FEUILLETS RETROUVES III
Quand de ma bouche il sut que nous en étions là. Mais le brave homme ayant, un jour, par aventure, Constaté que j'avais une bonne écriture, En conçut un espoir, avec quelle chaleur! Courut à son théâtre, enjôla le souffleur, Qui, là, selon l'usage, entreprend la copie; Et voici comme, après une épreuve subie, Qui, pour les gens de l'art, prouve, à ce qu'il paraît, Que la calligraphie est pour moi sans secret, Installée à ma table, ainsi qu'une écolière, Devant quelque feuillets de beau papier Tellière, Avec plumes, grattoir, sandaraque et canif, Le front penché, la main calme, l'œil attentif, J'écris en ronde, ayant à gauche la lumière, Ces rôles de comique ou de jeune première Que le cousin apporte et remporte en rouleaux Et qu'il doit souligner, un jour, de trémolos. Cette prose, outrageant quelquefois la grammaire, Me fait gagner trois francs par jour. Ma bonne mère, Qui s'indignait d'abord de me voir travailler, Croit que je veux ce gain pour me mieux habiller; Mais je l'épargnerai pour les jours de détresse.
Pauvre femme! déjà mon métier l'intéresse. Souvent elle s'approche et, pendant que j'écris, Elle lit les feuillets épars des manuscrits; Car toute fiction la séduit et l'attire. Et moi, songeant que j'ai, dans une tirelire, Un beau louis tout neuf, déjà mis de côté, Que de moi ce souffleur se déclare enchanté, Que ma mère va bien et que j'ai de l'ouvrage, J'ai le cœur inondé de joie et de courage!