‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 53 sur 75 · FESTIVAL. — HOW DO YOU DO · texte numérisé non relu

FESTIVAL. — HOW DO YOU DO

Ce mot) qui nous reyieat d'Angleterre, a commencé par être français. Saint Bernard s'en servait :

a E soit chanté par tote tes rues K festivals Alleo luy^. » {Sermonsy p. 532.)

Et le traducteur du livre des Rois :

a Achab fist remuer jusques al temple analmarie(i) a ki esteit al porche, u l'um metteit les oblatiuns nuina meemcntke li reîs soleient faire as sàbàiz e jurs fes- « tivals. 9 {Rois, p. 4oo.)

« Achab fit reporter jusque dans le temple une armoire qui était sous le porche, oh Ton mettait les offrandes , nommément celles que les rois avaient coutume de faire aux sabbats et jours de. fête. »

Festival s'est embarqué, et a passé la Bfanche avec Guillaume le Conquérant; bien d'autres en ont £dt de même : les Anglais ne sont riches que de nos dépouilles; si l'on se mettait à cribler leur langue et à

(1) Reiiwrqnac, dam œ mot, U subtUtotion des liqaidet / ei r. Him 8Tons rétabli iV étymologique d'armarium (nie. amm); an contraire, de eontralîer (rac eonira alium, subaod. store) ^ noof avons fût, par nbslitntioo de liquide, eomirarier t

Grant pecliie iùi qui «omtnaUê Dame qui est d'amors marrie.

{Partonopeut, v. 0ô6O.)

Ce sont, dit le même auteur, les cUrgastes (mauvais clercs) qui parlent mal des femmes et contrarient leurs senrantes :

Ce sont dergastes qui en mesdient, Qui lor meschioes contraiieni.

Ils sont vilains et eles foies.

{lUd., V. 6489.)

reprendre ce qui nous appartient , il ne leur resterait pas même de quoi se dire : Bonjour, comment vous porte2>vous? Leur fameuse formule Amv doyou do est volée à la France. On disait, au xii® siècle, Comment le faites^vous ? C'était le $alut de politesse quand ou se rencontrait*

La belle et sage châtelaine de Fayel, accueillant pour la première fois le châtelain de Coucy en présence de sa dame de compagnie Ysabelle : Comment allez- vous ? lui dit-elle ; comment passez-vous le temps ?

Lon li dist la dame: Comment Le faites vous, biau très doux sire?

— Certes, dame, n'ai duel ne ire.

Jour ne heure , que ne vous voie.

{Coucy, V. 3490.)

ce Certes, madame, je n'ai deuil ni chagrin, chaque jour, à toute heure, que du désir de vous voir, »

Une autre fois, Coucy rencontre Ysabelle, à qui il a tant d'obligation, avec Gobert, le confident de Fayel, mais qui trahit son maître pour Coucy, car Ysabelle et Gobert sont amants. Le châtelain court à eux ; il embrasse familièrement la bonne Ysabelle ,

Et dist : Gbiere amie, comment Le faites vous? neF celez pas.

{Coucy, V. 5710.)

La belle Euriaut reçoit un messager de Gérard , et s'informe de lui avec sollicitude :

Comment Gerars li biaus Ufait,

{La Violette, p. 40.)

Cette expression était encore en vigueur à la fin du XV* siècle :

— « Ado lie le chic Richart vint à luy, et luy demanda comme il le faisait^ et deqiioy li servait léans. » {Chroniq. de Norm.^ imp. à Rouen en 1487.)

Voltaire, qui a tant raillé le Comment vous faites-' vous faire des Anglais, ne soupçonnait pas quil se moquait d'une vieille formule française. Les Anglais u'ont eu que la peine de la revêtir de mots saxons, sans autrement la déguiser. Ainsi un gallicisme et un gennanisme, cela fait un anglicisme.

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