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POUR L ARBRE DE NOËL II

Pour l'Arbre de Noël offert aux Enfants de Notre-Dame de Clignancourt

elui que cette nuit vit naître, Chers petits enfants du faubourg, Fut ouvrier, le divin Maître, Comme vous le serez un jour.

Avant d'apporter le message Du ciel aux peuples ignorants, Il a fait son apprentissage, Humble et soumis chez ses parents.

lO.

Dans son atelier, pauvre échoppe Au toit de chaume, au mur de bois, Avec sa hache et sa varlope, Peut-être a-t-il taillé des croix.

Et, foulant la sciure fraîche Qui de son établi tombait, L'Homme-Dieu, né dans une crèche, Prépara son futur gibet.

Noël! C'est jour de gaîté franche, Enfants qu'il aimait réunir Autour de sa tunique blanche Et de ses douces mains bénir.

Ce soir, par Jésus qui vous aime, Ces jolis cadeaux sont offerts, Que vous admirez ici même Pendus à ces feuillages verts.

POUR L'ARBRE DE NOËL I I f

Soyez joyeux! Il vous invite, Chers petits, à rire, à chanter.

Hélas! L'âge viendra trop vite, Pour vous tous, des croix à porter.

Car tout chrétien aura la sienne, Et son fardeau toujours est prêt.

Alors il faut qu'il se souvienne Du charpentier de Nazareth.

Tous ou du moins en très grand nombre, O fils du Paris suburbain, Vous vivrez plus d'une heure sombre Dans l'âpre lutte pour le pain.

Ah ! portez vos croix sans colère, Puisque Jésus-Christ mort pour nous, Sous ce poids, montant au Calvaire, Tomba trois fois sur les genoux.

Et vous aurez pour récompense D'aller au ciel — il l'a promis — Dans la paix et dans l'innocence, Pour toujours, chers petits amis.

LrfN cette minute dernière De l'an maudit mil neuf cent deux, Remontons d'un siècle en arrière Pour voir un contraste hideux.

Ainsi qu'un astre, la cocarde Au chapeau du Consul flambait.

— Quelle honte, quand on regarde L'accordéon du vieux Loubet!

Il8 DES VERS FRANÇAIS

Absous, sans renier ses maîtres, L'émigré revenait au nid.

— On ne fait plus grâce qu'aux traîtres. Déroulède est toujours proscrit.

Le traité d'Amiens, quel beau songe!

La paix dans la gloire, à jamais!

— Jaurès veut qu'on passe l'éponge Sur votre espoir, Strasbourg et Metz!

La foule priait, accourue Autour de l'Autel relevé.

— On jette les sœurs dans la rue Et les pauvres sur le pavé.

Sur le drapeau qu'un souffle gonfle, Le peuple lisait : « Marengo ».

— Aujourd'hui, quand le tambour ronfle, « Fachoda! » murmure l'écho.

Qu'il sonnait bien, le sabre courbe Des chefs d'Arcole et d'Aboukir!

— L'or qu'empile un Juif sale et fourbe, A présent, fait seul tressaillir.

Les pillages du Directoire Cessaient, sur des ordres formels. — On sera doux, veuillez le croire, Pour les escrocs officiels.

Quoi? C'est vrai, tant d'ignominie!

C'est dans ce bourbier que roula La pauvre France à l'agonie!

Après cent ans, elle en est là!

Mais une espérance obstinée Tourne nos yeux vers l'avenir.

N'est-ce pas, ô nouvelle année, Que ce cauchemar va finir,

Et que, bientôt, comme en brumaire, Quelques soldats, sortis des rangs, Vont — justice froide et sommaire — Crosser les reins de nos tyrans?

ji décembre 1902.

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