasard. C'est, il me semble, prendre la question à rebours. Déterminer le rapport de l'orthographe à la prononciation, doit être la première étude de quiconque veut travailler utilement sur notre vieille langue. C'est d'où il faut partir, si l'on ne veut s'exposer presque infailliblement à faire fausse route et à man-quer le but.
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Faute d'avoir trouvé ce fil conducteur, Fallût, dont les recherches sont (railleurs si estiniables, s'est fourvoyé dans un labyrinthe sans issue. Égaré dans un dédale de terminaisons, il a recueilli avec un labeur extrême toutes les formes d'un même mot, et s'est donné la tâche de leur retrouver à chacune une signification précise, un rôle particulier. Il n'a pas vu que c'était supposer l'unité d'orthographe dans un temps où l'orthographe était livrée à l'arbitraire le plus cohiplet, oii l'on ne savait ce que c'était qu'orthographe, car c'est une science d'hier. L'écrivain de ce temps-là se guidait sur Tétymologie latine et sur un très-petit nombre de règles générales; le reste allait comme il pouvait. Cette cause, compliquée de certains provincialismes , si l'on me permet ce mot, jetait dans l'écriture un effroyable désordre, et il en résulte pour nos yeux l'apparence très-exagérée d'une multitude de formes.
Sans doute quelques formes variaient essentiellement : la France du nord ne parlait pas comme celle du midi ; et la France du milieu, soumise à deux influences, ne pouvait faire autrement que de se ressentir de l'une et de l'autre. Mais c'est un spectacle curieux et pénible à la fois, de voir Fallot amonceler de toutes parts des mots différemment orthographiés, et,
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sur ces bases chancelantes , reconstruire des déclinaisons^ des genres, des dialectes , toutes sortes d'inventions subtiles et de visions grammaticales. Par exemple, rencontrant ce substantif ^«^^/•^ Tha suer, il s'est imaginé que le mot iœut s'est prononcé quelque part autrefois Côltimé le verbe suer. Et il note religieusement cette forme de dialecte : c'est du picard ou du wallon, ou du bourguignon, ou quelque autre docte chimère.
Le lendemain, il voit, dails les sermons de saint Bernard : « Leà does festes de la Croix ; » le voilà tout de suite qui imagine que àoes est le féminin de deux dans le dialecte bourguignon. Comme il est avant tout de bonne foi , il ne dissimule pas qu'il à rencontré souvelit does employé au masculin. Savez-voUs comment il s'en tire .^ C'est, dit-il, que la règle de la distinction des genres, telle que je l'indique ici , tomba de bonne heure en confusion et en désuétude. {Recherches , p. 205.) Avec de pareilles excuses , il n'est point de système ni d'aberration qu'on ne justifie.
Si Fallot eût étudié les rapports de l'ancientte Orthographe à la prononciation, il eût aisément constaté que ue et oe avaient servi à notei* le son eu, et que suer et does n'ont jamais fait autre chose que sœur et deux. Et j'ose dire que, par cette étude, il se fût épargné bien des
— tv — eiïbïts , ded pëineà et dég erreurs , sailli compter qu^il les eût épargnée^ aux autres.
Fftllot s'ew dit : Les formes édriteb étaient multiples , donc la langue parlée était multiple aussi. Mauvaise conséquence. Il faut au com traire poser en principe l'unité du Idiigage, et ramener à cette unité la multiplicité des formes écrites , en les expliquant par les incertitudes de l'orthographe.
J'ose affirmer le second principe aussi lumineux que l'autre est obscur. L'un se trouvera fécond en conséquences nettes et positives; l'autre ne conduira jamais qu'à des résultats . de phis en plUs embrouillés et confus , à des difficultés inextricables. Je m'en rapporte d'ailleurs à l'expérietice , et j'attends avec confiance son arrêt.
Fallot s'est égaré sur les pas d'OrelL Aussi pourquoi, voulant approfondir les origines et les anciennes habitudes du français , s'aller mettre à la suite d'un Allemand.^ Qui ne sait que les Allemands ont des systèmes sur tout.^^ Il fallait marcher tout seul , en lisant et comparant les vieux monuments de notre langue, et se remettant du reste à l'instinct national. On fait ainsi le chemin qu'on peut , mais au moins l'on ne risque pas de se perdre dans les ténèbres, sur la foi d'un guide mal sûr.
