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SYMPTOMES ET MARCHE

Lorsqu’elles commencent à se développer, les verrues ne donnent que de légers indices de leur présence. D’abord l’épiderme se soulève, on sent en promenant l’extrémité du doigt sur la peau un point dur et arrondi, que l’œil peut à peine découvrir; les papilles se dressent, s’épaisissent, s’arrangent autour d’un point central et végètent en s’écartant de leur base qui est ordinairement plus large que leur sommet.

Leur forme est variable : généralement elles sont plates comme aux mains, font peu saillie au-dessus de l’épiderme, elles ressemblent à un durillon, mais souvent elles se déforment. M. Follin, qui a souvent eu l’occasion d’en voir, dit que sous l’influence des pressions entre le sol et le plan osseux, la verrue prend la forme d’un large champignon.

Elle se trouve alors enfoncée dans la peau comme le serait un bouton de chemise. En pinçant entre les doigts l’endroit où siège la verrue, on sent une sorte de noyau induré, aplati, s’enfonçant dans l’épaisseur de la peau comme un cçrps étranger.

Leur coloration est variable; au début elles ont une teinte claire qui, peu à peu, devient une coloration d’un vert foncé allant jusqu’au noir.

Leur volume est des plus variables, il est compris en général entre celui d’un grain de blé et celui d’une aveline, mais elles peuvent acquérir un volume considérable. Un traitement mal conduit, les irritations dues à la marche, semblent être un excitant puissant à leur rapide évolution; parfois elles sont le point de départ d’ulcères épidermiques et simulent alors des tumeurs d’une autre nature.

Elles sont très hygrométriques, par suite augmentent sensiblement de volume pendant les temps de pluie ; ce phénomène se remarque nettement aux pieds où la même cause rend les cors douloureux lorsque le malade porte des chaussures trop étroites. >

Les verrues plantaires sont souvent multiples, mais moins cependant que sur le dos des mains. Le fait capital de leur histoire est la douleur souvent excessive que provoque leur présence sur les points du pied en contact avec le sol. Qu’on lise une à une les observations rapportées à la fin de notre travail, on se convaincra que dans aucun cas ce phénomène n’a manqué, c’est sur lui que le

malade appelle toute votre attention, il en résulte parfois une véritable incapacité de travail.

En étudiant F anatomie pathologique, nous avons insisté sur l’épaisseur souvent énorme de la couche épidermique qui recouvre la verrue. Ces excroissances, peu vasculaires, sont en effet surtout cornées, elles peuvent siéger indistinctement sur tous les points de la face plantaire, mais on les trouve le plus souvent aux talons ou à l’extrémité antérieure des métatarsiens.

Avant d’étudier la marche dé ces excroissances, il nous semble utile de dire quelques mots des verrues se développant sous les ongles des orteils.

L’ongle repose, comme on le sait, sur une couche de papilles très développées. Or, ces papilles, comme tontes les autres, sont susceptibles de s’accroître ; il en résulte la formation d’une tumeur mamelonnée à large base, dont la surface extérieure formée en apparence de bourgeons charnus très fins, soulève la lame unguéale généralement sur un des côtés et vient faire une sorte de hernie entre le bord de l’ongle et la rainure digitale correspondante. C’est là une variété d’onyxis toute spéciale, observée déjà par Follin et dont Leroy d’Etioles a donné une figure qui se rapporte à la même lésion.

Que devient une verrue plantaire abandonnée à elle-même? Elles peuvent guérir spontanément comme celles des mains, sans cause appréciable, parfois dans le cours d’une autre maladie, une fiè-

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vre typhoïde, par exemple. Ailleurs elles guérissent seules encore, parce qu’il se sera développé au-dessous d’elles un petit abcès : la guérison peutêtre complète, car le derme sous-jacent est intact. Chez d’autres elles sont très tenaces et durent pendant des années si on n’intervient pas; quelquefois elles tombent, mais pour repousser rapidement et parfois plus nombreuses.

Une question importante est celle de savoir si une verrue abandonnée à elle-même peut être le point de départ d’un épithélioma? Au début de ce travail, nous avons signalé ce fait rapporté par Hébra, que chez certains individus âgés on voit à la nuque et aux pieds des verrues de coloration noirâtre, qui constituent parfois l’origine d’un épithélioma.

Leplat, dans sa thèse sur le cancer plantaire, dit que l’irritation répétée des verrues a quelquefois engendré la dégénérescence, mais il ne donne aucune observation à l’appui.

Nous ne pouvons donc que citer, sous leur responsabilité, l’opinion de ces deux auteurs. On pourrait, pensons-nous, se demander si ces prétendues verrues dégénérées ne seraient pas un épithélioma développé d’emblée, mais de diagnostic impossible au début.

Une autre question, non moins importante, est celle de. savoir si une verrue peut être l’origine d’un mal perforant.

Boyer en étudiant ce genre d’ulcération avait

déjà noté que la perte de substance était parfois précédée d’une tumeur verruqueuse.

MM. Robert, chirurgien de l’hôpital Beaujon, et Verneuil, auraient eu l’occasiou d’étudier toutes les phases de la maladie. Ils ont vu qu’il s’agissait d’une hypertrophie papillaire considérable, suivie d’une vascularisation insolite de ces petits organes qui se ramollissent ensuite et donnent ainsi naissance à une ulcération très rebelle, qui tend à se propager vers la profondeur.

Ces lignes empruntées à Gorju, dans sa thèse inaugurale (1855), ne sont suivies d’aucun document à l’appui ; il dit, du reste, que les observations manquent absolument sur ce point de l’étiologie du ma! perforant. Les nombreuses thèses écrites depuis sur ce genre d’affection sont absolument muettes à l’égard des verrues plantaires. Gela tient-il à ce que l’on n’y a pas prêté assez d’attention, ou bien à ce que le malade était forcé par la douleur de se débarrasser de son infirmité avant que le mal ne tût arrivé à i’ ulcération ?

M. Després nous a dit no point admettre la verrue comme cause du mai pe {forant, et de fait, quelle que soit la théorie que l’on admette au sujet de la formation de cette ulcération, on ne conçoit guère que la verrue puisse lui donner naissance.

On sait que dans ce genre d’excroissance les papilles du derme s’engrènent fortement avec les prolongements envoyés par* l’épiderme en sens inverse sans frottement; s’il y a formation d’un petit

abcès, il laisse au-dessous de lui le derme parfaitement intact, et le mal ne s’étend même pas à la couche sous-cutanée, loin de donner lieu, comme cela arrive pour le mai perforant, à une ostéite ou à une arthrite.

Nous avons vu qu’une verrue irritée par la marche ou des abrasions insuffisantes, s’accroissait de plus en plus : la marche du mal perforant est justement l’inverse, le derme se détruit, disparaît même entièrement, il ne reste plus que des fong’osités insensibles. Les papilles fongoïdes de la verrue plantaire deviennent de plus en plus douloureuses : ceci prouve bien qu’il n’y a pas là de lésion nerveuse comme dans le mal perforant, et que ce sont deux affections de nature toute différente.

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