‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 14 sur 43 · TS AD · texte numérisé non relu

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Puisque la réalité des faits observés nous oblige à voir dans la sécurité un effet naturel dela vie sociale, la sécurité sera conditionnée par le milieu social et soumise à ses variations. Ainsi, la sécurité, étroitement solidaire de la société, doitnécessairement varier avec chaquecivilisation. Autrefois, pendant toute la durée du moyen âge, la sécurité fut très faible. En 1188, tous les croisés furent dispensés de payer l'intérêt de leurs dettes particulières et obtinrent un délai de trois ans pour s'acquitter du principal. Des mesures analogues furent adoptées contre les juifs et les usuriers en 1223, en 1229, en 1331 à la demande formelle de la noblesse. Enfin le prêt était défendu par l’Église. Il est logique de supposer que le taux de l'intérêt, à cette époque où les questions de parti et de religion pénétraient les questions économiques, où les lois et l’administration non seulement ne protégeaient pas l’exécution des engagements, mais encore les violaient, monta très haut par suité de l’accroissement de la prime d'assurance. À cette époque, c'était la somme des risques qui formait l'appoint principal du taux de l'intérêt. Mais cette époque troublée du moyen âge est anormale et nous ne retrouverons que rarement le taux de l'intérêt dans une pareille situation. Désormais les variations de la prime d'assurance ne dépasseront pas 3 ou 4 p. 100.

De nos jours, avec le progrès de la civilisation, la sécurité devient plus grande et ce développement de la prime d'assurance, cette excroissance énorme d’une partie de l'intérêt au détriment des autres n'existe plus. Il s’est produit un changement, un déplacement dans les éléments du taux de l'intérêt et il est revenu à la situation qu’il

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occupait avant le moyen âge dans les civilisations méditerranéennes. Actuellement, les mouvements de l'insécurité sont moins amples qu'au moyen âge, plus brusques et plus courts et se produisent seulement dans un état, une région déterminée. Il en résulte que les anomalies de la prime d'assurance ne se présentent plus d’une facon aussi violente au point de donner un taux d'intérêt de 15 à 20 p::100:

L'insécurité est un facteur important. Elle exerce une double influence sur le taux de l'intérêt; en premier lieu elle raréfie l'épargne et tend à faire monter le taux de l'intérêt pur, en second lieu elle grossit la prime d’assu- : rance et la concurrence de ces deux faits donne une élévation plus accentuée du taux de l'intérêt.

La sécurité est le bien que l'humanité a mis le plus de temps à conquérir et c’est ce qui a le plus retardé ses premiers progrès. La sécurité progresse avec la civilisation et nous sommes aujourd hui dans une phase de plus grande sécurité. Malgré la perfectibilité de la séeurité, une croyance à la suppression des risques sociaux, partant de la prime d'assurance, est bien incertaine.Si nous réfléchissons que les États arriérés nous offrent des exemples de faible sécurité et si surtout nous tenons compte de la résurrection de l’insécurité dans les régressions plus ou moins passagères des sociétés quand éclatent les révolutions et vivent les passions sociales, ne devient-il pas impossible de nier les variations de la sécurité. Ces variations existeront toujours par l’effet des actions et réactions des hommes les uns sur les autres, par suite des conditions et des nécessités de leur vie en commun. Le présent apporte avec lui, en échange des injustices et des risques qu’il fait disparaître, une somme égale de nouveaux risques et ‘de

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nouvelles injustices. Enfin, les époques de troubles, de guerres, de misère ont tant de fois succédé aux époques de paix et de prospérité qu'il est difficile de croire que les peuples vont s'orienter vers un avenir plus sûr.

La prime d’assurance varie avec la sécurité et toutes les. fois qu’elle augmentera ou diminuera, l'intérêt, si son mouvement est suffisamment prononcé, haussera ou baissera. 7

Les variations de l'intérêt pur ou de la prime d’assurance constituent les variations simples de l'intérêt. Ces variations simples du taux de l'intérêt sont caractérisées par l’augmentation ou la diminution tsolée de l'intérêt pur ou de Ja prime d'assurance.

