HISTORIQUE
Les verrues sont connues de toute antiquité : les plus anciens auteurs de la Grèce et de Rome nous ont laissé des descriptions qui s’appliquent évidemment aux tumeurs qui nous occupent, bien qu'ils arent-étudié spécialement les tumeurs végétantes des parties génitales: Ils désignaient sous le nom d’Acrochordons les verrues pédiculées, sous celui de Myrmécies les excroissances de même nature mais sessiles, enfin ils dénommaient fici ou thymi les verrues végétantes; c’est ainsi qu'Hippocrate les appelle. Galien les a également observées, mais ses idées sur leur nature sont pleines d’obscurité. Pour lui elles seraient formées par une matière hétérogène poussée avec violence vers la peau par la force des facultés internes (Lib. Il. De Morb.).
Celse insiste sur les verrues plates qu'il qualifie « verrucæ formicariæ, » à cause des fourmillements auxquels elles donnent lieu, si l’on incise leur surface.
Ïl signale leur existence possible à la face plantaire en insistant, fait important pour notre sujet, sur les vives douleurs qu'elles déterminent.
La doctrine de l'existence d’une dyscrasie spéciale, servant de base a l’éruption verruqueuse, fut accueillie avec ferveur, amplifiée même par les chirurgiens du moyen âge. Ainsi, Guy de Chauliac, dans son grand traité de chirurgie, en s’appuyant de l'autorité d'Avicennes et des auteurs qui l'ont précédé, nous dit: « Le principe de ces excroissances procède d’une humeur grossière, mélancolique ou phlegmatique salée, convertie en mélancolie, qui, destituée de circulation, s’épaissit insensiblement et forme des callosités qu’on appelle verrues » Idée reprise quatre siècles plus tard par Rousselot et son plagiaire Laforest ; l’un et autre eurent cependant le mérite de chercher à distinguer les verrues des cors, le premier faisait remarquer, avec raison, qu'elles s’attachent plus rarement aux pieds qu'aux mains Où au visage.
Avec Ambroise Paré nous retrouvons les doctrines de Celse reproduites presque littéralement.
Après la première apparition de la syphilis au siège de Naples, en 1494, les médecins contemporains, vivement frappés par la gravité de la maladie nouvelle qu'ils observaient et qui bouleversait toutes les idées admises, crurent voir l'influence de la vérole dans toutes les exeroissances de la peau, en particulier celles qui siégeaient sur les organes sexuels.
C'est dans le livre très intéressant publié, en 1698, par Nicolas de Blegny, que nous avons trouvé les premières dissonances dans ce concert unanime :
LE poes
« On sait par expérience, dit-il, qu’on peut voir dans ceux qui ne sont pas vérollez, des douleurs, des dartres, des verrues, des poireaux. »
Lebègue de Presles et surtout Fabre, dans son traité si longtemps classique, adoptent l’idée de Blegny et s'appuient sur ce que verrues et poireaux peuvent persister malgré un traitement mereuriel, comme elles disparaissent souvent d’elles-mêmes sans aucun traitement interne,
Lorry au xvni° siècle parle d’une manière originale sur les diverses excroissances de la peau, dans son important ouvrage sur la dermatologie. Il divise ses productions en deux classes : 1° productions calleuses ; 2° productions verruqueuses ; classification adoptée par Plenk, son contemporain.
Dudon, dans son manuel du pédicure, s’occupa surtout du traitement des verrues.
Avecles progrès rapides de l’histologie, l’anato mie normale et par cuntre-coup l’anatomie pathologique de ces excroissauces, commença à être mieux connue. On sut alors que les verrues étaient constituées par les papilles de la peau hypertrophiées et recouvertes d’un revêtement épithélial comm un oupropre à chacune d'elles. -
On rapprocha ces tumeurs des excroissances quel'on voit apparaître sur les muqueuses qui sont aussi des papillomes.
Rayer, dans son traité des maladies de la peau, signäle les verrues plantaires, mais sans s'attacher à leur description spéciale.
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Lebert parle aussi des verrues dans son anatomie pathologique, et atiribue leur chute à la tendance qu'elles présentent à l’étranglement, au peüt nombre et à la petitesse des vaisseaux qu'elles renferment.
