VASSAL, VALET
Le premier sens de vassal était braire, courageux.
Le duc Robert de Normandie réunit les évéques, les barons, les abbés, et leur annonce son départ pour la terre sainte. Tous, d'une commune voix, le supplient de ne pas abandonner le pays :
lÀ uut respundu communal :
Chmsines dus , noble vassal , Cum a ici fiere nouvdle !
( Behoit 01 SAum-Moai , t» U» p. 570.)
«Très-cher duc, noble brave, comme voici fière nouvelle ! »
Ganelon exaltant à Marsile la vaillance de Roland:
K*kt tel vassal 90Vi% la cape du ciel.
{KoUmd, ât. 40.)
N'avez barun de si grant vasselage.
(lùid,, 8t. 30.)
Olivier, à Roncevaux, s'aperçoit de la trahison de Ganelon, qui livre Tarrière-garde aux Sarrasins. Il presse Roland de sonner du cor pour rappeler l'avantgarde et Charlemagne : Cumpainz Rolland^ sunez vostre olifant. Mais Roland ne veut pas corner pour
des païens; il se confie, pour sortir d'afFaîre\ à son épée et au courage des Français :
De Durandal verrez Pacer sanglant.
Franceis sunt bon, si ferrunt vassatments J4 cil d'Espaigne n^aueront de mort guarant.
Si ferront vassawnent. Ferrunty frapperont, par syncope, du vevbe férir. Réponse qui suggère au poète cette réflexion :
Rollans est proz , e Oliver est sage ; Ambedui unt merveillus vasselage.
{Roland, st. 85.)
a Merveilleuse bravoure. »
Enfin, ce qui achève de mettre le fait hors de doute, c'est l'épithète vassal appliquée à Charletnagne luimême:
Dient Franceis : Icis reis est vassals.
(Roland , tu Ui.)
Mult est Dassats Karle de France dulce.
(lèid,, st. 361.)
Cette acception persistait au xiii^ siècle, puisqi^e Hébers , au commencement de son Dolopathos , applique le mot vasselage au fils du roi de France :
Car li fils Deu le volt doer De proece et de vasselaige ; Malt est vaillanz de son aaige.
{Dolopathos , 1^ i^^.)
Vaslet, par syncope de vassalet ou vasselet, est un jeune homme, un jeune brave. Ce mot désigne souvent un fils de roi ou d'empereur. Benoît de Sainte- More l'applique au duc Robert de Normandie:
Tait H plu riche f t U pliu mâf^ Suot al wUet devenu lige De feautet e de sefvige.
(BsHoiT D« SAorn-Moaiy y. 31660.)
Dans le fabliau du Fallet aux douze femmes^ ce valet e^t qua}if}p damoisiaus , preuve qu'il était gentilhqmme :
Un dmoitiaw de Hkoalt liaiit prii- • • • ^oant le vaUés espoosé eut. . .
Le roman de la Rose met également sur une seule ligne les valets et U^s damoiseUes:
Car maleboucbe est couslumien De raconter faulses nouvelle De vaUts et de damoiseUes.
L^ n)pt valet conserve aujqi4fd')^ui |i)^8)ç qon yoccption primitive, sans que personne y prenne g§rdj| : c'est dans le jeu de cartes, où le roi, la dame et le valet repré^ii^ent le père, là mère, et leur fils. Ce n'est pas à des laquais, à des garçons^ qu'on eu^ donné les noms des chevaliers les plus illustres : Hector, Ogier, |a Hire, Lancelot. I^es quatre valets sont les quatre jeunes princes, héritiers des quatre rois. Le rest|^ représente des groupes de simples soldats anonymes, les pions du jeu d'échecs.
Voilà donc un mot qui, après avoir honoré longtemps les fils de la plus hai;te ^q^fle^^e 4p {^rance, s'est vu relégué à désigner l'homme dans sa plus basse conditiopf pt fin^ljement est devenu si ioji|rieu^ ftl si humiliant^ qu'on ne l'applique plus ^ pierspqne, et qp'il sortira ignominieusement de la Upgfue ofi il était entré et a subsisté Iqngtenjps comme un titre d'hoqneji^r.
II a fait sa révolution en six sièc^l^s h p^u près } il était encore j^iiqfs au début du xui'; il est caduû ^u
Le mot qui, au moyeu âge, avait 1^^ sens actud de ualet^ c'est garçon, augmentatif de gars; garcio, dans la basse latinité :
Poita)>at garçîo p^tra^im
Hupc praecedebat cum parma garcio,
(Guillaume li Brxtoh, Philippide,)
a Sa lance était portée p^r un garçQq..»« Un garçon marchait devant lui, portant sa lance. »
Le sire de Coqcy envoie un dpinpstique porter un message à la dame de Fayel; il le récompenserai nop avec un joyau , les laquais n'en tiennent point de cas, mais avec de rargent secy qu'ils préfèrent :
Garçon aiment joiel uoiant , n ainmeot plus le sep argent :
Aihsois li ddnrai xv sdué.
(R. de Coucr, V. 3123.)
Quinze sous, sompie énorfue pour le temps. L'acception primitive de garçon, après tanf 4e siècles, subsiste encore entière.
VËtlBËS RËPLÉGHfS.
Tfos pères afTectionnaienl singulièrement la forme réfléchie pour toiit verbe exprimant une action relative à la personne qui la faisait^ action physique ou morale, il n'importe. Ils disaient se dormir^ se mourir.
se dtner; se combattre à ou contre quelqiiun; scfor* faire envers quelqiCun; se repentir y se pâmer ^ se gésir ^ se partir de...; d'où il nous reste, par double emploi , se départir de; se feindre ^ s^ oublier^ etc.
