‹ Des vers françaisChapitre 24 sur 33 · SUR LE PASSAGE D UN RÉGIMENT 1 2Ç · texte numérisé non relu

SUR LE PASSAGE D UN RÉGIMENT 1 2Ç

Il doit avoir, sous sa capote,

Quelque écrit de l'infâme Hervé,

Et dans sa cervelle idiote,

— Que sait-on? — un crime est couvé.

Il connaît le couplet horrible Qui lui conseille en termes brefs De prendre, à la guerre, pour cible, Non les ennemis, mais ses chefs;

Et devant son œil faux et terne, J'ai bien peur que ce fantassin Ne garde, au fond de sa giberne.

Une cartouche d'assassin.

Quant aux chefs... Oh ! l'ignominie!

Oh! j'entends la France pleurer !...

Sous cette basse tyrannie On voudrait les déshonorer.

Peut-être, — ô doute affreux ! — peut-être Ce capitaine au mâle aspect, Est un délateur, est un traître, Est l'espion le plus abject.

Sachant que, sous la République, On n'a rien que par ruse et dol, Il tient son bijou maçonnique Bien caché sous son hausse-col.

Mais pour obtenir tous ses grades Et ses galons d'or sur drap fin, Il a trahi ses camarades Qu'il réduit à mourir de faim;

Et sa croix d'honneur fut conquise, Quand il dénonçait en haut lieu Son colonel à tête grise Qui se permet de prier Dieu.

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Oh! l'odeur de mort qu'on renifle Et qui rôde autour du drapeau, Sous cet André, l'homme à la gifle, Sous ce Loubet, l'homme au chapeau!

O malheureuse et chère armée, Qui devais nous reconquérir La vieille frontière entamée, C'est donc vrai que tu vas périr!

Récemment, ils ont mis tes armes Au service de leurs mouchards, Et contre des vierges en larmes, Contre de purs et doux vieillards.

Mais alors ton frisson de honte, L'affreux Combes l'a remarqué, Et tu vas périr! Il y compte, Dans sa rage de défroqué.

Le voudras-tu?... Moi, dans la rue, Lorsque passa ce régiment, J'ai salué comme on salue Un cortège d'enterrement.

'Novembre 1904.

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LES DISCIPLES DEMMAUS I ] }

Les Disciples d'Emmaiis

rès tristement, les deux disciples, dans la plaine, Allaient vers Emmaùs, et leur âme était pleine D'horreur. Ils avaient vu Jésus mourir en croix. Tout en marchant, il se parlaient à demi-voix Du crime monstrueux commis sur le Calvaire. La nuit envahissait le ciel calme et sévère. Pas d'étoiles encor, mais le dernier tison Du couchant s'éteignait au sanglant horizon. Parfois le vent du soir, dans le feuillage pâle Des oliviers, soufflait avec un faible râle. L'ombre, de toutes parts, sur les champs accourait.

« Il avait pourtant dit qu'il ressusciterait,

Murmura l'un des deux hommes, hochant la tête,

Et le Nazaréen était un grand prophète.

Mais nous avons bien vu mettre au tombeau son corps,

Cléophas, et trois jours sont passés depuis lors. »

Et l'autre dit, tordant ses deux mains désolées :

« Cependant, cette nuit, les femmes sont allées Au sépulcre. Il était vide, et, placé devant, Un ange leur a dit que le Christ est vivant. »

Mais le premier reprit :

« C'est vrai. Plusieurs des nôtres, Ceux qu'il aimait et qu'il appelait ses apôtres, Ont vu le tombeau vide, après le jour levé; Mais ils cherchaient Jésus et ne l'ont point trouvé. »

Et les deux pèlerins mainte fois se redirent

Leur angoisse et leur deuil. Tout à coup, ils sentirent

Qu'un autre voyageur marchait à côté d'eux.

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« Tristes passants, de quoi parliez-vous donc tous deux? » Demanda-t-il.

C'était Jésus, c'était leur Maître; Mais il ne voulait pas qu'ils pussent reconnaître Encor le Dieu surgi pour les interroger.

« Êtes-vous au pays tellement étranger,

Dit Cléophas, que vous ne sachiez pas ces choses? »

Puis, une fois de plus, il répéta les causes

De leur douleur : le Juste, après d'abjects affronts,

Cloué sur une croix entre les deux larrons;

Ses vertus, ses discours, ses gestes, ses miracles;

Et qu'il semblait le Christ promis par les oracles;

Qu'il devait, ce jour même, — il l'avait annoncé —

Reparaître et qu'hélas! le jour était passé.

Et l'inconnu leur dit :

« O cœurs trop lents à croire, Le Christ devait souffrir pour entrer dans la gloire. »

Puis il leur expliqua que Jésus, ses desseins Et ses actes étaient prédits, aux Livres Saints, Et que, depuis la plus antique prophétie, Tout prouvait que ce Juste était bien le Messie.

Dans le bourg, au dernier crépuscule du soir, Ils entrèrent tous trois et, sur le chemin noir, Jésus semblait vouloir poursuivre son voyage. Mais les deux pèlerins, émus par son langage, Sentaient leur cœur brûler d'un feu puissant et doux.

« Demeurez, dirent-ils, et soupez avec nous. »

Mais quand ils l'eurent vu, bien qu'il ne fût que l'hôte,

Choisir, pour le repas, la place la plus haute,

Et, comme ii le faisait souvent — quel souvenir! —

Prendre en ses doigts le pain, le rompre et le bénir,

Leur esprit fut soudain inondé de lumière.

Tendant vers le Seigneur leurs deux mains en prière,

Sûrs de le reconnaître, heureux éperdument,

Ils l'adoraient...

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Jésus disparut brusquement.

Ils étaient pour toujours délivrés de leur doute; Et vers Jérusalem ayant refait la route Dans la nuit, ils allaient à travers la cité, Disant à leurs amis :

« Il est ressuscité! »

Vingt siècles de bonté sont nés de ces mystères. Je crois en toi, Jésus!... Hélas! d'affreux sectaires Veulent faire oublier ton nom à nos enfants, Et, pour de bien longs jours, il semblent triomphants. Qu'importe? Pleins de haine et d'orgueil imbécile, Quand ils auraient brûlé le dernier évangile, Quand ils auraient brisé le dernier crucifix, Et quand aux fils de nos arrière-petits-fils,

Ils auraient travaillé l'âme de telle sorte

Qu'on croirait que la foi dans le Christ est bien morte

Et que, dans le sépulcre, au fond d'un souterrain,

Elle est scellée avec le sceau du Sanhédrin,

Comme le fut jadis ton corps, ô divin Maître,

Alors — oh! n'est-ce pas? — il suffirait qu'un prêtre,

Errant, au crépuscule, en de mornes sentiers,

Trouvât sur son chemin deux chrétiens, les derniers,

Et rompît avec eux, Jésus, le pain mystique.

Oh! n'est-ce pas qu'alors, forts de ce viatique,

Comme ceux d'Emmaùs, dès le soleil levant,

Ils iraient proclamer que le Christ est vivant?

N'est-ce pas que, semant ta parole féconde,

Ils feraient de nouveau la conquête du monde,

Et que tous, revenant au Dieu de vérité,

De nouveau s'écrieraient :

« Il est ressuscité! »

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