Il faut observer que certaines tumeurs, ressemblant à des cancroïdes, peuvent tomber spontanément, et, à ce sujet, il insiste sur l’analog'ie de ces excroissances entre elles, malgré la différence capitale qui les sépare au point de vue de la marche et surtout de leurs conséquences.
D'après Hebra, la littérature anglaise représentée par Plumbe, Thomson, Pearson, Er. Wilson et parmi les modernes, Fox et Hellier, traite d'une façon complète cette question des verrues.
En 1812, Hénin a fait paraître un mémoire sur le même sujet, mais leur nature et leur symptomatologie variable suivant les sièges, l'occupe moins que leur traitement.
Les ouvrages allemands nous fournissent les données les plus étendues que nous possédions, Franck cite une bibliographie qui s'étend depuis l'antiquité jusqu’à son époque et qui, malgré nombre de faits avérés faux de par la science moderne, est pour les spécialistes de la plus haute importance. |
L'anatomie en a été élucidée d’une manière complète par Kraëmer, von Barensprung, G. Simon de Berlin, Weld, et enfin Virchow. Dans son traité des tumeurs, ce dernier, résumant les travaux pré-
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cédents, écrit longuement sur les tumeurs verruqueuses en général. Après avoir rappelé que la peau est le siège principal de ces tumeurs, il reproduit la classification de Celse et de Galien en faisant remarquer l'importance que les anciens attachaient, dans l’étude de ces excroissances, à leur forme extérieure et à leur consistance. Il décrit, en y insistant, leur structure histologique et signale ce fait, qu'il n’est pas nécessaire, pour que le papillome se forme, qu'il y ait des papilles préablementi existantes, et que, par conséquent, des papillomes peuvent se former sur des surfaces où il n’existe pas de papilles physrologiquement.
Il signale encore ce fait remarquable, que ce n’est pas toujours dans les endroits les plus riches en papilles que se forment les verrues. Ainsi les papilles de l'intestin sont très nombreuses et très développées, cependant les verrues y sont rares. Il suffit, d’après lui, pour que cette production se forme, qu'il y ait du tissu connectif, car le point essentiel est que le tissu superficiel produise par prolifération, de quelque manière que ce soit, une masse qui apparaisse comme un petit bouton arrondi ou une proéminence aplatie.
Telle est la théorie de Virchow, pour la formation de toute production papillaire. Le tissu connectif joue le rôle fondamental, c’est lui qui prolifère avant que les vaisseaux n'apparaissent et ne s’accroissenten longueur et en largeur.
C'est de cette façon que l'on voit se former ces
alt ES excroissances verruqueuses sur les eartilages et même sur les séreuses. .
L'histologiste allemand n’admet pas que l’on attache tant d'importance à la forine : il trouve inutile de dénommer, avec Kramer, ces tumeurs pa: pillomes, puisque l’on a assez d'expressions pour désigner toutes ces différentes végétations.
La tumeur formée du tissu connectif revêt simplement la forme verruqueuse ; son nom doit donc être fibrome, son adjectif papillaire ou vérruqueux. Quand bien même un revêtement épithéliai s’ajouterait au néoplasme, on devrait les ranger dans la classe des fibromes papillaires.
On en aurait trouvé dans les glandes, sur la paroi des follicules pileux; en pressant sur le conduit dilaté de la glande, on pouvait faire saillir laverrue qui. généralemeni, était pédiculée. (Virchow, in Pathologie des tumeurs. Art. Fibromes papillaire. Traduct. française, par Aronhson, tom.l, 1867.)
Alibert, Cazenave, Gibert, Devergie, Baudot, Caillot, Chausit et plus récemment Bazin et Hardy, ne nous donnent aucun renseignement spécial sur ce sujet.
Dans les différents classiques modernes, Boyer, Vidal de Cassis, Nélaton, Follin, Jamain et Terrier, nous trouvons des descriptions très générales, sans que ces auteurs puissent consacrer de nombreuses pages à exposer les différentes modifications de la verrue, suivant son siège.