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Mais, dira-t-on, comment aller du langage à l'écriture ? Cela est impossible. Nous sommes forcés , bon gré mal gré , de remonter de l'écriture au langage, de rechercher la prononciation à travers l'orthographe , puisque ce son ou cette musique de la parole s'est évanouie complètement.
Peut-être! il reste peut-être encore aujourd'hui des témoignages vivants de la langue parlée au xii* siècle. — Où sont -ils? — Eh! mon Dieu , pas bien loin. Il ne faut que se baisser un peu pour les recueillir. Ce n'est pas à la cour, ce n'est pas dans les académies ni dans les salons que vous les trouverez : c'est dans la rue, parmi le peuple. Souvenez-vous du propos de Malherbe : « J'apprends tout mon françois des gens du port. » Cela n'était pas exact : il n'apprenait pas d'eux tout le français qu'il mettait dans ses odes, mais il en apprenait le génie de la langue française; c'est ce qu'il voulait dire, et la phrase ainsi entendu exprime une importante vérité. Et Régnier, qui se moquait de Malherbe et de son école , l'imitait en cela tant qu'il pouvait.
La langue d'un peuple ressemble à l'Océan , dont la surface est turbulente et sans repos; une vague pousse l'autre. Mais là-dessous est le calme profond. En sorte que comme la surface est l'image de l'inconstance et de l'agita-
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tion , le fond pourrait servir de symbole à Timmobilité.
Allons-nous donc ériger en loi suprême le langage du peuple, et soumettre l'autorité des mieux parlants à l'autorité inattendue de ceux qui passent pour parler le plus mal ? Nullement. 11 ne s'agit pas d'ailleurs ici de déterminer la prééminence du vieux français sur le français moderne, ou du moderne sur l'ancien. Je ne veux que constater les faits; trop heureux , si je parviens à les établir, d'en laisser tirer à d'autres les conséquences.
Supposons un insulaire, un Chinois, qui ne connaîtrait le français que par les livres, et 'comme une langue morte. Quelque intelligence qu'on lui attribue, jamais on ne croira qu'il puisse se faire une juste idée de notre langue, ni des chefs-d'œuvre de notre littérature. Conduisez-le à la Comédie française : faites-lui entendre Talma récitant Racine, ou mademoiselle Mars récitant Molière; je le tiendrai fort habile s'il parvient seulement à suivre le fil des idées et du dialogue. Et si cet homme veut se mêler de comparer, de juger, de rendre des arrêts sur Racine et Molière, ne le trouverons-nous pas d'une présomption impertinente ? car enfin, avec un peu de sens commun, cet homme comprendrait qu'il ne possède pas les éléments indispensables pour se former une opinion ,
et que son i*61ê est d'apprendre à parler français, et d'ajourner son jugement à la fin de ses études.
NôUs Sommes tous ce Chinois présomptueux par rapport à nos écrivains du môyerl âge. La plupart ont écrit en vers, c'eat-à-dii*e^ dans une forme qui requiert avant tout le iiombre et l'harmonie. Nous ignorons leur système de verslficâtioil, leur prononciation, leur syntaxe même, jusqu'à un certain point; mais cela De fait rien : nous leur prêtons les règles de notre temp^ , et là-dessus nous les jugeons intrépidement, et nous haussons les épaules de pitié.
