FUTUR
Se tire de stare : J'esterai, tu esteras, il estera, etc.
(c Rendez- vous bonnement , puis esterez en bonne « paix. » {Rois, p. 4iO')
Les quatre fils Aymon témoignent à Charlemagne le désir d'être équipés par lui, pour le service du plus vaillant roi qui sera jamais :
Que nous adoubissîez au jour qu*il vous plaire Pour le plus vaillant roy qui jamais iCesterm,
{Les quatre fils Aymon, v. 215.)
Un très-beau passage de la chanson de Roland, c'est le moment où l'arrière-garde de Charlemagne est sur le point d'être attaquée par les Sarrasins dans les défilés deRoncevaux. Olivier, à plusieurs reprises, a supplié Roland de sonner de son cor d'ivoire pour avertir Charlemagne, et rappeler l'avant-^garde à leur secoure. Roland s'y est obstinément refusé^ et toujours par les mêmes motifs : il croirait se déshonorer et attirer des reproches sur sa famille et ses amis, si aucun homme vivant pouvait dire qu'il a corné pour des païens. Il se repose sur sa vaillance et sur l'acier de Durandal :
Roland est proz, t Oliver est sage,
dit le poëte.
Cependant le danger devient tel, qu*il est impossible de le méconnaître. Alors l'archevêque Turpin éperonne
son cheval blanc, et, monté sur une petite éminence, il exhorte les soldats à bien faire leur devoir, sans leur dissimuler le sort qui les attend. Aussi leur donne-t-il l'absolution, leur imposant pour pénitence de bien férir. Les vers sont nobles et touchants :
Seignurt baruns, Caries nus laissât ci.
Pur noslre rei de? um nus bien nurir.
Cbrestieiitet aidez a susteoir.
Bataille auerez, vos en estes tuz fiz (1), Car a vos oilz Teez les Sarrazins.
Clamez vos culpes, si priez Deu mercit. Assoldrai vos pur vos annies guarir :
Se vus murez , esterez seioz martirs.
{Roland, st. 293.)
« Seigneurs barons, Charles nous a laissés ici. Nous « devons bien mourir pour notre roi. Aidez à soutenir <c la chrétienté (a), Vous aurez bataille, vous en êtes Ci bien sûrs, car voici devant vos yeux les Sarrasins. « Confessez vos péchés, implorez la merci de Dieu. Je « vais vous absoudre pour guérir vos âmes : si vous « mourez, vous serez saints martyrs. »
C'est peul-être ce passage pathétique que chantait Taillefer à la bataille d'Hastings, à la tête de Tarmée, pour enflammer les soldats de Guillaume le Conquérant. En tout cas, il n'aurait guère pu choisir mieux (3).
(1) Fiz, àtfixi, vous êtes bien fixés sur ce point.
(2) C'est-à-dire, ici , le christianisme.
(3) Taillefer, qui moult bien cantoit Sur un roncin qui tost aloit, Devant eux s*en aloit canlant De Karlemaine et de Rolaut ,
Et d'Olivier, et des vassaux {des brodes) Qui moururent a £.oncevaux.
(Wace , Rom, de Boit.)
Le t étymologique de 'Resterai y dans la prononciation , laissait prévaloir IV; et la forme parlée modifiant la forme écrite , on écrivit bientôt comme on prononçait, cesserai.
Partonopeus est en prison. Son geôlier est absent; la femme de ce geôlier lui permet de sortir pour aller à un tournoi : Si vous y mourez, dit-elle^ ce sera fait de moi : Armand me percera de son épée :
Et se vos morez el tomoi , Donc essera tout fait de moi :
Harmant m'ocira de s'espee.
{Partonopeus, v. 7727.)
... Je crois moult bien sacs faille Que par lui esserons délivre.
( La yioUtte, p. 84.)
Je serai, tu seras ^ est syncopé, pour fesserai ^ tu esseras ou tu sseras.
PRÉTÉRITS.
Le prétérit fut transporté du latin sans changement : Jefuionjefuidy avec le ^euphonique, comme l'écrit toujours le Iwre des Rois, saint Bernard et la chanson de Roland. J'ai montré plus haut (p. i68 et suiv.) commenta/ sonnait £/; il n'est donc pas étonnant qu'on ait fini par écrire je fus.
Il a existé aussi une seconde forme de prétérit; celle-ci, dérivée de stare : J'estu, tu estus, il estut, mais avec le sens exclusif de steti, stetistij stetit. Au troisième lii^re des Rois, le Seigneur demande qui veut aller tromper Achab; un^esprit se présente, et • dit : Je le . tromperai.
a Uns vint avant e estud devant notre Seigoeur, cf si dîst : Jol* decivrai. » {Roisy p. 337-)
Comme Ton voit , le verbe être était originairement beaucoup moins irrégulier qu'il n'est aujourd'hui. ' Yoici un curieux exemple où Ton voit rapprochés rinfînitif estety dans le sens esse^ et le participe es* tant y dans le sens de standù. Cest dans la chanson de Roland; le poète fait une peinture pitoyable de la nuit qui suivit la défaite de Roncevaux : les hommes étaient étendus morts ou mourants ^ il n'y avait pas un cheval qui pût se tenir debout ; celui qui voulait de l'herbe , la prenait étant couché :
Ni ad cheral qnî pnisie €Her en estanl •* Ki herbe Yoolt, ii U pROt en gisant.
{Roland, st ISO.)
Il est clair que, dans ce passage, il faut prononcer estrej quoiqu'il y ait écrit , conformément à Tétymologie , ester.