‹ Des vers françaisChapitre 9 sur 33 · LE CHRIST HORS LA LOI · texte numérisé non relu

LE CHRIST HORS LA LOI

Le Christ hors la Loi

'ai dit au Crucifix en tombant à genoux : — Pardon pour cette honte encor dans notre histoire! Nos infâmes tyrans t'ont chassé du prétoire, Le jour même, Seigneur, où tu mourais pour nous.

C'est une ignominie et c'est un sacrilège. Mais ta tragique image, innocent condamné, Peut-être importunait d'un remords obstiné Les hideux magistrats somnolant sur leur siège.

Je les ai vus, alors qu'on traînait devant eux, Sur le banc où s'assoient le voleur et la fille. Les moines et les sœurs, ta sublime famille. Les juges condamnaient, mais ils étaient honteux.

Or, ces hommes, de qui chaque arrêt se tarife Par quelque ruban rouge ou quelque avancement, Vont se déshonorer plus confortablement.

Ton souvenir, Jésus, ne gêne plus Caïphe.

Quand on y réfléchit, c'est très logique. Au lieu Du Christ, la Marianne étalera son buste. Quand la Justice est morte, il faut bannir le Juste. La mégère se carre où planait l'Homme-Dieu.

Hélas! cela se passe en France, dans ta France! Par elle, souviens-toi des gestes que tu fis, Seigneur; car, ce matin, baisant ton crucifix, J'ai vu plus d'un Français sangloter de souffrance.

Page 1