Il faut tâcher pourtant de s'instruire. C'est une circonstance bien favorable à ce désir, que le moyen âge ait produit tant de vers; car voub voyez de quel secours nous seront les rîmes pour déterminer la prononciation. Voilà déjà un puissant auxiliaire de nos recherches, la rime. Ensuite les discordances d'orthographe. Si le même mot se rencontrait toujours écrit de même, il faudrait désespérer; mais le voilà écrit de quatre façons à la même époque, sou- Vent dans lé même manuscrit ; or, il se prononçait assurément toujours de même : il ne s'agit donc que de ramener ces qilatre notations à une seule valeur. L'une éclairera l'autre , et de nombreux rapprochements , de nouvelles ana-
logies hoiiâ foumiftiânt un stlpplëmént de lu^ mlèreit , nous arriverons avec de la patience . à poser des règles générales. Ces règles, si elles sont justes, ne manqueront pas d'être confirmées par d6s exemples ultérieurs , et presque toujours aussi par des applications restées dans le langage du peuple , parfois même dans la langue des lettrés, où elles apparaissent comme des bizarreries ineicplieables , des inconséquences, des caprices dé l'uSage. Sur tous ces indices rëunis et coordonnés nous pourrons reconstruire le monument , au moins dans ses parties principales; car il y a cela de bon que la langue , fondée avec une logique admirable et dans un système d'ehsemble aussi régulier que vaste, a été défaite au hasard, comme un édifice dont le temps ou le mauvais instinct des passants pousse à bas tantôt une pierre, tantôt une autre, sans choix , suite ni raison. Le voyageur inattentif n'y voit plus qu'un amas de décombres informes et sans intérêt ; mais la sagacité de l'antiquaire écarte l'herbe et les plantes parasites qui s'épanouis* saient sUr ces vénérables ruines; il dégage, il nous fait reconnaître les pierres angulaires; aidé de ce qui demeure , il retrouve ce qui n'est plus , il relie le présent au passé , et le plan du vieil architecte sort enfin de dessous les décombres. Nous admirons le castel féodal avec ses
tours, ses bastions et ses créneaux; et tout en préférant, si c'est notre goût, le système des constructions modernes , au moins nous garderons-nous de dire désormais : Il n'y a jamais eu là qu'un tas de pierres, de la mousse et des ronces.
Tel est le but de ce travail , tels en sont les moyens. Je ne suis pas l'architecte ingénieux dont j'ai parlé , mais tôt ou tard il viendra ; je me contenterai, pour moi, du mérite de l'avoir appelé de loin , et de lui avoir indiqué de quel côté il devait diriger ses fouilles.
Il serait digne de la France de s'occuper enfin de ses antiquités. L'idée d'une collection des Documents inédits de l'histoire de France, était grande, et pouvait conduire à d'importants résultats; mais l'exécution n'y a point répondu. Absence totale d'unité, de plan, de direction; textes de toutes les époques et de toutes les langues, roulant sur toutes les matières, imprimés (je parle de ceux du moyen âge) dans toutes les orthographes, avec quelques notes rares, écourtées, sans tables, sans index ni glossaires , ou bien ce qu'il y en a est insufBsant, misérable; rien de plus mêlé que cette collection, où quelques publications excellentes sont noyées dans des travaux médiocres , pour ne pas dire pis. C'est là que les extrêmes se touchent; c'est l'image fidèle du chaos:
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r Frigida pugnabant calidis y homentia siccis ; MoUia cum doris, sine pondère habentia pondus.
Quel dommage de voir des forces si considérables dépensées au hasard, et perdues parce qu'elles divergent! Le vice fondamental est que nulle pensée critique ne préside à l'ensemble; aucun lien, aucune force de cohésion ne rattache l'une à l'autre ces parties isolées. Ce n'est que l'apparence d'un monument, comme ces masses que de loin , à travers le crépuscule , le voyageur prend pour de magnifiques palais, et qui, vues de près, se trouvent n'être qu'un amas de rochers.
Peut-être un jour quelqu'un s'occupera-t-il d'introduire l'ordre, la vie et la fécondité dans cette gigantesque entreprise; d'y tracer des sections, d'y marquer des séries que l'on tâchera de faire avancer dans un sens et vers un but arrêtés, afin de rendre les travaux utiles à quelqu'un; car jusqu'ici tout le monde a besoin de la collection , et elle ne satisfait personne. Parmi ces divisions , il s'en rencontrera peutêtre une pour la langue française. Il faudra tâcher de l'établir sur un plan, où le premier soin devra être de rassembler les textes les plus anciens et les plus authentiques, disposés chronologiquement sur deux séries, l'une de prose, l'autre de vers. Je ne prétends pas ordonner
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ici le détail de ce plan , ni trancher des questions de dates encore controversées; mais en me bornant à une esquisse approximative, et toute réserve faite des droits de la discussion , il me semble qu'on pourrait avoir,
POUR LE Xl^ SIÈCLE 9
Sn prose ; -^ L69 Lois des Nom9iDds , donn^ef p^r
Guillaume le Conquéraut, mort en 1087
La Traduction des Rois et des Macchabées;
Le Commentaire sur le Psautier;
Le Cantique de saint Athanase ;
Les Morales et les Dialogues de saint Grégoire ;
Le Sermon anonyme sur la sagesse.