Se dormir. — allsegiseitsui: sun lit, si se dormeil. »
(Rois, p. i34.) oc Entrèrent éù la chambre u Hisboseth se dormeit.»
(Jbid.)
Certes , dame, de me dormir [^ Me puige très bien astenir.
(Couex, V. 532.)
Nous disons encore s* endormir , témoignage de l'ancienne locution.
Se GisiR. — ^« Ë se vint à l'hostel Amon sun frère ^ M^^ se giseit.Ki {Rois y p. i63.)
S'empa^rtir. — « Lores s^empartid Sesac de Jérusalem. » (Rois, p. 296.)
Se bisner Jçroboam, au troisième livre des Rois,
invite l'envoyé de Dieu à se disner avec lui :
— a Li reis preiad cel hume Deu qu'il remeîst, e od lui se dignast. » {Rois^ p. 287.)
— ce £ tu m'as fait merci e receud entre ces ki se dignent a tun deis. ix — Entre ceux qui dînent à ton dais.
{Rois y p. 1940
. Se combattre. — « S\ se cumbatirent Qes Syriens) cuntre lui (David). » {Rois, p. 1 53.)
a Kar une gent se cumbdterad encuntre altre. »
{Rois y p. 3oi.)
Ja se combat vostre compains Ogiers.
(Ogier l'Ardenois, v. 2650.)
Se repentir. — « Li fols reis l'en creid, e de sun mesfait s'en repentid, » {Roisy p. 290.)
— « Saiut Pois ne se repentivet mie. »
(Saint Bernard, p. SSg.)
Se pàsmer. — Corneille et Molière ont employé pdnier sans le pronom réfléchi :
Sire, pnpdme de joie ainsi que de tristesse.
(U Cid.)
Ah ! bons dieux, elle pâme.
{Sgonarelle,)
Us ne sont point parvenus à faire acœpter cette forme neutre, et l'ancienne forme réfléchie a continué de prévaloir. Elle date de l'origine de la langue : Roland, monté sur Veillantif, trouve le cadavre de son ' cher Olivier, gisant à Roncevaux. Il lui adresse' quelques mots touchants, et, succombant à la douleur, il s'évanouit:
Quant tu es mort, dulur est que je vis. A icest mot se pasmet le marchis, Sur son ceval que cleimet Veillantif.
{Roland, st. 149.)
ft Quand tu es mort, douleur est que je vis. A ce ce mot se pâme le marquis , sur son cheval qu'il appelle « Veillantif, »
Sur Terbe verte li quens RoUans se pasmet.
(/^mC, st. 166.)
Charlemagne s'évanouit à son tour, en trouvant le coi^s de son neveu Roland :
Guardet a Ja terre veist son nevold gésir, TtDt duleement a regreter le prist :
Amis Rollans , de tei ait Deus mercil 1 Unqaea nuls bom tel chëvaler de vit ^or grans batailles joster e defenir.
La meie honor est turnet en déclin !
Caries se pasmet , nie S'eii pout astenir.
( I6id., V. 203.)
a II regarde à terre, et voit son neveu étendu. Il se prit à le regretter tant doucement : Ami Roland ^ que Dieu aie pitié de toi ! Jamais on ne vit pareil chevalier pour assembler et niener à 611 les grçiides batailles. C'en est fait de ma gloire I Charles se pâme, il ne peut s'en empêcher. »
6e porfàire.-— ft Pur ço que cil de Jérusalem fotfaiz sefunrU envers nostre Seigneur. i> {Rois y p. ag5.)
Se faindre. — S'épargner à quelque chose , être fuignarU :
fHè SB doit ^/aindhâ de lui aider. . . .
{Ogier, V. 9638.)
De lui aider ne se va ^/oignant,
Se MOUBia.-^^/omr était actif, comme aujourd'hui tuer. On disait mourir quelqu'un; au participe passé, mort :
Dist Tamirail : Caries, kar te purpenses , Si preu cunseill que vers mei te repentes : Mort as munjUs.
{Âoland, st. 262.)
« Charles^ dit l'amiral^ réfléchis, et prends conseil de te repentir envers moi : tu as tué mon fils.
Trois frères m'a mort et mon père.
( Ea FioiiHUi p. 13*)
Le fils de Charlemagae , jouant aux échecs avec Bâlidutnet^ le fils d'Ogier, s'irrite de perdre^ lâtice r^chiquîéi^ d'or à la tête de sou àdvérsaii*e ^ et le tîie :
Galles ta mort d*uh escekier d*or mier.
(Ogler, V. 3l86.j
Les n ont mon çt les II autres prins.
De là ia forme passive se mourir, que nous gardon^ eacore. Se périr ^ tant reproché aux gens du peuple, n'<çst pas plus ridicule que se mourir.
S'oiJBtiEE. — Coticy reçoit Une lettre de là darne dé Fayel :
bn ii mandoit qa*a Tanuitier Né se voeHe mSe ouhiiêr, éJM vienne a Faiel tout droit.
Par rhttissiet, si corne il souloit.
{Coucy,\. AOlO,)
«c Oa lui maadait qu'à la tombée de la nuit il veuille ne pas s'oublier, mais vienne tout droit i^u château de Fayel, par la petite porte, selon sa coutume. »
Si ne se mist pas en oubli.
iièid., v. 4035.)