CHAPITRE II
NAUIROV (i).
£st-il Anglais ? — Est-ce un héros ttâderne t
Un autre perBCNinage pdrmi le peuple^ ius^i célèbre qu'Arlequin, c'est monsieur d Malbrou. L'immortalité est un quine à la loterie du teilips ; il ne faut pas une grosse mise pour y faire fortune : Saint«-Atilaire gagna la sienne atec un quati^in, et tous les titres * de monsieur de Malbrou stint une chanson.
Cette chanson, dont la vogue fut prodigieuse^ n'ëtait pas connue du beau monde avant 1783; mais vers cette époque elle fit tout à coup explosion; c'ésl le mot. Sa fortune ^ depuis fixée à un cran un peu plus bas, n'a plus TaHé^ et^ selon toute apparence, ne variera plus. Monsieur de Malbrou restera populaire jusqu'à la fin du monde; car il est solidement établi , non-seulement en f^rance , mais dans l'Europe entière et par delà : on le chante en Afrique et en Egypte. Je ne serais pas surpris d'apprendre qu'il a pénétré à la suite des jésuites jusqu'à la Chine et aux Indes; le nouveau monde en fait ses délices comme l'ancien. Quelle catastrophe serait donc capable d'anéantir cette chanson? Je ne vois que le jugement dernier : Sijrao tus illabatur orbis.
(1) Ce morceau a 'été publié dans une Revue, En le réimprimant on n*a pas cru devoir retrancher l'exposition sommaire de quelques points de théorie traités avec plus de développements dans diverses parties de cet ouvrage , auxquelles ce chapitre peut servir de résumé.
Vôlcî, ëh peu de tnôts, Thisioire de sa naissance, bil plutôt de sa renaissance , comme J*ëspère le faire voi^ tout à Theure.
Le Dauphîiî , fils de Loùiâ XVI , avait une ndurrîcè dpjielëe ihadathe Pôitriiie , qlii , VU la converiance de son nom ^t de son emploi , risque tien d'être prisé pour un mythe par les Niebuhrs dés kièdë^ à venil*i Cëtie bonne dame, uii jblir qu*ellfe Bël'çait le petit pMhcè eii (ihântaht pour l'endormir, reçût là visite ind|3itiëë de la rfeirie. Or, ifakdàiné Pôîtfihè chantait justeiiietit MalbrbU. Màrîe-Atitoinelte , eîtcellente musicienne, élève de Gluck, prit en gré cette chansoti^ et mit & la mode Malbrou , comme uù an pltis tard elle y thlt les Quèsaco. La cour, à Texelnple de la fèitie, se passionna pour Malbrdu ; la ville se modela i\i\* \à cour. Malbrou se trouva dans toutes leS boufciiës , sur les ëcians; silt* lés ëventails ; oii en fit des tableaux^ des dessus de porte, jusqu'à dfes poëmes (i). Lès vditùres, les habits, les peri-b^uës, tout fdt à la MalBtod * c'était un engouement lihtversel. Maïs voué bb^erverëz ijtie tout ce monde allait à gauche, eh preaailt la chanson de Malbrou au burlesque. Elle n'offre absolument de ridicule que lëé douplets ajoutés par les courtisans beaux esprits, lie Setil Beëtiitlàrchais eut le tact assez fin pour sentir que l'air est une des mélodies lés plus sentimentales : aussi l'employat-il pour la romance que chante Chérubin aux pieds de la belle comtesse. Ce trait d'un homme de goût ne
(1) L^anecdote, d*ailleurs bien connue, de madame Poitrine et de la reine, est attestée par un détestable poëdie burlesque de Malbrough, que Beffroy de Kegny publia en 1783, c'est-a-dire , lé lendemain du fait.
détrompa point le public, le sot public, comme l'appelle Jean-Jacques ; et la chanson de Afalbrou est restée un type convenu de folle plaisanterie. Et pourquoi? parce qu'on y trouve le nom d'un général anglais qui battit une fois les troupes françaises. Il est clair qu'on ne pouvait chanter la mort de Marlborough que pour^'en moquer.
Mais si, par hasard, dans cette pièce le nom de Marlborough était un nom substitué? A quel nom? direz-vous. C'est ce qu'il s'agit de déterminer, et la chose n'est pas facile; toutefois, on peut l'essayer.
Il est hors de doute que la chanson de Malbrou n'a pas été composée sur le duc de Marlborough, mort en 1722; car déjà, à la mort du duc de Guise, assassiné par Poltrot le 1 5 février 1 563 , les huguenots répandirent une chanson visiblement calquée sur celle qui porte aujourd'hui le nom de Malbrou ; or, la copie lie saurait avoir précédé l'original. Mais sur quoi jugez- vous que Malbrou est l'original, plutôt que la complainte du duc de Guise? Je vous le dirai tout à l'heure. Voici, en attendant, pour constater la ressemblance, cette complainte du duc de Guise. Ce morceau est devenu rare.