En vers : — * La chanson de Roland, qui fut cbaptée pour la dernière fois à la bataille d'Hastings, en 1066
Si quelques endroits de ce poëme paraissent interpolés, la plus grande partie échappe au soupçon. On n'en possède que le texte publié par M. Francisque Michel , d'après le manuscrit d'Oxford; il faudrait le collationiier de nouveau, et y joindre comme objet de comparaison les deux textes conservés à la Bibliothèque royale, ou du moins leurs variantes, si elles ne sont pas assez considérables pour motiver l'impression complète. Peut-être des recherches dans les bibliothèques de province feraient découvrir encore d'autres copies. On n'en saurait trop avoir d'une œuvre si pleine de génie.
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Xli® SIÈGLB.
Charte de l'abbaye |de Honeeoart , en 1133
(D^ns y Histoire de Cambrai, par J. le Carpentier, t. II , p. 18.) « Cette pièce, dit Duelo»^ pourrait bien être le plus ancien monument de cette espèce. » ( Mém. sur la lang. fr.)
Sermons de saint Bernard, mort en :. « v . . v 1 1 63
Le manuscrit des Feuillants, donné au père Goulu, général de l'ordre , par Nicolas Lefèvre, précepteur de Louis XIII, fut exécuté environ vingt-cinq ans après la mort du saint, c'est-à-dire vers 1 178. Un manuscrit d'une date certaine et aussi reculée, double de valeur pour l'histoire de la langue. On n'en a publié qu'une partie ; il faudrait l'imprimer dans son intégrité textuelle.
Qaelqa'oo des grands et beaux ouvrages que Henri II d'Angleterre fit composer ou traduire par la pléiade des romanciers (l) qui florissait à sa cour vers l'an 1 180
On aurait à se décider entre le saint Graal^ le Tristan , le Merlin , le Lancelot , etc., etc.^ puisque malheureusement on ne peut les don-»
(1) Robert Wace; Lucè du Guast; Gasse le Blond; Gautier Map; l^obert de Borrou ; Hélie de Borron et Rusticien de Puise.
lier tous. Il suffirait d'un ou deux pour révéler des trésors de style et d'imagination.
Pour les vers , on n'aurait que l'embarras du choix, et l'on pourrait ici joindre l'intérêt du fond à celui de la forme. Le Lapidaire j tvsiduit du latin, ouvre cette période.
Wace fît paraître le roman de Brut en 1 155, et celui de Rou dix ans plus tard.
Vers la fin de ce siècle , Guillaume de Bapaumè publia les romans de Guillaume au court nez et du Moniage Guillaume; Chrestien de Troyes, les romans de Cliges, d'Erec et Enide, du roi Marc et d'Iseult. On a la grande chronique des ducs de Normandie, par Benoît de Sainte-More; le Partonopeus de Blois, dont l'action se passe en 510, sous Clovis, etc^ etc.
Xnf SIÈCLE.
Le siècle de Louis IX est, pour le moyen âge , ce qu'est le siècle de Louis XIV pour les temps modernes .'notre vieille littérature y parvient à son apogée. Sans se laisser égarer au milieu de tant de richesses, il suffirait d'y prendre de quoi représenter l'état de la langue, car c'est le but que nous ne devons jamais perdre de vue. Par exemple, l'ami de Dante, à qui Pasquier l'égalait, celui que le moyen âge surnomma le père et im^enteur de V éloquence y Jean de Meung nous a laissé autant de prose
— xxy — que de vers. Outre les compositions originales, ce sont des traductions de Végèce , de Boëoe , des lettres d'Héloise et d'Abailard, etc. On n^a publié de TEnnius français que le Roman de la rose{\)\ nous aurions donc sur les Grecs cet avantage de pouvoir comparer les deux formes de notre ancienne langue dans les œuvres d'un même écrivain. De quel prix n'eût pas été pour la philologie grecque un ouvrage en prose d'Homère! L'histoire littéraire trouverait sa part dans des tableaux aussi complets que possible , où seraient classés les noms des auteurs et les titres des ouvrages , avec toutes les indications certaines ou présumées de temps et de lieux.
