FAIRE
Nous sommes à la veille de perdre, par négligence, un des plus précieux emplois de ce verbe. Faire avait jadis le privilège de se substituer en temps , nombre et personnes , à un verbe déjà exprimé qu'on avait besoin de répéter dans la même phrase :
La reine de Navarre, dans sa vu* nouvelle : le Qu^avez vous fait de vostre anneau (dit un mari à sa « femme)? Mais elle, qui fut bien aise qu'il la mettoit « au propos qu'elle avoit envie de luy tenir^ luy dit :
« O le plus tneschant de tous les hommes ^ à qui le « cuidez vous avoir ostë? Vous pensiez bien que ce (r fust à ma chambrière, pour laquelle vous avez des- €c pensé deux fois plus de vos biens que jamais t/ous a ne j^ tes pour moy ! »
Et dans la liv* î
ce 11 faudroit , madame , que nos maris feussent en- « vers nous comme Jesus-Ghrist envers son Eglise. — « Aussy faisons nous^ dît Saffredant, et sy possible « estoit , nous le passerions, car Jesuâ^hrist ne mourut a qu'une fois pour son Eglise /et nous mourons tous « les jours pour nos femmes. — Mourir ! dit Longa*- « rine ; il me semble que vous et les autres qui sont a icy, valez mieulx. escus que ne faisiez grands blancs, « avant que feussiez mariez. »
Dans ce dernier exemple, on voit le verbe faire suppléer toute une phrase : aussy faisons^nous, c'està-dire, aussi sommes-nous envers nos femmes comme Jésus^-Chrîst envers son Église. Quelle économie de paroles ! On ne peut trop regretter ces tours.
Ce iMMMkt-ci m'occupe autoit
Que cent monarques pourraient yô/re.
(£a Fontaine,)
Pourraient m^ occuper.
"Les oisillons, las de Tentendrei Se mirent à jaser aussi confusément Qvie faisaient les Tfoyens quand la pauvre Cassandre
Ottvroit la bouche seulement*
( Le même.)
Que /osaient les Troyens.
«Il (l'Amour) s'ouvrira plutôt à vous qu'il ne ferait à sa mère. » (La Fontaine , Psyché)
a Quel astre brille davantage dans le firmament que le prince de Condé n^a fait en Europe ? » (Bossuet.)
Quil ne s^oui^rirait, — N*a brillé.
a On regarde une femme savante comme on fait
une belle arme C'est une pièce de cabinet que l'oa
montre aux curieux , » etc.
(La Bruyère, des Femmes.)
Si est quelquefois pour ainsi. Alors si fait signifie ainsi fait. Par exemple, dans cette traduction du célèbre sonnet de Pétrarque sur la mort de Laure : •
Plaindre devroient Tair, la mer et la terre,
Le genre humain , qui comme anneau sans pierre
Est demeuré , ou comme un pré sans fleurs.
Le monde l'eut sans la connoilre à llieure : Je la congneu , qui maintenant la pleure! Si fait le ciel , qui s*orne de mes pleurs.
(( Le fils de monsieur le capitaine était garçon perruquier, et courait le monde en cette qualité, quand il vint se présenter à madame de Warens , qui le reçut bien^ comme elle ^i>a{> tous les passants, et surtout ceux de son pays. »
(J.-J. Rousseau, Confessions, liv. IL)
Les Anglais nous ont pris cette forme, avec bien d'autres choses; mais, mieux avisés que nous, ils ne l'ont pas laissée périr. — Leur verbe do (faire) n'est autre que le verbe allemand t/iun. — Vous avez assuré que telle chose se passait. — Je ne l'ai point assuré, / did not; mot à mot : Je ne l'ai point fait.
— Je n'aime pas à voyager. — Si fais^/e bieû, moi i c'est-à-dire, y^ faune bien, moi. On a dit ensuite^ en immobilisant la pe^rsonne et le nombre dans la forme d'un adverbe: Si fait bien, moi; si fait bien y nous. La correction exigerait , à la première personne : Si fais bien, moi ; si faisons bien , nous.
En réponse à une question , à une affirmation , à une négation : Si fait, non fait. On se contente au* jourd'hui de dire, avec moins d'énergie : Oui, non.