RASE
servent qu’à combler des déficits budgétaires (1) au Heu de procurer des réductions de dépenses ou d'impôts. Bien plus, la baisse de l'intérêt produit une énorme déperdition d'épargne, les États, les départements et les communes profitent de cette baisse pour avoir recours constamment à des emprunts. € Il n'est, dit M. P. Leroy-Beaulieu, si mince bourgade, se qualifiant du nom de ville, qui ne doive avoir son chemin de fer, ni hameau si infime qui ne doive posséder une bonne route. On n’établit plus aucun rapport entre le prix d’un travail publie et l'utilité qui en résulte. » Ces emprunts sont de véritables dépenses voluptueuses, faites au détriment de l'intérêt général. Au point de vue plus spécial des consommateurs, il semble que la baisse de l'intérêt soit un bien. Dans le prix de revient de chaque produit, il y a une part destinée à la rémunération du capital, les prix doivent donc baisser avec la baisse de la part du capital et chaque consomma-. teur en en bénéficiant aura la possibilité d’accroitre ses consommations, où d'augmenter son bien-être sans dépenser davantage, à moins qu'il ne préfère faire de nouvelles économies. En réalité, cet avantage est fort douteux. La question de la baisse concomitante des prix et du taux de l'intérêt est fort complexe, fort incertaine. Dans ce dernier quart de siècle, c'est le contraire qui s’est produit et en général les prix ont haussé alors que le taux de l'intérêt
(4) C'est sous la pression des déficits que M. Tirard, ministre des finances, convertit le 5 p. 100 en 41/2 p. 100 en 1883: il en fut de même en 1885 quand M. Rouvier convertit Le # 1/2et le 4 p. 400 en. 3 p. 100 perpétuel ; enfin c'est encore sous la pression des déficits budgétaires que M. Burdeau convertit le 4 1/2 en 3 1/2 p.100 en 1894. 3
Voir Traité de la sciences des finances, Lerox-BeauLieu, t. I, p. 531.
diminuait. En admettant même que cette question fût tranchée par l’affirmative, comme la baisse du taux de l’intérêt amène une diminution du revenu de chacun, ce n'est pas un avantage; le consommateur dépense moins. mais d’une facon correspondante gagne moins. La question est donc fort douteuse.
Au contraire la baisse du taux de l'intérêt. semble vouloir développer chez chacun le goût du luxe. Le même phénomène que nousavons vu se produire chez les États, les départements, les communes se reproduit chez les particuliers. Moins le capital rapporte, plus on est porté à le dépenser, à le dissiper ou à le convertir en objets
d'art et d'agrément.
En résumé, la baisse du taux de l'intérêt n'est pas avantageuse à la consommation des richesses.