Il arrive souvent que l'accroissement -ou l’abaissement de l'intérêt pur coïncide avec l'accroissement et l’abaissement de la prime d'assurance. Les variations de ces deux éléments existent en même temps et dans le même sens. Nous assistons alors au phénomène des variations synchroniques du taux de l’intérêt. Ce qui les caractérise, c'est qu'elles abaissent ou élèvent le taux de l'intérêt d’une façon plus sensible.

On à vu ce phénomène des variations synchroniques se produire pendant les années 1848 et 1849. La révolution de 1848 par le trouble qu’elle jeta dans les esprits et les affaires exerça sur l'intérêt une influence considérable. I] se produisit une diminution du crédit, chacun retira l’épargne de l'état actif pour la mettre sous forme expectante, la monnaie, car chacun, se défiant de l'avenir, éprouva le

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besoin d’avoir sous la main une forte réserve de monnaie plus considérable qu'à l'ordinaire, l'offre faiblit. Les affaires diminuèrent, la demande des capitaux fut moins grande, mais la première force fut plus violente, et l'intérêt pur monta. Ensuite, sous l’influence de l'élévation des risques sociaux, la prime d'assurance s’éleva. La concurrence des ces deux variations fit monter très haut le taux de l'intérêt. |

Ainsi le taux de l'intérêt n'est pas l'œuvre du hasard ou d'une volonté aveugle, il est le produit des forces qui règnent dans le milieu social; forces abaissantes, telles que la puissance de l'épargne, la sécurité, un gouvernement stable, l'improductivité des capitaux ; forces ascendantes, telles que la faiblesse de l'épargne, l'insécurité, la productivité des capitaux, les guerres, l'extension des emprunts, la croissance des budgets, l’activité des affaires. Toutes ces forces pèsent sur le taux de l’intérêt, tendent à l’élever ou à l’abaïisser et en vertu du principe que les mathématiciens appellent composition des forces, leur conflit donne comme résultat une force unique de direction qui sera, tant que ces forces agiront dans les mêmes proportions, la marche du taux de l'intérêt.

Mais le milieu social n'est pas fixe et immobile, il est entrainé tout entier par un mouvement général qui le modifie lentement et qui produit un changement, un déplacement. de toutes ces forces. Toutes ces forces étroltement liées entre elles, dépendant mutuellement les unes des autres, ne peuvent jamais rester dans des relations fixes; les unes s’accroissent, les autres faiblissent; dans ce cas elles se contrarient et se neutralisent les unes les autres, de petites vibrations agitent seulement l'intérêt,

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iln’en résulte aucun mouvement considérable, c est ce que nous voyons se produire tous les jours. Mais à d’autres moments — ou bien chacune de ces forces s’accroit' ou faiblit d’une façon exagérée et produit ce que nous appelerons une oscillation simple — ou bien toutes ces forces s’accroissent ou faiblissent à la fois, et leurs effets s’ajoutant, se superposant les uns sur les autres, accentuent le mouvement et donnent comme résultante une oscillation composée et qui peut avoir une grande ampleur, dans ce cas nous touchons à une crise de l'intérêt. Quand la période de l’oscillation est ascendante l’intérêt monte, mais à cette évolution succède une dépression (1) par suite d’une oscil lation descendante et l'intérêt baisse. C’est la succession de ces oscillations simples ou composées qui constitue les variations de l'intérêt.

Il n’est pas toujours possible de voir ces variations se produire rapidement, les mouvements sociaux sont très lents, la seule preuve que nous en avons, c’est que l’intérêt varie.

Les variations de l’intérêt dépendent des mouvements séparés ou synchroniques de l'intérêt pur et de la prime d'assurance.

(4) C'estce que M Pontus E. Fahlbeck appelle des variations compensatrices. À la suite d'une forte variation supérieure on inférieure, vient immédiatement une variation analogue en sens opposé.

« De la régularité dans les choses humaines ou les types statistiques et leurs variations, paru dans J. S. S. de Paris, année 1900. »

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