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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La verrue est constituée par l’hypertrophie, ou si l*on veut par la production exagérée des éléments ou des tissus simples de la peau.

11 est commun de voir les différents éléments de la peau s’hypertrophier en même temps et alors on éprouve des difficultés très réelles à reconnaître la véritable nature de la tumeur. Nous jugeons donc utile de rappeler en quelques lignes la structure de la peau normale et en particutier de ce qu’elle présente de spécial à la région plantaire.

La peau se compose de deux couches, le derme et l’épiderme.

Le derme lui-même est formé d’une trame, d’un véritable feutrage de faisceaux, de volume variable composé de tissu lamineux, de fibres élastiques et de fibres musculaires lisses, sauf à la face plantaire où cet élément fait défaut.

Il est surmonté d’un élément dit accessoire, et qui, au point de vue de notre sujet, est des plus importants, c’est la papille.

On divise les papilles en simples et composées : les premières, incomparablement les plus nombreuses, sont remarquables par l’inégalité de leur volume, la variabilité extrême de leur configuration, leur dissémination sans ordre sur tous les points de la peau. On en trouve à la plante du pied, mais elles sont beaucoup moins importantes que les papilles composées : celles-ci affectent presque tou. jours une forme identique, celle d un cône ; elles se bifurquent parfois à leur sommet et n’offrent que deux papilles secondaires de volume ordinairement inégal; d’autres en présentent trois, quatre, quelquefois cinq, rarement plus.

Albinus et quelques anatomistes admettaient qu’elles sont formées par juxtaposition de plusieurs papilles simples, unies et confondues à leur base, indépendantes à leur sommet, par suite elles auraient la forme d une gerbe.

Elles se rangent en séries linéaires, rectilignes ou curvilignes, chaque couple de sériés reposant

sur une petite crête du derme ; cet accouplement de séries distingue plus particulièrement les papilles plantaires.

Chacune d’elles est constituée par un stroma de tissu la.mineux très développé, par quelques fibres élastiques très ténues et une substance amorphe signalée par Robin, qui les relie entre elles.

Ce stroma de tissu fibreux sert de support à des vaisseaux constitués par un capillaire recourbé en anse, unique si la papille est simple, mais si la papille est composée, on compte autant d'anses vasculaires que de saillies de second ordre.

En outre, on voit assez fréquemment s’ajouter à ces anses une ou deux arcades anastomotiques qui les relient entre elles, surtout dans les papilles d’un certain volume, les anses forment un petit plexus : cette disposition s’observe communément à la plante des pieds.

Les papilles composées ne renferment pas toutes des nerfs, celles qui en sont pourvues ont pour siège presque exclusif la paume des mains et la plante des pieds. Les tubes nerveux, au nombre de 4 ou 6, sont accolés les uns aux autres et se terminent dans les corpuscules du tact : on nomme ainsi de petits corps ovoïdes formés par l’enroulement des tubes nerveux et une substance granuleuse occupant le centre du corpuscule.

Etant connue l’anatomie d’une papille composée, il devient aisé de comprendre le mode de dévelop^ pement d’une verrue, qui n’est que l’exagération

de volume d’une papille. Ainsi, on voit les cellules du tissu lamineux formant le squelette de la papille, proliférer abondamment, donnant naissance à de nouvelles cellules qui envahissent les couches superficielles du derme, et refoulent la couche de Malpighi et l'épiderme.

Les vaisseaux de la papille normale s’alIong*ent dans la verrue, se dilatent, mais restent disposés de la même façon ; ils pénètrent la papille par son centre, et ce sont eux qui forment ces points d’où sort le sang, quand on racle une verrue. Parvenus au sommet du cône papillaire, on voit ces vaisseaux redescendre vers la base.

D’après Jolieu, ces canaux sanguins peuvent s’élargir énormément, devenir variqueux, fournir des hémorrhagies très abondantes, jusqu’au point d’arriver à former de véritables varices papillaires; qu’on ajoute à cela un travail inflammatoire s’emparant de la tumeur, il en verra des produits d’exsudation, de la matière amorphe, des corpuscules granuleux, des éléments fibro-plastiques, infiltrer, empâter les éléments primitivement simples de la verrue, on comprendra alors combien cette tumeur ainsi défigurée peut devenir d’un diagnostic difficile.

L’épiderme partage l’hypertrophie des autres éléments papillaires; d’après Samier, l’épaisseur de la couche cornée qui revêt les verrues de la plante du pied est double, et même triple de celle qui revêt les verrues de la face ; on sait, du reste, que

partout où le frottement est énergique, l’épaisseur épidermique devient énorme, sur les verrues plantaires elle constitue parfois une véritable cuirasse, ce qui pourrait faire penser à l’existence d’un simple durillon, l’abrasion seule peut éclaircir le diagnostic.

Il est rare qu’une verrue soit composée d’une seule papille hypertrophiée, on en rencontre habituellement un grand nombre séparées les unes des autres par une tunique épithéliale.

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