‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 13 sur 43 · LEO · texte numérisé non relu

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pondance) toutes les fluctuations liées à la productivité des capitaux. C’est pour cette raison que M. P. Leroy- Beaulieu a considéré cette productivité comme le grand. principe directeur de la marche de l'intérêt dans ses grandes lignes et dans les temps modernes. Nous avons vu que ce n’était qu'une vérité relative.

La deuxième source de la demande, les emprunts de consommation dépendent dans un pays donné de causes multiples, difficilement analysables, telles que la température, la fécondité du sol, le travail et l’épargne des habitants, le gouvernement et la politique intérieure ou extérieure. Dans l’agriculture par exemple et pour un produit déterminé, le vin, lorsque les récoltes donnent un profit suffisant, les propriétaires n'emprunteront pas pour vivre. Mais au contraire si {par suite de circonstances exceptionnelles : chaleur et pluies espacées, la récolte a été trop abondante (1), il y aura mévente et avilissement des prix. C'est ce qui se passe aujourd’hui en Algérie et dans le midi de la France. Le propriétaire sera donc forcé d'emprunter pour attendre la prochaine récolte plus rémunératrice peut-être. On peut prétendre que ce malaise sera très atténué si les habitants de la région. sont prévoyants et ont épargné au temps des bonnes récoltes. Dans un autre ordre d’idées, si le gouvernement est sage, plus porté à une direction tranquille des affaires qu’à une

(1) Sans le crédit, le propriétaire, après sa récolte, ne peut le plus souvent attendre un moment favorable pour la livrer au commerce car il doit subvenir aux besoins de sa famille, et il est obligé de se défaire de sa marchandise en temps inopportun. La conséquence, c'est que souvent les années d'abondance ne donnent même pas aux cultivateurs les moyens de réparer les dettes des années de disette. Le propriétaire est donc obligé d'emprunter souvent.

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activité brouillonne ou à des conquêtes dangereures, il n’y

aura pas de guerres ou d'expéditions lointaines dont le résultat final se traduit par des emprunts répétés et l'amoindrissement de la richesse du pays.

Les emprunts publics en effet, contractés d'ordinaire dans les temps difficiles, sont faits à un taux d'intérêt extraordinairementélevé. Cela influe aussitôt sur le taux de l'intérêt en général, au grand préjudice des entrepreneurs que le déplacement de beaucoup de capitaux à déjà mis dans une position très défavorable. A la longue le taux de l'intérêt stipulé par la dette publique n’exerce plus d'influence sur l'intérêt, du moment quele créancier ne peut en demander le remboursement. La dette publique prend alors le caractère de capital fixe, dont la valeur échangable s'établit sur le rendement annuel multiplié par le taux de l'intérêt courant. C’est ce qui s’est produit par exemple en 1815 à la liquidation de l'Empire, et en 1871 à la liquidation de la guerre avec la Prusse. (Voir chap. IT, des Variations du taux de l'intérêt pendant le xIx° siècle, page 77.)

Ainsi les emprunts de consommation Constituent dans la demande une portion fixe, qui peut, sous l'influence de circonstances nombreuses, s’accroître fortement. Nous devons en tenir compte, sous peine à certain moment de. ne pouvoir expliquer l'élévation du taux de l'intérêt.

L'étude de l'offre et de la demande, l’une représentée

par l'épargne, l’autre par les emprunts de production et

de consommation, est achevée. Nous voyons queles deux termes ne sont jamais entre eux dans des rapports fixes. Quand la demande, surtout quand la productivité des capitaux baisse, l’épargne fait surproduction, mais elle

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s'arrêtera car le taux de l'intérêt baissant la découragera ; l'épargne deviendra insuffisante, le taux de l'intérêt s’élèvera et si à ce moment la demande augmente, il s’élèvera encore d'avantage; l’épargne de nouveau sera encouragée et le cycle recommencera.

C’est la réaction ou la discordance de ces deux termes qui produit la hausse et la baisse de l'intérêt pur, et par conséquent du taux de l'intérêt, puisque le mouvement s’il est violent se communique à tout l’ensemble. Il n’est pas toujours possible de voir rapidement la réaction se produire, la cause provient de ce qu'un des termes, l'épargne, est relativement constant tandis que l’autre, la demande, est très variable par suite de sa liaison étroite avec la productivité des capitaux.

Nous avons examiné une des causes des variations du taux de l'intérêt : l'augmentation ou la diminution d’un de ces éléments, l'intérêt pur; il nous faut examiner la deuxième : l’élévation ou l’abaissement de la somme des risques.

Dans l'analyse du taux de l'intérêt et plus spécialement de la prime d’assurance nous avons vu que cette prime se décomposait en deux parties : l’une représentant les risques particuliers et l’autre les risques sociaux. Les risques particuliers découlent de la personne de l’emprunteur ou de la destination du prêt, ils varient donc avec chaque emprunteur ou pour chaque prêt et leur traduction : la somme des risques particuliers, ne pourra, en variant,

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que faire varier l'intérêt de certains prêts ou certains groupes de prêts de même nature. Ainsi le phénomène des variations des risques particuliers est cérconscrit, local, ne s'étend pas à travers la couche générale des prêts et ne pourra jamais faire varier le taux d'intérêt de tous les prêts d’un pays à une même époque.

Quant aux risques sociaux, ils sont généraux et affectent la prime d'assurance de tous les prêts d’un pays à un moment donné. Ce sont ces risques sociaux qui font varier le taux de l'intérêt.

Il va donc falloir employer notre méthode habituelle et remonter à la cause originelle: les variations de la sécurité sociale.

La sécurité est un produit de l’évolution sociale. Une preuve suffisante de cette origine se trouve dans ce fait bien constaté qu'elle fait défaut à la naissance même des sociétés primitives tant que le développement des conditions économiques d’une vie collective n’est pas suffisant pour permettre l’éclosion de ses premiers rudiments. L'histoire nous apprend èn même temps que la sécurité se développe parallèlement au progrès de l’organisation sociale : la société protège d’abord la vie humaine, c’est sa première fonction, cette protection s'étend ensuite aux capitaux, puis aux droits de créance, enfin à des droits plus contestés, tels que les inventions et la propriété littéraire. C’est l'explication des variations de la sécurité suivant les temps et les lieux par suite de sa dépendance des conditions et circonstances qui l’eñngendrent. C'est ce qui nous explique aussi que la sécurité a été le principe directeur de l’abaissement du taux de l'intérêt dans les temps modernes.

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