‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 3 sur 43 · L: pt 2 TE · texte numérisé non relu

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Dans la société, il y a des individus qui ne réussissent jamais à se constituer un fonds pour parer aux éventuali-

tés qui peuvent réduire momentanément leurs ressources ; ils empruntent en cas de maladies, de mauvaises récoltes et se libèrent très exactement quand les circonstances leur redeviennent favorables : ce sont les emprunteursconsommateurs. À côté de ces individus, il s’en trouve d’autres qui, ne possédant rien, empruntent de l’épargne pour diriger ou monter sous leur responsabilité personnelle une entreprise industrielle ou commerciale : ce sont les emprunteurs-entrepreneurs. Ces emprunteurs iront trouver les propriétaires d'épargne et leur diront : « La possession présente de votre épargne ne vous est d'aucune utilité, c’est sa possession future qui vous est nécessaire. Pour nous, au contraire, sa possession actuelle nous rendrait un grand service. Prêtez-nous-la. En échange nous vous donnerons, pour chaque année de son usage, une somme d'argent qui sera par exemple de 5 francs pour 100 francs. » |

Cette somme, cette redevance que l’emprunteur de l’épargne paie au prêteur, soit à des intervalles stipulés, soit chaque année, sans que cette redevance, füt-elle prolongée pendant des années, le dispense de restituer intégralement le tout à l'expiration de la période du prêt, s'appelle értérét. |

Aïnsi l'intérêt n'est pas autre chose que le loyer de l'épargne. L'intérêt se différencie donc nettement de la rente qui est le revenu de la terre, du fermage qui en est le loyer et du profit qui est la rémunération de l’entrepreneur.

L'intérêt est un phénomène universel et nécessaire, si

nécessaire même que la société, grâce à sa merveilleuse plasticité, l’a toujours conservé, quand il fut interdit, en le rétablissant sous une autre forme. Sans lui, toute l’activité commerciale et industrielle des peuples s’éteindrait, les œuvres économiques les plus importantes resteraient à l’état d’ébauche et dans sa marche vers le progrès, la société serait arrêtée par l'impossibilité de réunir les éléments matériels de chaque amélioration. La société resterait cristallisée (1). L'intérêt est la condition de toute civilisation.

Malgré cette nécessité, le prêt à intérêt — « comme il touche à ce qu’il y a de plus vif dans les intérêts matériels de la société (2) » — fut toujours un grave sujet d'étude, souvent même un âpre sujet de discussions. Les philosophes le contestèrent et l’attaquèrent, les théologiens l’interdirent et le flétrirent, enfin les économistes le reconnurent mais le discutèrent.

Ainsi, de tout temps, les hommes se sont posés cette question quand ils ne l'ont pas niée : L'intérêt est-il légitime ? Pourquoi le capitaliste-prêteur reçoit-il sans cesse et sans peine cette redevance appelée intérêt ?

Les opinions sur ce sujet sont nombreuses.

(1) « On peut à peine se figurer ce que serait un monde où l'intérêt n’existerait pas. À coup sûr, il ne s’y rencontrerait aucune division profonde du travail et des occupations, pas d'échanges, presque pas ou point de progrès. » (LerOy-BrauLiEU : Essai sur la répartition des richesses, P. 236.)

(2) TropLowc : Code civil expliqué, t. XIV, préface, p. 2.

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