Ce plan serait continué jusqu'à la fin du XV® siècle; au xvi*, la langue se renouvelle par les influences de l'antiquité classique , et les matériaux pour l'étudier étant à la portée de tout le monde , il serait superflu de les re« produire dans notre collection; mais aucun ouvrage n'en ferait partie , qui ne fût accompagné d'un index très-abondant et très-fidèle.
Toutes ces richesses tiendraient facilement en dix volumes. Ce recueil , analogue à ce qui existe pour le droit, pour les inscriptions,
. (1) Quelques ouniiges imprimés au xs^ siècle sont introuvables; la traduction d^Abailard, le Teittanent, sont complètement înédits.
pour la poésie latua^ €t la poésie greoque, fpurnirait; à la philologie française une mina, inépuisable; il porterait m^ hommes st^diei^x de la pravince les res^ouree^ des bibliothèques de Paris, ou, mieu?^ ew^ovjs^ il rassemblerait spus la main de tout 1^ monde des matériaux épars, et qu'A Pajris xnei^e on ne peut se procurer sans befiuoou^ de .recherches, de courses, d'assiduité, 'Cin uq mot, sans une perte de temps eonsidérable. Au contraire, la facilité inviterait à une étude à Laquelle personne aiyourd'hui ne soi\ge, et dont la littérature profiterait. La philologie française n'a pas encore été à la mode ; pourquoi n'y viendrait-elle pas à son tour ? Pourquoi des savants qui consacrent volontiers tant (ïe; veilles à éplucher des bribes d'Ënfiius pu de Pacuvii^s , en refuseraient-ils quelques-unes ^ux origines de leur languie maternelle?
Enfin, la collection dont j'indiqu.e ici le projet renfermerait les éléments du livre le plus nécessaire et qu'en l'état actuel d^^^^hoses il €^t le pioins permis d'espérer : un bon dictiponaire historique de notre langue.
Prlvis ce recueil serait appelé à rendi:e d'émi- ]ients services, plus il importerait d'-en meçliter avec soin et d'en surveiller ensuite l'exécution. Il faudrait surtout que la direction fût ûhei car rien n'est insupportable comme de se^
— xxvy — sentir, au ipiUeu de s^e^ trayaux, tiraillé par des sy^tè](^es el des autorités contradictoires.
Mai^.ç^ sPe gérait ei^core là que la moitié de la b,esf{gpe. .Ces yjeux textes sont, pour le grps du pubjip , J^iiéroglyphes purs : sacrés ils sont. ^J n'est jtjiii' un ^euï njoyen d'y attirer l'attention ^% fi'y faire pénétî;ef jia curiosité : l'ensejignement pra|. La parçl.ç hunoaine vivifie tout. Il |i!e§t pçiï^l^ de Jliyre aui puisse atteindre aux KÇ^HIÎ^ de jj^ p^?:ole, surtout dans les matièl^es peu CQunpes ç^t qui nç j^çllicitent pas diyectepaeut J'aJ;tentiou. Notre vieille langue et notrv^ vieille littérature réclament d'être enseignées dans (ies chaires publiques (1).
Ççî: enseignement de l'idiome national n'ex^iste pn ^ucun pays; mais aussi qui plus que Ja France jurait intérêt à en dpnner l'exemple? Jj'AngleterriÇ, qui n'a point de langue à elle, qui i)0us ^ dérojjé celle dont elle se sert, et, voulant étudier ^e& origines, serait condamnée à étudiej? J^çyieux français? L'Italie ou TEsp^igne? Leur l^gpe^^^Px^i^^^ naissance s'est modifiée trop peu. JRour être compris, ce qu'ils ont de monuja[ie;i^t3 ancien? ,rie demande point ou presque
(S) Je m'attends bien que ce passage donnera Heu à des interprétations. Craxguihe peuvent Jamais supposer dans autrui des vues désintéi'essées ,
diront Qu'importe ce qu'ils diront? Et où en serions-nous, s'il fallait
par crainte de ces charités faire taire sa conscience et supprimer des vérités utiles ? Que la lacune çoit comblée , iiue la chaire soit créée » et qu'on y mette ensuite qui l'on voudra » pourvu qu'il y suffise.
