‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 52 sur 75 · LB VALET · texte numérisé non relu

LB VALET

Je le veux, Et croy que pas je nefaindray,

( Les Langues esmouluès,)

Cette acception du verbe feindre était encore en pleine vigueur à la fin du xvii* siècle. Molière en présente de fréquents exemples :

« CL^iiLirTE. — /Vous feignions à vous aborder, de peur de vous inteiTompre. »

ilJ Avare , acte i , se. 5.)

Et dans Don Juan : « Je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger est une sœur séduite et enlevée d'un couvent. »

(Act. m, se. 40

Feindre exprimait moins que craindre et plus qu^hésiter; notre langue s'est appauvrie de cette déli-

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catesse , mais le peuple Ta retenue. Un feignant est un homme qui ue craint pas le travail au point d'avouer sa paresse et d'oser le refuser ; il l'accepte, mais il fait peu et de mauvaise besogne : il hésite, il tourne, il feint de travailler.

Les beaux parleurs se moquent de la prononciation du peuple 9 persuadés qu'en disant un feignant il veut dire un fainéant. Un fainéant ne fait rien; un feignant fait quelque chose. Qui des deux est le ridicule, celui qui est raillé sans raison y ou celui qui le raille sans comprendre ce qu'il raille?

kyec faindre ttfaignant, nous avons perdu leur substantif ya//î/f>« ;

Chascims d'eux a sa lance prise :

Proaice anémie a faintise Les a fait lost esperonner.

(Coucjr, V. 1415.)

Chascuns a sa laoche reprise Apertement et tàns faintise,

(làid,, V. 1683.)

Faintise a été mal remplacé }^'av fainéantise. Encore une fois, \di fainéantise s'abstient de tout travail; \^ faintise feint de travailler.

On disait aussi, avec la forme réfléchie, se faindre. Un homme donne son anneau à un ermite : Présentez-le à ma femme; dites-lui, de ma part, qu'elle vous traite comme elle ferait moi-même, et qu'elle ne s'y épargne pas :

Que de vous face en bone foi Autant comme el feroit de moi, Si qti*ele mie ne se faigne,

( Du Provost d'Àquilée.)

— tu —

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