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ENVOI

Vieux Loubet, ô mauvais berger, Assez de blague franco-russe!

L'assiette au beurre est en danger.

Travaillons pour le roi de Prusse.

Janvier 1904.

SUR LE PASSAGE DUN RÉGIMENT 1 2 f

Sur le Passage d'un Régiment

ier, songeant à la pauvre France Dont s'achève l'effondrement, Et navré de désespérance, J'ai vu passer un régiment.

Sans doute il ne rappelait guère Ceux que mon enfance escorta, Si beaux sous leurs haillons de guerre Encor poudreux de Magenta.

Elles sont en Prusse, captives, Nos aigles de cinquante-neuf; Et, malgré ses couleurs si vives, C'est toujours triste, un drapeau neuf.

Les noms glorieux qu'on y brode En lettres d'or sont par trop vieux, Et pour le remettre à la mode, De la mitraille vaudrait mieux.

C'est de l'opulente soierie; Mais il n'est sublime et sacré, Ce symbole de la patrie, Que sanglant et que déchiré.

Cependant je fus ému, certe, Devant nos soldats de vingt ans.

Leur air crâne, leur pas alerte Font penser à de meilleurs temps,

SUR LE PASSAGE d'un RÉGIMENT I27

Ils avaient cette silhouette, Ceux qui triomphaient, à Valmy, Le chapeau sur la baïonnette, En voyant s'enfuir l'ennemi;

Et ces gamins hier à l'école, Ces officiers d'âge plus mûr, Passeraient sur le pont d'Arcole Comme leurs anciens, j'en suis sûr.

De vrais Français! Qu'ils sont ingambes! Ils gagneraient, un contre dix, Des batailles avec leurs jambes, Comme a dit l'homme d'Austerlitz.

L'arme sur l'épaule, par quatre, Légers malgré le poids du sac, Ils allaient, et je sentais battre Mon vieux cœur d'un joyeux tic tac.

Mais, brusquement, par la pensée De notre honte d'aujourd'hui, Ma mémoire fut traversée, Et les beaux souvenirs ont fui.

Car, ce n'est douteux pour personne, L'âme de ces pauvres soldats, On la corrompt, on l'empoisonne, Sous ce régime de Judas.

Ce petit pioupiou dont à peine La barbe pousse maintenant, Observez le regard de haine Qu'il jette sur son lieutenant.

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