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point d'étude. Un Italien lit couramment Pétrarque et Boccace, qui sont du xiv* siècle , tandis que pour un Parisien, Montaigne et Rabelais, venus deux cents ans plus tard , sont souvent , Fun très-pénible, et l'autre inabordable. Les romances du Cid sont bien plus intelligibles au delà des Pyrénées que n'est chez nous le roman de Renart ou le roman de la Rose. En Italie , le xvi* siècle est le grand siècle, il est resté modèle; chez nous, au contraire, la rupture s'est faite entre le xvi* et le xvii® siècle. L'éclat du siècle de Louis XIV a repoussé dans une ombre noire tout ce qui l'avait précédé. En cela, le XVI® siècle a souffert de justes représailles ; car lui - même , trop fier des idées nouvelles apportées par la renaissance , s'était séparé dédaigneusement du moyen âge. C'est donc derrière ce double rempart qu'il nous faut aujourd'hui regarder. Nous y trouverons gisante dans la poussière et dans l'oubli toute une littérature, toute une civilisation, avec ses livres de science, d'histoire, d'art et de poésie , ses chroniques naïves et ses merveilleux romans. Tâchons de nous défaire de cette idée vaniteuse, que l'imagination, le jugement, le génie sont des créations récentes de Dieu en faveur des modernes. Persuadons-nous bien que ces qualités existaient dès le xiii® siècle ; seulement elles se révélaient sous des formes
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différentes. Ce sont ces formes qu'il faut se rendre familières. Dira-t-on qu'en ce travail la peine surpassera le profit.»^ Qu'en savez- vous? Mais l'incertitude est déjà pour votre paresse une barrière suffisante : il vous faut des gains assurés. £h bien ! acceptez du moins le témoignage unanime de tant d'hommes illustres , attestant que la France au moyen âge était le foyer d'où la lumière rayonnait sur l'Europe civilisée. De toutes les contrées on accourait aux leçons de la France : Thomas d'Aquin suit Albert le Grand du collège de Naples au collège Saint-Jacques ; Dante exilé vient s'asseoir sur les bancs de nos écoles de théologie , et soutient une thèse brillante devant notre université; Boccace, envoyé à Paris pour y apprendre le commerce (tant nous étions nlors les maîtres en tout genre), retourne à Florence, la mémoire meublée de nos fabliaux , dont il ornera plus tard son Décameron. Le français était la langue universelle , indispensable. L'Angleterre et l'Ecosse parlaient français; dans Tun et l'autre pays , les actes publics étaient rédigés en français. Lorsqu'un parti voulut expulser des conseils royaux saint Ulstan , évêque de Vigorgne, quel prétexte mit-il en avant *} Un seul : Ulstan ignorait le français , et par conséquent ne pouvait être qu'un idiot , indigne et incapable de siéger dans le conseil du roi (Matth. Paris,
ad ann. 1095). Le français prenait rang d'importance immédiatement après le latin , et ne tarda pas à le supplanter. Dès le xiii" siècle, Martino da Canale traduit en français l'histoire latine de Venise, «parce que la langue (c françoise cort parmi ïe monde, et est plus (( delitable a lire et a oir que nulle aïtre. » Le même motif, exprimé presque danà les mêmes termes, décide le maître de DantCi Brunetto Latini, à écrire son Thresor en français, ce pour « chou 'que la parleure en est plus delitable et « plus commune a toutes gens. » ( Préface du Thresor.)
Ainsi , pour les idées comme pour le langage, nous voyons dès le xiii'' siècle la France marcher en tête du monde civilisé. Se peut-il que la France du xix' siècle, qui affecte tant de zèle pour les recherches historiques, continue à mépriser un passé si glorieux, et s obstine à ne le vouloir pas connaître , parce qu'il est le
sien ?
Cependant, si l'étude du vieux langage devait pour tout résultat se borner à satisfaire une curiosité rétroactive , elle n'aurait droit qu'à un intérêt limité. Mais non : elle sera d'une application plus utile encore et plus étendue. Notre langue française a grjind besoin de se retremper à ses sources. Chaque jour les influences du dehors , trop bien secondées par